« Oumsiya » : au Hasard Ludique, la diaspora libanaise fait de la musique un acte de résistance

 

En réaction au désastre humanitaire provoqué par la guerre au Liban, la diaspora libanaise en France résiste à sa façon : par la culture, la musique et la solidarité. Le 9 mai, le Hasard Ludique à Paris accueille Oumsiya, une soirée événement au profit des victimes de la guerre. 
Alors que l’offensive terrestre de l’État d’Israël s’intensifie au Sud-Liban, et que des villages entiers sont rayés de la carte, les événements de soutien organisés par la diaspora libanaise en France se multiplient. Il faut dire que les chiffres communiqués par le centre des opérations d’urgence du ministère libanais de la santé publique sont affolants : au moins 2 500 morts, près de 8 000 blessés et plus d’un million de déplacés au Liban depuis le 2 mars dernier, date du début de la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah.
« Malgré le cessez-le-feu annoncé, régulièrement violé par des frappes israéliennes, la crise reste entière pour nos frères et sœurs au Liban », rappelle Reem Ismail, fondatrice de The Girl From Tripoli, un lab de recherche et de production artistique.
À l’initiative de cet événement de solidarité, cette franco-libanaise installée à Paris depuis 2017, témoigne de ce sentiment partagé par la diaspora libanaise installée en France qui vit, désemparée, cette énième guerre à distance.
« Je lisais ces derniers jours le neuroscientifique franco-libanais Albert Moukheiber, qui explique que notre cerveau est fait pour passer à l’action, et que vivre un événement sans pouvoir réagir est un état extrêmement difficile à gérer. C’est précisément de cette nécessité d’agir qu’est née notre volonté de monter Oumsiya », explique l’enseignante-chercheuse à l’Université Paris Dauphine.

Les communautés libanaises mobilisées
Cette mobilisation s’inscrit dans un phénomène plus large qui se déploie essentiellement à Paris et Marseille, et à moindre échelle dans des villes comme Montpellier, Toulouse ou Lyon, où l’on a pu observer une forme de résistance culturelle des communautés diasporiques libanaises qui s’organisent pour venir en aide aux victimes de la guerre dans leur pays d’origine.
Des dizaines de milliers d’euros ont ainsi pu être levés un peu partout en France et envoyés au pays du cèdre. Pour Oumsiya, les fonds récoltés seront reversés à deux associations, dont l’une est tripolitaine : Tarablos Tastajib (qu’on pourrait traduire par « Tripoli répond »), une initiative communautaire basée à Tripoli qui fournit aux familles déplacées des biens de première nécessité (nourriture, eau, matelas, couvertures, produits d’hygiène et assistance médicale).
L’autre, Amphinomé Lebanon, est une association caritative engagée en faveur des populations vulnérables au Liban, dans un pays que la Banque mondiale décrit comme traversant l’une des trois pires crises mondiales depuis 1 850.

« Aller au-delà du simple partage de posts sur les réseaux »
Face à cette tragédie, citoyens et artistes se mobilisent. À partir de 20 heures le 9 mai au Hasard ludique, la programmation devrait ravir les passionnés de musique électro arabe. Une line-up impressionnante réunira les libanais Zeid Hamdan, Salwa Jaradat, Shooqa22, ou encore Raphaël Abdelnour, mais aussi d’autres artistes issus du monde arabe comme Sofiane Saidi, Elia, et le DJ Bedwin of Arabia.
Sans oublier un rappel à la tradition plutôt bienvenue à l’heure où un pan de la culture levantine semble être l’objet d’une volonté d’éradication, avec la présence d’un danseur derviche contemporain. « Parce que ce moment est particulièrement dangereux, pas seulement pour notre région, mais aussi pour notre culture, nos chants et notre mémoire. En tant qu’artiste, avec ma culture, mon rôle est de chanter, de m’exprimer et de transmettre. Pour moi c’est un acte de résistance et de présence », révèle la chanteuse palestinienne Salwa Jaradat.
Cette résistance, selon Zeid Hamdan, doit « aller au-delà du simple partage de posts sur les réseaux ou des participations timides à certaines manifestations, j’espère pousser le public à aller plus loin dans son engagement politique ».
Une mobilisation qui apparaît aussi essentielle pour Anaël Noury de Shooqa22, qui va dans le même sens : « La musique est un moyen précieux de témoigner notre solidarité, mais ça ne suffit pas ».
Quant à l’ancien journaliste Raphaël Abdelnour qui animera la soirée, il rappelle que « l’art rassemble et nous permet d’unir les gens à un moment où tout tente de nous désunir », avant d’ajouter : « le Liban vaut mieux que ses divisions, il est certes contradictoire, complexe et difficile, mais il est beau. On doit l’aimer mais aussi le moquer, le critiquer, dénoncer ses passions tristes. C’est pour ça que tous les arts sont là ».
Co-produit avec l’association Corps Niche, une association de production artistique basée à Paris qui œuvre à soutenir des artistes racisé·es et queers à travers des espaces de création et de diffusion inclusifs, et en partenariat média avec Mir’a, un hub artistique dédié à la représentation des industries créatives de la région arabe en Europe et à l’international, la soirée Oumsiya est très attendue, aussi bien des parisiens que de leurs amis libanais de l’autre côté de la Méditerranée. Une soirée qui dit, en musique et en actes, que la mémoire d’un peuple ne s’efface pas.

Emmanuel Khoury
L'Humanité du 04 mai 26

Oumsiya, soirée de soutien au peuple libanais. Le Hasard Ludique, 128 Avenue de Saint-Ouen 75018 Paris, à partir de 20h. Rens. : https://www.lehasardludique.paris/concert/2026-04-21/oumsiya-soir%C3%A9e-solidaire-pour-le-liban

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