La vidéo publiée par le ministre d’extrême droite Itamar Ben Gvir, montrant des militants de la flottille agenouillés et menottés après leur arrestation illégale, a suscité un tollé. Pourtant, de Paris à Rome, en passant par Bruxelles, les sanctions contre Tel-Aviv tardent.
Il y a comme une dose de tartuferie chez les dirigeants européens. Face à la vidéo – certes scandaleuse mais loin d’être inédite – diffusée par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, de dizaines de militants de la Flottille pour Gaza (Global Sumud), agenouillés, la tête au sol et menottés dans le port d’Ashdod après l’arraisonnement de leurs bateaux, les réactions ne se sont pas fait attendre.
L’une des premières à s’exprimer a été Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia, extrême droite). La présidente du Conseil des ministres italien, qui bloque de concert avec l’Allemagne les sanctions européennes de rigueur contre Israël, s’indigne : « Les images du ministre israélien Ben Gvir sont inacceptables. Il est inadmissible que ces manifestants, parmi lesquels de nombreux citoyens italiens, soient soumis à un traitement attentatoire à la dignité de la personne. »
Une contradiction pointée par Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens : « Les mots ne suffisent pas : l’Italie doit cesser de s’opposer à la suspension de l’accord UE-Israël. » En plus d’excuses officielles, Giorgia Meloni, qui a récemment suspendu le renouvellement automatique d’un accord de défense avec Tel-Aviv, exige la convocation de l’ambassadeur israélien. Pour mémoire, la dirigeante reste visée par une plainte pour « complicité de génocide » et fait face à un puissant mouvement populaire de solidarité avec Gaza.
La France préfère la nuance
Les images, diffusées par Itamar Ben Gvir lui-même, ont aussi fait réagir côté français. Mais de manière beaucoup plus nuancée. « Les agissements de M. Ben Gvir (…) sont inadmissibles », dit Jean-Noël Barrot, en précisant que l’ambassadeur israélien à Paris, aligné sur la ligne dure, a également fait l’objet d’une convocation. Toutefois, le chef de la diplomatie français ne se prive pas de renouveler son hostilité à la flottille : « Nous avons indiqué à plusieurs reprises notre désapprobation de cette démarche. » Seuls pays cohérents avec la ligne qu’ils défendent depuis de longs mois : l’Espagne et l’Irlande. « Ce traitement est monstrueux, il est indigne, il est inhumain », a ainsi dénoncé le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares.
Une paralysie politique assumée face à Israël
Il est à cet égard troublant que les réactions européennes interviennent au moment où le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, tente d’éteindre une crise diplomatique qui creuserait l’isolement de son pays et surtout le sien. Après la défaite de l’ex-chef du gouvernement hongrois Viktor Orban aux élections d’avril, le dirigeant israélien avait déjà perdu l’un de ses plus précieux alliés sur le continent.
En amont des législatives d’octobre, il tente également d’adoucir son image vis-à-vis du centre droit, tout en maintenant que l’aide apportée par les militants internationaux équivaut à un soutien aux mouvances islamistes : « Israël a tout à fait le droit d’empêcher des flottilles provocatrices de partisans terroristes du Hamas d’entrer dans nos eaux territoriales et d’atteindre Gaza. Cependant, la manière dont le ministre Ben Gvir a traité les activistes de la flottille n’est pas conforme aux valeurs et aux normes d’Israël. J’ai instruit les autorités compétentes de renvoyer les provocateurs le plus rapidement possible. »
Ainsi, les pays membres de l’UE se contentent-ils de réagir lorsque des images humiliantes et contraires aux droits deviennent virales. Cette séquence intervient après plus de deux ans et demi de paralysie politique assumée. Malgré la guerre génocidaire menée à Gaza, l’Union européenne n’a jamais activé l’article 2 de l’accord d’association qui la lie à Israël et qui exige le respect des droits humains. En septembre 2025, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s’était contentée de proposer une suspension partielle de l’accord d’association UE-Israël qui n’aurait concerné que 37 % des échanges. Une proposition restée lettre morte.
La supercherie des sanctions contre les « colons violents »
Il y a dix jours, les Vingt-Sept consentaient à sanctionner sept colons israéliens accusés de violences contre les Palestiniens de Cisjordanie occupée. La focalisation sur un nombre infime de personnes permet d’occulter le fait que la violence des colons est loin d’être sporadique. Ces exactions et crimes réguliers d’agression sont pourtant instrumentalisés par l’État lui-même en ce qu’elles servent la politique de nettoyage ethnique et d’apartheid. Dans ce paysage, le rôle de l’armée, qui n’empêche pas les violences, est d’ailleurs bien défini. Depuis le 7-Octobre, Israël facilite en outre la possession d’armes à feu par la délivrance de permis. En décembre 2023, seulement deux mois après les massacres du Hamas, plus de 260 000 demandes de permis d’armes avaient été déposées.
Lina Sankari
L'Humanité du 21 mai 26

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