« Nous assistons à une tuerie sans précédent dans l’histoire de la presse », alerte la présidente de la Fédération internationale des journalistes

 

16 avril 2025, Paris. Des journalistes français soutiennent leurs confrères de Gaza lors d'une manifestation à Paris. La FIJ a recensé plus de 250 travailleurs des médias tués dans la bande de Gaza.
© IMAGO/Middle East Images/Nael Chahine
En Ukraine, à Gaza, au Liban, au Soudan, en Amérique latine… les journalistes sont délibérément assassinés. La nouvelle présidente de la Fédération internationale des journalistes, Zuliana Lainez, entend veiller à ce que les auteurs de ces crimes soient poursuivis.

À Paris, lors du congrès de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), Zuliana Lainez a été élue, le 6 mai, présidente de l’organisation qui rassemble 600 000 professionnels des médias.
Journaliste péruvienne et présidente de l’Asociacion nacional de periodistas del Peru (ANP), elle succède à Dominique Pradalié et est la troisième femme à occuper ce poste en cent ans.
Zuliana Lainez condamne les assassinats de professionnels des médias au Moyen-Orient, en Europe ou en Amérique latine et un niveau d’impunité inédit.

Pourquoi les journalistes sont-ils partout devenus des cibles ?
Dans le cas précis de l’Ukraine, de Gaza, du Liban ou du Soudan, nous sommes confrontés à la question de crimes. Dans ces conflits, les journalistes comme les civils se font tuer en toute impunité. Au-delà de ces crimes, il existe un autre fait extrêmement grave pour l’exercice de la liberté de la presse.
Nous avons constaté des restrictions manifestes d’accès pour les correspondants étrangers. Dans ces zones de guerre, la possibilité pour la presse internationale d’exercer son métier, de se rendre sur place, de documenter les événements, de contester le récit officiel a été entravée. Pire, les journalistes locaux subissent des attaques qui n’ont plus de limites.
La FIJ l’a dénoncé à maintes reprises : s’en prendre à des journalistes constitue clairement une violation du droit international. Ces crimes doivent être jugés devant les tribunaux compétents.
En tant qu’organisation mondiale, nous mènerons une action devant la Cour pénale internationale pour exiger que les auteurs soient poursuivis. Les journalistes sont aussi des civils et doivent être protégés.

Vous avez été élue à la présidence de la FIJ lors du congrès qui s’est tenu à Paris. Dans un contexte particulièrement inquiétant pour la liberté de la presse, contre quels dangers mettez-vous en garde ?
L’assassinat de journalistes reste l’atteinte la plus violente aux libertés de la presse. Notre syndicat en Palestine a recensé plus de 250 travailleurs des médias tués dans la bande de Gaza. Rien que l’année dernière, la FIJ a dénombré 148 assassinats de journalistes à travers le monde, du Mexique au Soudan.
C’est une tuerie sans précédent dans l’histoire. L’objectif reste de les réduire au silence et d’empêcher les citoyens d’avoir accès à l’information. Un droit essentiel dans une démocratie. Les poursuites et l’incarcération de journalistes participent de la même stratégie.
Nous traversons une période particulièrement difficile, car il existe une combinaison de faits inquiétants. Dans de nombreux pays, le journalisme est une activité à haut risque, y compris dans des démocraties. Nous sommes également confrontés à une profonde précarisation du métier, qui est en outre aggravée par l’irruption de l’intelligence artificielle (IA) dans plusieurs rédactions.
Lors du récent congrès à Paris de la FIJ, nous avons présenté un accord-cadre sur l’IA. Aux États-Unis, en Amérique latine, en Europe, en Asie ou en Afrique, nous assistons également à des campagnes de désinformation venues y compris des gouvernements.

Quelles sont vos priorités ?
Pour la FIJ, il ne s’agit pas seulement de défendre la liberté de la presse en tant que principe, ni simplement de garantir l’exercice de cette liberté. Notre organisation entend également défendre les conditions de travail.
Comment exercer correctement son métier dans un environnement précaire, sans droits, sans salaires décents, sans protection sociale. Cela provient aussi des entreprises de presse elles-mêmes, qui ne respectent pas les conditions de travail de nos collègues, ou des gouvernements qui réduisent les budgets et les aides aux médias.
L’un des grands combats menés en Europe porte sur la défense des médias publics. Il s’avère prépondérant de défendre un journalisme de qualité alors que la désinformation prévaut.

Les journalistes sont-ils davantage attaqués et leur travail davantage critiqué que par le passé ?
Deux types de menaces cohabitent aujourd’hui. Les assassinats, les agressions, les violences, la censure ont toujours existé. Mais ces menaces proviennent désormais des géants du numérique comme Facebook, Instagram, qui sont devenus des plateformes d’information pour de nombreux collègues dans diverses régions du monde. Il existe une forme de censure exercée par ces plateformes via leurs algorithmes.
Nous sommes également confrontés au harcèlement sur les réseaux sociaux et à la stigmatisation qui émane de gouvernements, dont beaucoup sont d’extrême droite.
En Amérique latine, nous faisons face à un nouveau phénomène. Les journalistes sont traduits en justice pour appartenance à une organisation criminelle. C’est ce qui se passe notamment au Pérou. Ce nouveau moyen vise à criminaliser l’activité d’informer.

Vadim Kamenka
L'Humanité du 11 mai 26

« Un militant sioniste lui avait dit que sa tête serait bientôt détachée de ses épaules » : 
au Liban, les journalistes visés par l’armée israélienne 
https://assawra.blogspot.com/2026/05/un-militant-sioniste-lui-avait-dit-que.html

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire