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| Dans la foulée des déclarations de Trump, Benyamin Netanyahou s’est saisi de la réaction états-unienne pour appeler à la reprise des combats. |
Assisterait-on aux derniers moments du fragile cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran ? Après la trêve conclue entre les deux parties le 8 avril, puis prolongée le 21 avril par Washington pour laisser le temps aux Iraniens de soumettre leur réponse au plan étatsunien, la perspective d’un accord entre belligérants ne cessent de s’éloigner. Dimanche 10 mai, Donald Trump a fermement rejeté la proposition déposée par le régime iranien à Islamabad au Pakistan, lieu des négociations depuis le début du conflit.
« Je viens de lire la réponse des soi-disant représentants de l’Iran. Je ne l’aime pas – C’EST TOTALEMENT INACCEPTABLE ! », a-t-il déclaré dans un message publié sur son réseau Truth Social. À Téhéran, la télévision publique est restée floue quant aux dispositions de cette nouvelle proposition, se contentant d’expliquer qu’elle était « axée sur la fin de la guerre (…) sur tous les fronts, en particulier au Liban, et sur la garantie de la sécurité de la navigation maritime ».
En retour, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaïl Baghaï, a déclaré ce lundi lors d’un point presse hebdomadaire que Téhéran réclame « la fin de la guerre dans la région » en ajoutant comme condition « la libération des avoirs appartenant au peuple iranien, qui sont injustement bloqués depuis des années ».
Benyamin Netanyahou pousse à la reprise des combats
Dans la foulée des déclarations de Trump, Benyamin Netanyahou s’est saisi de la réaction états-unienne pour appeler à la reprise des combats, affirmant, dans une interview accordée à la chaîne CBS et diffusée dimanche, que la guerre « n’est pas finie, car il reste encore des matières nucléaires – de l’uranium enrichi – qui doivent être retirées d’Iran ». Si l’uranium est en effet un des points décisifs des négociations, la question du déblocage du détroit d’Ormuz demeure tout aussi brûlante.
Selon le Wall Street Journal, qui s’appuie sur des sources proches du dossier, la réponse iranienne rendue dimanche prévoit une réouverture graduelle du détroit d’Ormuz, et une levée simultanée du blocus des ports iraniens par la marine états-unienne. Le quotidien soutient que Téhéran serait également prêt à « diluer » une partie de son uranium enrichi et à envoyer le reste dans un « pays tiers ». L’enrichissement de l’uranium iranien est en effet une obsession des États-Unis et d’Israël depuis des années, les deux pays accusant sans cesse le régime de vouloir se doter de l’arme nucléaire.
En Iran, des stocks sensibles d’uranium toujours sous surveillance
En attendant, la réaction de Donald Trump plonge à nouveau le marché des hydrocarbures dans le rouge. Alors que la perspective d’une réouverture rapide du détroit d’Ormuz ne cesse de s’éloigner, les prix du pétrole sont repartis à la hausse avant même l’ouverture des marchés asiatiques ce lundi 11 mai. Le baril de Brent – valeur de référence sur le marché – a bondi de 3,29 % atteignant les 104,62 dollars.
Une situation qui ne semble pas infléchir la rhétorique guerrière du premier ministre israélien. Dans son interview accordée à la chaîne CBS, Benyamin Netanyahou a expliqué comment lui et son allié comptaient récupérer les stocks d’uranium dans les sites bombardés lors de la guerre des Douze jours en 2025. « Ce que le président Trump m’a dit, c’est : ”Je veux y aller.” Et je pense que c’est physiquement possible. Ce n’est pas là le problème », a-t-il affirmé.
Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Iran disposait alors de 441 kg d’uranium enrichi à 60 %, proche du seuil des 90 % permettant de fabriquer la bombe nucléaire, de 180 kg enrichis à 20 % et de plus de 6 tonnes à 5 %. Le stock de 60 % était réparti sur trois sites : Fordo, Natanz et Ispahan.
Mais le premier objectif de Benyamin Netanyahou dans la poursuite de cette guerre réside surtout dans l’effondrement du régime iranien, et avec lui ses alliés au Liban (Hezbollah), à Gaza (Hamas) et au Yémen (Houthis). « L’Iran continue à soutenir ces supplétifs, qui cherchent à produire des missiles balistiques. Nous les avons beaucoup réduits mais ils sont toujours là et il reste du travail à faire », a-t-il déclaré dimanche.
Détroit d’Ormuz : la France et le Royaume-Uni envisagent une mission de sécurisation
Du côté de Téhéran, Ebrahim Rezaei, le porte-parole de la commission de sécurité nationale du Parlement, a déclaré que « toute attaque contre nos navires déclenchera une riposte iranienne forte et décisive contre les navires et les bases » des États-Unis après que ces derniers ont attaqué des pétroliers iraniens.
À plusieurs milliers de kilomètres du détroit d’Ormuz, le gouvernement britannique a fait savoir dimanche 11 mai, que les ministères de la Défense du Royaume-Uni et de la France se réuniront en visioconférence mardi afin de discuter des « contributions militaires » de chacun dans le cadre d’une mission visant à sécuriser le détroit d’Ormuz.
Motivés par la flambée des prix à la pompe depuis le début de la guerre le 28 février, Paris et Londres s’efforcent de se poser en gendarmes maritimes pour garantir la liberté de navigation dans le détroit où transite habituellement un cinquième de l’or noir mondial. Une velléité vue d’un très mauvais œil par Téhéran. Peu après l’annonce de l’envoi de bâtiments militaires pour se prépositionner dans la région, Téhéran a averti que tout déploiement déclencherait une « réponse décisive et immédiate » de l’armée iranienne.
Une menace qui a contraint Emmanuel Macron, actuellement en déplacement au Kenya pour le sommet « Africa Forward », a calmé le jeu. « Il n’a jamais été question d’un déploiement. Mais on se tient prêt », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Le président français a expliqué que ce projet franco-britannique se concentrait sur la « liberté de navigation », affirmant qu’il a pour but de « mettre fin à tout blocus d’où qu’il vienne et quel qu’il soit ».
Arthur Dumas
L'Humanité du 11 mai 26

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