Malgré la trêve, la journaliste du quotidien "Al Akhbar", Amal Khalil a été assassinée le 22 avril par l’armée israélienne. Un crime de plus qui illustre une stratégie assumée par le gouvernement de Benyamin Netanyahou de cibler délibérément les civils et les travailleurs des médias.
En ce mercredi pluvieux, à Baisariyeh, la famille Khalil continue de se recueillir. Dans une large véranda, les proches de la reporter ont déployé de grands portraits de cette femme morte sous les bombes israéliennes quelques jours plus tôt et y ont entreposé des souvenirs chers à la disparue. On peut y lire l’inscription « Amal al Janoub » (l’espoir du Sud).
La journaliste du quotidien Al Akhbar Amal Khalil a été assassinée le 22 avril. « Elle était l’âme de la maison. Elle s’occupait de tout le monde, elle aimait les plantes, les animaux. Sa disparition laisse un vide immense dans la famille », relate Zainab Khalil, sa cadette, toute de noir vêtue. « Elle avait étudié la littérature arabe et a toujours voulu couvrir les inégalités et la violence qui touchent le Liban, surtout dans le sud du pays, où les Israéliens commettent des violences depuis des décennies », ajoute Rawand, la nièce de la défunte.
Zainab, employée dans une ONG de déminage, et Rawand, étudiante en médecine, ont des vocations professionnelles profondément liées aux guerres que subit le Liban ces dernières décennies. Malgré le traumatisme de la disparition d’Amal, elles restent déterminées à entretenir sa mémoire et à prolonger son combat : celui de la résistance pacifique face aux destructions causées par Israël.
Prolonger le combat
Malgré l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu, le 17 avril entre les autorités libanaises et israéliennes, le gouvernement de Benyamin Netanyahou a multiplié les violations de l’accord en pilonnant de manière quotidienne le sud du pays ou en détruisant les maisons. Le 6 mai, un tir de missile a même visé la banlieue de Beyrouth pour la première fois depuis la trêve, tuant Ghaleb Ballout, le chef de la force al-Radwan, unité d’élite du Hezbollah. Depuis le début du conflit, ces attaques ne visent pas que des militaires. Des secouristes ont encore été ciblés, le 7 mai, aux abords de Nabatieh, où plusieurs ambulances ont été détruites.
Ce vendredi, c’est Hafez Yahya, un secouriste de la défense civile – une organisation gouvernementale –, qui a été tué par une frappe alors qu’il était au volant de sa voiture. « Hafez n’était pas un militant. Il n’y avait aucun motif valable à son assassinat », clame Kassem Qadri, le maire de Kfar Shouba, contacté par l’Humanité. L’édile de cette localité à majorité sunnite déplore l’élargissement systématique de la zone d’occupation dans laquelle est désormais situé son village. Kfar Shouba se remet à peine des dégâts considérables de la précédente guerre, en 2024.
L’armée israélienne continue également de raser méthodiquement toutes les infrastructures civiles dans le sud du pays. Des dizaines de villages sont ainsi nivelés à l’aide de bulldozers et d’explosifs. La stratégie israélienne de détruire des conditions d’existence déjà éprouvées à Gaza est ainsi reproduite au sein de la « zone tampon » délimitée par une « ligne jaune ». Elle remplace la doctrine Dahiyé, qui visait autrefois les quartiers chiites de la capitale libanaise.
Des menaces quotidiennes
Et c’est précisément dans cette « zone tampon » qu’Amal Khalil a été assassinée. Quelques jours plus tôt, Avichay Adraee, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, avait retweeté une vidéo de la journaliste libanaise dans laquelle elle portait secours à un chat dans les ruines d’une maison. « De l’humanité émane de ce qui tue », avait commenté le militaire une semaine avant son élimination, raillant le zèle de la reporter.
« Un militant sioniste spécialisé dans le harcèlement des journalistes avait contacté plusieurs fois Amal en lui disant que sa tête serait bientôt détachée de ses épaules, en la traitant d’espionne du Hezbollah », dénonce sa sœur Zainab. « Toutes ces menaces ne l’ont jamais arrêtée. Amal n’était pas une irresponsable, elle prenait des risques mesurés », ajoute-t-elle.
La mort d’Amal porte à 26 le nombre de travailleurs des médias morts sous les bombes israéliennes selon le Comité pour la protection des journalistes. Rapidement entrés en action, les services de propagande de l’armée israélienne ont aussitôt accusé Amal d’être une espionne du Hezbollah et de s’être approchée des forces israéliennes afin de la présenter comme un « danger immédiat pour ses soldats ».
Par les différents leviers de coordination, l’État libanais, la Croix-Rouge ainsi que la force d’interposition de l’ONU ont tenté d’accéder à la zone où Amal était bloquée, en vain. L’immeuble où elle s’était réfugiée a finalement été détruit par une ultime frappe israélienne. Et les secouristes ne pourront trouver que sa dépouille.
Le ministère de la Santé libanais a comptabilisé 103 employés des secours morts dans des bombardements israéliens au Liban et plus de 2 600 civils. Le ciblage des infrastructures, systématique dans le sud du pays, ainsi que celui des journalistes constituent un crime de guerre ; une réalité qui ne semble pas s’appliquer aux autorités israéliennes lors de ses offensives militaires.
Sylvain Mercadier
L'Humanité du 11 mai 26

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