Quatre ans après sa mort, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a appelé, jeudi 7 mai, le FBI et le ministère de la Justice à relancer leur enquête sur la mort de Shireen Abu AKleh. Depuis 2022, Israël maintient que sa mort a été causée par des tirs accidentels alors que de nombreuses enquêtes journalistiques attestent qu’elle a été délibérément prise pour cible par un tireur d’élite israélien.
Son nom résonne encore quatre ans après sa mort. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a appelé, jeudi 7 mai, les autorités états-uniennes à relancer leur enquête sur la mort de la journaliste américano-palestinienne de la chaîne Al-Jazeera, Shireen Abu Akleh, tuée par balle en Cisjordanie occupée en mai 2022.
« Bien que le FBI aurait ouvert une enquête sur son assassinat en novembre 2022, aucun progrès tangible n’a été réalisé », déplore le CPJ dans un courrier adressé au ministre de la Justice par intérim, Todd Blanch, et au directeur du FBI, Kash Patel.
La mort de Shireen, connue pour sa couverture du conflit israélo-palestinien, avait ému le monde entier. Depuis 2025, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et l’Union internationale de la Presse francophone (UPF) ont d’ailleurs créé un prix en son hommage qui récompense « le courage et l’engagement des femmes journalistes partout dans le monde ».
Le 11 mai 2022, elle avait été abattue pendant qu’elle se trouvait à l’entrée du camp de réfugiés de Jénine, en proie à des affrontements entre combattants palestiniens et soldats israéliens, alors qu’elle portait un gilet pare-balles siglé du mot « press ».
Délibérément prise pour cible par un tireur d’élite israélien
« Cette absence préoccupante de progrès concrets – quatre ans après la mort d’Abu Akleh – représente un échec profond du gouvernement américain à réagir rapidement et de manière impartiale au meurtre de l’une de ses citoyennes par une armée étrangère », dénonce l’ONG de défense de la liberté de la presse dans sa lettre adressée aux autorités étasuniennes.
Les autorités israéliennes, par la voix du premier ministre de l’époque Naftali Bennet, avaient dans un premier temps attribué les tirs à des combattants palestiniens avant qu’une enquête interne à l’armée ne finisse par conclure qu’il y avait « une forte possibilité que madame Abu Akleh ait été touchée accidentellement par un tir de l’armée israélienne qui visait des suspects identifiés comme des hommes armés palestiniens » tout en refusant l’ouverture d’une enquête pénale.
La police israélienne avait par ailleurs fortement perturbé les funérailles de la journaliste. Dans une rare violence captée par des caméras de télévision locale, les policiers avaient fait irruption dans l’enceinte de l’hôpital Saint Joseph à Jérusalem est avant de matraquer et gazer la foule qui portait son cercueil vers une église de la vieille ville pour une cérémonie funéraire.
Depuis 2022, de nombreuses enquêtes journalistiques affirment que, contrairement à la thèse avancée par Tel-Aviv, Shireen Abu Akleh a délibérément été prise pour cible par un tireur d’élite de l’armée israélienne. Dans un communiqué diffusé par le CPJ, sa famille se dit « profondément déçue par l’absence de mesure concrète » de la part des administrations Biden puis Trump.
« Cette impunité persistante envoie un message dangereux : les journalistes peuvent être pris pour cible sans aucune conséquence », écrivent également ses proches. Depuis la guerre déclenchée par Israël à Gaza puis au Liban suite aux attaques du 7 octobre 2023, les preuves d’un ciblage systématique des journalistes ne cessent de se multiplier.
Dans son rapport annuel publié en février, le CPJ imputait à Israël les morts des deux tiers des 129 journalistes et employés de presse tués au cours de l’année 2025 dans le monde. Un constat nié en bloc par l’armée israélienne qui affirme ne pas viser « intentionnellement les journalistes ou les membres de leur famille ». Une propagande de plus en plus outrancière de la part de Tel-Aviv qui, le 23 avril encore, tuait la journaliste libanaise Amal Khalil, du quotidien Al-Akhbar, dans un bombardement au sud du pays.
Arthur Dumas
L'Humanité du 08 mai 26

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