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| Des combattants de la milice Hachd Al-Chaabi, intégrée à l’armée irakienne régulière, patrouillent dans le désert de Nadjaf (Irak), le 22 février 2022. ALI NAJAFI/AFP |
Des troupes israéliennes avaient établi une base secrète dans le désert irakien pour appuyer la campagne aérienne menée avec les Etats-Unis contre l’Iran, a affirmé le Wall Street Journal, samedi 9 mai. Selon le quotidien américain, Israël avait construit ce poste militaire clandestin avec l’aval des Etats-Unis, peu avant le début de la guerre contre l’Iran, le 28 février. La base abritait des forces spéciales et servait de plateforme logistique pour son armée de l’air. Elle comprenait également des équipes de recherche et de sauvetage positionnées pour porter assistance aux pilotes israéliens abattus.
Deux sources sécuritaires irakiennes, s’exprimant sous le sceau de l’anonymat, ont confirmé l’information à l’Agence France-Presse (AFP), dimanche. « Des forces israéliennes ont établi une base sur une piste d’atterrissage désaffectée, construite par Saddam Hussein, dans le désert de Nadjaf », dans le sud du pays, a affirmé un des responsables de la sécurité. « Il n’y a plus de forces sur place », a-t-il ajouté, précisant que l’opération israélienne « s’était faite en coordination avec les Etats-Unis ».
Début mars, un incident mortel survenu dans le désert situé entre les provinces de Nadjaf et d’Al-Anbar, à environ 80 kilomètres de la frontière saoudienne – là même où aurait été établie la base israélienne, selon le Wall Street Journal –, avait éveillé les soupçons des autorités irakiennes sur la présence de forces étrangères dans cette région. Un berger avait signalé une activité militaire inhabituelle, dont des mouvements d’hélicoptères. Des forces irakiennes, dépêchées sur les lieux, ont été la cible d’une attaque, qui a fait un mort et deux blessés dans leurs rangs.
Base dissimulée dans une vallée
Dans un communiqué, le 4 mars, l’armée irakienne avait confirmé qu’une unité du commandement des opérations de Kerbala, en route vers une position dans le désert de Nadjaf, a été la cible d’une frappe aérienne et de tirs provenant d’une source inconnue. Selon le Wall Street Journal, les frappes aériennes qui ont visé les troupes irakiennes ont été menées par les forces israéliennes pour les empêcher de découvrir le site.
Le lendemain, Qaïs Al-Muhammadawi, commandant adjoint du commandement des opérations interarmées irakien, a déclaré aux médias que l’attaque avait eu lieu alors que l’unité s’approchait d’une position abritant des forces non identifiées – vraisemblablement américaines, estimaient alors les autorités irakiennes. Il a également expliqué qu’elle s’inscrivait dans une série d’attaques visant les unités de la mobilisation populaire, une force gouvernementale composée de milices chiites, ainsi que l’armée irakienne et les gardes-frontières.
Le lieutenant-général Al-Muhammadawi a affirmé que l’Irak a protesté auprès de la coalition internationale de lutte contre l’organisation Etat islamique, dirigée par les Etats-Unis. Des renforts des unités antiterroristes ont ensuite fouillé la zone, mais « ils n’ont rien trouvé », a ajouté M. Al-Muhammadawi, précisant qu’aucune force n’était autorisée à se trouver sur les lieux.
« Nous avons des indications que l’opération impliquait une équipe technique israélienne sous protection militaire américaine », a déclaré un second responsable sécuritaire irakien à l’AFP, confirmant la présence sur le site d’hélicoptères CH-57 Chinook. Selon lui, du matériel a été laissé sur place, notamment un radar. Dissimulé dans une vallée, l’emplacement était « soigneusement choisi pour éviter les tirs » iraniens, a-t-il ajouté.
Eteindre la polémique
L’armée israélienne n’a pas commenté les informations du Wall Street Journal. Le 4 mars, elle avait publié une lettre envoyée par le commandant de l’armée de l’air israélienne, Tomer Bar, au personnel, déclarant que « les forces spéciales de l’armée de l’air mènent actuellement des missions extraordinaires qui stimulent l’imagination ».
Dimanche, un responsable irakien à Bagdad a déclaré au média qatari Al-Araby Al-Jadeed que le Parlement avait décidé de convoquer les ministres de la défense et de l’intérieur pour vérifier la véracité des informations rapportées par le Wall Street Journal. Le gouvernement irakien tente, pour sa part, d’éteindre la polémique en rappelant que ses forces sont intervenues dès les premiers soupçons sur la présence de forces étrangères dans le désert de Nadjaf.
« Ces questions ont été gérées par l’Etat irakien, qui a démontré sa capacité à empêcher toute partie à établir une présence sur son territoire. (…) Les forces armées irakiennes ont confronté cette opération, comme l’a fait le gouvernement irakien à travers ses relations avec les Etats-Unis et la coalition internationale. La voie diplomatique a été l’approche stratégique privilégiée pour en adresser les répercussions », a déclaré, dimanche soir, à la chaîne de télévision américaine arabophone Al-Hurra, Hussein Allawi, le conseiller du premier ministre irakien, Mohammed Chia Al-Soudani, sans confirmer l’établissement par Israël d’une base sur le sol irakien.
L’Irak a déposé une plainte, fin mars, devant les Nations unies, contre cette attaque impliquant des forces étrangères, qu’il a attribuée aux Etats-Unis. Une source anonyme citée par le Wall Street Journal a affirmé que les Etats-Unis n’étaient pas impliqués dans l’attaque.
Par Hélène Sallon
Le Monde du 11 mai 26

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