![]() |
| Peter Thiel lors d'une convention du parti républicain le 21 juillet 2016. Douliery Olivier/ABACA |
Il n’y a pas si longtemps, Peter Thiel était une figure recluse. Il était si soucieux de préserver sa vie privée qu’il a financé un procès pour ruiner le média qui avait révélé publiquement son homosexualité. Dix ans plus tard, Thiel, âgé de cinquante-huit ans, n’évite plus les feux de la rampe politique.
Au cours de la dernière décennie, Thiel est devenu un donateur politique de droite de plus en plus actif et virulent. Au cœur de cette évolution se trouve sa relation étroite, qui dure depuis plus de dix ans, avec son ancien employé et protégé J. D. Vance, le vice-président et probable successeur de Donald Trump à la tête du Parti républicain, dont l’ascension politique — d’abord au Sénat, puis dans les bonnes grâces de Trump, et enfin à la vice-présidence — a été financée et facilitée par Thiel. (…)
Des centaines d’échanges d’e-mails entre Epstein et Thiel
Les relations étroites de Thiel avec Vance et d’autres jeunes figures de la droite garantissent pratiquement que le milliardaire de la tech continuera à façonner la politique et les orientations gouvernementales pendant de nombreuses années — voire des décennies, si ses projets technologiques visant à prolonger sa durée de vie aboutissent. Et, malgré la mort mystérieuse de Jeffrey Epstein il y a sept ans, cela garantit la même chose pour l’influence discrète du milliardaire pédophile, dont des e-mails privés montrent qu’il était non seulement un bon ami de Thiel, mais qu’il a également encouragé l’implication de Thiel en politique à droite.
Parmi les millions de documents liés à Epstein rendus publics par le ministère états-unien de la Justice à ce jour, on trouve des centaines d’échanges d’e-mails entre Epstein et Thiel qui témoignent de l’amitié profonde et symbiotique entre les deux hommes. En échange des faveurs et des conseils fiscaux d’Epstein, Thiel lui fournissait des informations sur les investissements et lui servait en quelque sorte de bouclier de réputation.
Lorsque Thiel a manifesté un intérêt croissant pour la géopolitique, Epstein a encouragé sa curiosité en organisant des rencontres avec des responsables et des acteurs politiques influents aux États-Unis et à l’étranger. Après que Thiel eut rejoint la campagne de Trump en 2016, Epstein l’a exhorté à étendre son influence au sein de l’entourage de Trump et lui a donné des conseils sur la manière de s’y prendre.
Tout comme dans son amitié avec l’ancien stratège de Trump, Steve Bannon, les e-mails d’Epstein à Thiel montrent le talent du défunt milliardaire pour se faire bien voir des puissants et des personnes influentes, en particulier ceux susceptibles d’avoir de l’emprise sur la Maison Blanche de son ancien « ami le plus proche », Trump. Dans le cas de Thiel, c’est un talent dont les effets pourraient se faire sentir dans le paysage politique pendant encore longtemps.
Epstein vantait Palantir à Ehoud Barak
On ne sait pas exactement quand Epstein et Thiel sont devenus amis. Des e-mails suggèrent que les deux hommes n’avaient aucune relation en février 2013, date d’un enregistrement audio exhumé plus tôt cette année dans lequel Epstein conseillait à son ami Ehoud Barak, ministre israélien de la Défense sortant, de s’associer à Thiel et à sa société de surveillance Palantir.
Pendant des années, Epstein a tenté en vain d’entrer en contact avec le milliardaire de la tech, alors surtout connu pour avoir cofondé PayPal et l’avoir ensuite vendu à eBay pour 1,5 milliard de dollars — au moins dix fois entre août 2009 et novembre 2012, selon des e-mails examinés par Jacobin. À d’autres occasions, des personnes de son entourage ont proposé de lui servir d’intermédiaire, son principal relais étant Ian Osborne, un ancien « homme de main » britannique qui disposait d’un réseau étendu et avait largement investi dans la Silicon Valley.
Des e-mails suggèrent que ce qui a initialement attiré Epstein vers Thiel était son intérêt pour la création d’un système financier alternatif. Dans l’un des tout premiers documents d’Epstein mentionnant Thiel, un e-mail daté d’août 2009 envoyé par Epstein à l’agent littéraire John Brockman pour lui demander de les mettre en relation, Brockman lui a répondu qu’il aurait besoin d’une raison pour que cette rencontre ait lieu. « L’idée, c’est que le moment est venu pour une nouvelle alternative financière, c’est ainsi que PayPal a commencé », a répondu Epstein. (Jacobin a, comme d’habitude, corrigé la grammaire souvent à la limite de l’incompréhensible d’Epstein.)
Une autre connaissance commune, l’informaticien Ben Goertzel, l’un des premiers défenseurs de l’intelligence artificielle, (IA), lui a fait miroiter la perspective d’une entrevue personnelle avec Thiel pour convaincre Epstein de se rendre au Singularity Summit, un rassemblement annuel de passionnés de superintelligence artificielle, en octobre de cette année-là. Thiel « voulait lancer sa propre monnaie en dehors du cadre des États-nations », lui a dit Goertzel.
Intérêt pour la cryptomonnaie
La vision qu’Epstein avait alors en tête frôlait le ridicule. Il a confié à un ami des années plus tard qu’il pensait que Facebook pourrait servir de base à ce système alternatif, dans lequel les « amis » Facebook échangeraient des « faveurs ». Aussi saugrenu que cela puisse paraître, Epstein était on ne peut plus sérieux, et il a présenté cette idée en personne à Thiel à deux reprises, des années plus tard.
Cela semblait lié à son intérêt pour la cryptomonnaie, comme le suggère un e-mail envoyé à Thiel en avril 2016 concernant la participation de l’ancien conseiller économique d’Obama, Larry Summers, à ce projet. « Larry Summers est désormais partant pour repenser le système financier, la monnaie numérique, etc. », a-t-il écrit à Thiel. « Il se joindra à nous pour élaborer un plan. C’est sympa. » (…)
Les deux hommes semblent avoir fini par se rencontrer en mars 2014, grâce à un autre associé d’Epstein issu du monde de la tech : Reid Hoffman, qu’Osborne avait un jour décrit de façon charmante à Epstein comme « le gros de LinkedIn ». Des e-mails indiquent que Hoffman a organisé la rencontre entre les deux hommes ce mois-là chez lui, apparemment à la demande insistante d’Epstein. « Peter Thiel sera-t-il présent, comme tu as dit qu’il faisait partie de ton cercle proche ? », a demandé Epstein avec une certaine impatience dans un e-mail adressé à Hoffman au début de ce mois-là.
« Ma mauvaise presse te fait-elle hésiter ? »
Une fois qu’ils se sont rencontrés, les deux hommes semblent être rapidement devenus amis. Thiel et Epstein échangeaient constamment des e-mails, se voyaient régulièrement et se parlaient au téléphone, collaboraient à des projets d’affaires et discutaient de tout, de la politique à la science en passant par les possibilités d’investissement (…).
Au moment où leur amitié battait son plein, les crimes d’Epstein contre des mineures remontaient déjà à plusieurs années. En fait, ils avaient fait la une de l’actualité nationale et mondiale début 2015, après que le prince Andrew et Alan Dershowitz eurent été cités dans un procès contre Epstein, accusé d’avoir dirigé un réseau de prostitution impliquant des mineures.
Environ deux semaines après que ce procès eut fait la une des journaux du monde entier, Thiel a envoyé un e-mail à Epstein, lui annonçant une possible visite à Miami à la fin du mois : « Je passerai sur ton île ! ». Huit jours plus tard, alors que les gros titres peu flatteurs et les dénonciations publiques s’accumulaient, Epstein a relancé la conversation.
« Ma mauvaise presse te fait-elle hésiter ? », a-t-il demandé. « Si j’étais intimidé par la mauvaise presse, je n’aurais rien accompli dans la vie », a répondu Thiel. « Mais j’espère que tu tiens bon, et que cette vague médiatique ne va pas aller beaucoup plus loin. » (…)
Conseils fiscaux et investissements
Tout comme dans le cadre de son amitié étroite avec Steve Bannon, Epstein a comblé Thiel de sa générosité. Il a proposé d’emmener le milliardaire aux Îles Vierges dans son hélicoptère, lui a offert de le mettre en relation avec « le meilleur spécialiste du sommeil de New York » (« Je voudrais que tu restes en vie », lui a dit Epstein), et l’a encouragé à acheter un avion privé pour lequel il lui a prodigué ses conseils. « Nous devons nous voir beaucoup plus souvent », lui a dit Thiel lors d’un de ces échanges.
Au début de leur amitié, Epstein a proposé à Thiel de s’entretenir avec lui ou l’un de ses conseillers pour lui donner des conseils financiers. « Je pense que ton régime fiscal personnel pourrait être légèrement ajusté », lui a écrit Epstein par e-mail. « Oui, ce serait génial », a répondu Thiel. « Je ne remets *jamais* en question ton jugement sur les questions fiscales », a-t-il réitéré quelques mois plus tard.
Une autre fois, Epstein a informé Thiel qu’il allait discuter de cryptomonnaie lors d’une réunion avec le département du Trésor et une personne semblant être le conseiller juridique en chef de l’Internal Revenue Service (l’agence fédérale chargée de la collecte l’impôt sur le revenu, NDT), et lui a demandé s’il avait des questions qu’il souhaitait poser.
Epstein a, à son tour, sollicité des conseils d’investissement auprès de Thiel. À un moment donné, il a évoqué la possibilité de lui donner 50 à 100 millions de dollars à investir, ce que Thiel a accepté avec joie (« Chaque fois que quelqu’un vous offre de l’argent à l’improviste, vous devriez toujours l’accepter :) », a-t-il écrit) et a proposé qu’ils discutent de la meilleure façon de le placer.
Identité secrète
Epstein a demandé à Thiel son avis sur une offre d’investissement dans Spotify, ainsi que sur la possibilité d’investir dans la propre entreprise de Thiel, Palantir, ce à quoi Thiel lui a répondu en lui conseillant d’attendre qu’ils en discutent plus tard. Un mois plus tard, Thiel a organisé une rencontre entre Epstein et les deux cofondateurs de la société de capital-risque Valar, conseillant au délinquant sexuel condamné d’investir 10 à 20 millions de dollars dans un nouveau fonds qu’ils étaient en train de lancer.
« J’ai trouvé votre connaissance du monde des start-ups israéliennes formidable », a écrit Epstein dans un e-mail adressé à Thiel plus tard dans le mois, la veille de Noël.
À un moment donné, le partenaire commercial de Thiel, Blake Masters, à la demande de ce dernier, a envoyé à Epstein un exemplaire papier du livre que les deux hommes avaient coécrit. « Je sais qu’il adorerait connaître votre avis… Ce serait formidable de vous rencontrer un de ces jours à New York. Cordialement, Blake », disait le message. (Huit ans plus tard, Masters a mené une campagne sénatoriale infructueuse en Arizona sur un programme prétendument pro-famille, qui a coûté 20 millions de dollars à Thiel.)
Dans le cadre d’une initiative commerciale, Epstein s’est appuyé sur sa relation avec Thiel pour surmonter l’impact négatif que son nom avait désormais sur sa réputation.
Dans un échange d’e-mails datant de juillet 2018, Epstein et le développeur de Bitcoin Jeremy Rubin ont élaboré une stratégie pour qu’il investisse dans la start-up de minage (protocole informatique qui permet la création de cryptomonnaies et la validation des transactions, NDT) de Bitcoin Layer1 tout en gardant son identité secrète, car Rubin craignait que « sinon, des investisseurs potentiels qui chercheraient votre nom sur Google pourraient se faire peur (surtout compte tenu de la politique à San Francisco) ».
Lorsque l’entreprise a refusé d’aller de l’avant tant qu’elle ne saurait pas avec qui elle s’associait, Epstein a demandé à Rubin d’être honnête sur son identité et de leur dire qu’il était « un investisseur majeur aux côtés de Thiel ». « Ils peuvent lui demander », a-t-il écrit. « Ça ne les dérange pas, ils discuteront avec Thiel », a rapporté Rubin après la conversation.
L’un des partisans les plus en vue de Trump
Alors que l’amitié entre les deux hommes s’approfondissait, des e-mails suggèrent qu’Epstein a encouragé l’intérêt croissant de Thiel pour la politique. « Délégué de Trump ? Sympa », lui a écrit Epstein par e-mail le lendemain de l’apparition du nom de Thiel dans un document de campagne de Trump en Californie en mai 2016.
Thiel est rapidement devenu l’un des partisans les plus en vue de Trump, attirant l’attention non seulement en raison de son orientation sexuelle, mais aussi parce qu’il faisait figure d’exception dans une Silicon Valley généralement libérale et démocrate. Tout au long des mois de juillet et août de cette année-là, durant lesquels Thiel est intervenu à la Convention nationale républicaine, Epstein lui a envoyé des e-mails d’éloges et d’encouragements, le qualifiant de « star » et lui demandant, en évoquant un article le concernant, s’il « appréciait de voir sa notoriété grandir ».
« Pas vraiment… il faut que ça cesse ! » : ce fut la réponse peu surprenante de Thiel. Bien qu’on ne sache pas exactement à quel article Epstein faisait référence, deux semaines plus tôt, son comptable, Richard Kahn, lui avait envoyé un rapport désormais tristement célèbre alléguant que Thiel finançait un projet visant à prolonger sa vie en se faisant transfuser du sang de jeunes gens.
Epstein semblait désireux de s’assurer que Thiel, son nouvel ami, renforce son influence auprès de son vieil ami, le futur président des États-Unis, par l’intermédiaire d’un ami commun : l’investisseur immobilier Tom Barrack, qui finirait par occuper des fonctions dans les deux administrations Trump.
Dans les coulisses de la Convention nationale républicaine
« Je ne sais pas si tu connais bien Tom Barrack, mais c’est quelqu’un de formidable », a écrit Epstein à Thiel par e-mail une semaine avant qu’il ne prenne la parole lors de la dernière soirée de la Convention nationale républicaine, juste avant Barrack, qui était lui-même le dernier orateur avant le discours de Trump. « Il prendra la parole à la convention », a expliqué Epstein lorsque Thiel lui a dit qu’il ne le savait pas. « Il dirige Colony Capital. Un homme solide, avec un excellent sens de l’immobilier. C’est le collecteur de fonds de Donald. »
Un échange d’e-mails datant de la fin du mois d’août de cette année-là suggère que Barrack et Thiel se sont peut-être rencontrés lors de la Convention nationale républicaine, ce qu’Epstein a exhorté Thiel à exploiter pour cultiver une plus grande influence au sein de l’entourage de Trump.
« Tom Barrack t’a vraiment apprécié, il m’a raconté votre conversation dans la loge », a écrit Epstein à Thiel par e-mail. Lorsque Thiel lui a demandé s’il avait des réflexions sur la campagne, Epstein lui a répondu : « Beaucoup, et tu devrais te rapprocher. Pour que tes conseils soient pris en compte. » Les deux hommes ont alors basculé, à la demande de Thiel, vers une conversation téléphonique sur Signal.
Quelques semaines plus tard, Epstein a proposé d’appeler Thiel pendant que Barrack lui rendait visite. Ce qui semble être une liste de rendez-vous tirée de l’ordinateur d’Epstein et datée de fin 2016 mentionne une réunion d’une heure en octobre de cette année-là, à laquelle ont participé les trois hommes ainsi qu’une personne qui semble être l’ancien Premier ministre israélien Ehoud Barak, un autre proche collaborateur d’Epstein. Une fois Trump élu, Thiel a fini par faire partie de l’équipe de transition du président élu.
« Donald est vindicatif »
« Tu joues toujours avec Donald ? » lui a demandé Epstein six mois après l’entrée en fonction de Trump. Richard Kahn, son comptable, donnait régulièrement à son client des nouvelles de Thiel, lui transmettant, le jour de l’investiture de Donald Trump, en 2017, un article de CNBC selon lequel le président envisageait de nommer le fondateur de PayPal ambassadeur des États-Unis en Allemagne et, sept mois plus tard, un article de Buzzfeed rapportant des commentaires peu flatteurs que Thiel avait faits en privé au sujet de l’administration Trump.
« Lis l’article de Buzzfeed. Fais gaffe ! », a écrit Epstein à Thiel par e-mail le jour même. « Donald est vindicatif, surtout quand on lui fait remarquer qu’il n’est pas le plus intelligent de la pièce. Ou quand ça devient tout simplement évident. » « Oui, je suis d’accord… Je t’appelle plus tard dans la journée, désolé d’avoir tant tardé », a répondu Thiel.
Thiel fit davantage attention à partir de là. Ses commentaires publics sur Trump et son administration étaient invariablement et soigneusement positifs, comme lorsqu’il défendait les mensonges fréquents de Trump en les qualifiant de simples « exagérations de la vérité » qui allaient de soi en politique (« J’ai aimé tes exagérations sur Trump, pas tes mensonges », lui écrivit Epstein par e-mail). À la fin de 2018, Thiel était redevenu un donateur extrêmement généreux pour la campagne présidentielle à venir de Trump. (…)
Mouvement populiste de droite financé par des oligarques
Plus tard, une fois Epstein sérieusement associé à Steve Bannon pour tenter de créer un mouvement populiste de droite financé par des oligarques, il a essayé à plusieurs reprises de réunir les deux hommes dans une même pièce, et y est peut-être parvenu au moins une fois.
Dans un cas, il a suggéré que le trio puisse « discuter de la réponse aux critiques sur les réductions d’impôts » — plus précisément, travailler sur des arguments visant à contrer la présentation des réductions d’impôts de Trump comme une aumône aux riches.
Pourtant, malgré tous ces efforts pour rapprocher Thiel de l’entourage de Trump, Epstein pouvait aussi se montrer dédaigneux envers le milliardaire de la tech. Lorsque Larry Summers lui a envoyé par e-mail une liste de candidats potentiels au poste de secrétaire au Trésor pour Trump peu après l’élection de 2016, Epstein a rejeté l’inclusion de son « grand ami ». « Peter Thiel est autiste, il n’a aucun sens de la réalité mondiale », a déclaré Epstein à Summers.
Il n’y avait pas que Trump. Epstein proposait régulièrement de présenter Thiel à divers acteurs politiques influents, souvent dans les domaines de la politique étrangère et du renseignement. Jacobin a déjà rendu compte des efforts couronnés de succès d’Epstein pour mettre Thiel en relation avec Ehoud Barak, efforts qui ont débouché sur une relation d’affaires préfigurant le partenariat actuel de Thiel avec l’armée israélienne. Mais cela allait bien au-delà.
Rendez-vous avec le futur directeur de la CIA
Epstein semblait particulièrement déterminé à mettre Thiel en relation avec William Burns, le futur directeur de la CIA qui, à ce moment-là, était en fin de mandat en tant que secrétaire d’État adjoint sous Barack Obama. « Le meilleur et le plus respecté des diplomates de l’administration, tu devrais le rencontrer, il a mené les négociations secrètes avec l’Iran, les a gardées secrètes pendant un an et a participé aux missions les plus sensibles pendant des années », a déclaré Epstein à Thiel. « Je peux organiser ça quand tu es disponible. »
Entre mai et octobre 2014, des e-mails suggèrent qu’Epstein a tenté, à au moins cinq reprises, de réunir les deux hommes dans la même pièce, y compris lors d’une réunion prévue le 13 septembre qui, selon un échange de SMS entre Burns et Epstein, a dû être annulée à la dernière minute par le diplomate pour raisons professionnelles.
« Transmettez mes amitiés à Peter, et j’espère avoir bientôt l’occasion de vous revoir », lui a écrit Burns par SMS. À l’une de ces occasions, avec la permission de Burns, il a mis les deux hommes directement en contact, leur disant qu’ils « s’apprécieraient mutuellement ».
« Peter, j’ai hâte de te rencontrer, et désolé de ne pas avoir pu venir à New York le mois dernier », a écrit Burns à Thiel par e-mail trois jours plus tard. « Jeffrey, merci beaucoup de m’avoir présenté. » « Bill — de même, de mon côté. J’ai hâte de te rencontrer en personne ! », a répondu Thiel. (…)
Responsables russes
Epstein a alimenté l’intérêt croissant de Thiel pour la politique en essayant de lui présenter toute une série de responsables gouvernementaux étrangers, dont beaucoup étaient européens. (…) « Quel genre de personnes trouverais-tu le plus intéressantes ? », a demandé Epstein à Thiel par e-mail [en 2015]. « L’Europe, le Moyen-Orient, la Russie. La politique. La science. Woo. » « Je suis un peu obsédé par la politique cette année… La Russie et l’Europe sont toujours intéressantes », a répondu Thiel.
Un an plus tôt, il avait pris l’initiative rare de mettre Thiel directement en contact avec Sergueï Belyakov, un ancien responsable russe et diplômé de l’académie des services secrets du pays, qui a par la suite déclaré au pédophile que les analyses de Thiel sur des sujets tels que l’économie russe avaient été « très utiles ».
Belyakov n’était pas le seul responsable russe. Epstein a tenté à plusieurs reprises de faire rencontrer à Thiel le diplomate russe décoré et de longue date Vitaly Churkin (« L’ambassadeur russe le plus impliqué, c’est lui et [le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï] Lavrov qui contrôlent », comme Epstein le lui a présenté), y compris un mois avant la mort de Churkin en 2017. « Désolé que tu ne sois pas là, Vitally [sic] Churkin fait le point sur la Syrie, c’est dingue », a écrit Epstein dans un e-mail adressé à Thiel fin septembre 2016.
On ne sait pas clairement si une rencontre avec Churkin, qui a occupé le poste de représentant permanent de la Russie auprès de l’ONU jusqu’au jour de sa mort, a jamais eu lieu, bien qu’un agenda d’octobre 2016 fasse état d’un déjeuner réunissant le trio.
Par ailleurs, en décembre 2017, Epstein a dit à Maria Drokova, une militante soutenue par le Kremlin devenue une éminente investisseuse en capital-risque de la Silicon Valley, qu’elle rencontrerait Thiel lors de la visite qu’Epstein lui rendrait. « J’ai beaucoup appris de lui grâce à ses livres et ses discours », a-t-elle répondu. « On dirait qu’il a des projets politiques très précis maintenant… »
Des dirigeants européens, « son altesse » et « quelques présidents »
Parmi les responsables européens avec lesquels Epstein a tenté de mettre Thiel en relation figuraient des amis et associés de longue date comme le diplomate norvégien Terje Rød-Larsen ; le politicien conservateur slovaque Miroslav Lajčák (« un grand ami qui aimerait faire de grandes choses »), qu’Epstein et Bannon considéraient comme le futur leader européen du mouvement d’extrême droite de Bannon ; et Thorbjørn Jagland, alors secrétaire général du Conseil de l’Europe (« Je pense que si vous voulez l’Europe… C’est lui qui comprend le mieux la réalité sur le terrain. Et je me porte garant de votre discrétion », a déclaré Epstein à Thiel), avec lequel Epstein a tenté d’organiser une rencontre pour Thiel à au moins quatre reprises entre 2014 et 2017.
Au moins trois fois, en 2014, 2015 et 2018, Epstein a invité Thiel la semaine où se tenait l’Assemblée générale des Nations unies, lui faisant miroiter la possibilité de rencontrer divers acteurs influents : « des ministres des Affaires étrangères », « de nombreux dirigeants mondiaux », le « président du comité du prix Nobel de la paix qui séjourne chez moi ».
Malgré l’intérêt affiché par Thiel pour la politique européenne, Epstein a également tenté de le mettre en contact avec des dirigeants asiatiques, au-delà de l’Israélien Barak : « le sultan de Dubaï », probable référence à l’homme d’affaires Sultan Ahmed bin Sulayem ; le président mongol de l’époque, Tsakhiagiin Elbegdorj, qui assistait alors à un sommet de l’ONU à New York ; « les Qataris », y compris « son altesse » ; et Anil Ambani, un homme d’affaires indien lié au gouvernement d’extrême droite de Narendra Modi. Fin mai 2017, Epstein a suggéré individuellement aux deux hommes de se rencontrer.
À d’autres occasions, Epstein a laissé entrevoir la possibilité de rencontrer le « nouveau directeur de DAVOS », comme il le disait — c’est-à-dire le politicien norvégien Børge Brende, qui était devenu président-directeur général du Forum économique mondial (Brende a démissionné il y a deux mois en raison de sa relation avec Epstein). Et alors qu’il invitait Thiel dans son ranch du Nouveau-Mexique, il a mentionné en passant que « quelques présidents » seraient également présents « la semaine prochaine ». (…)
Prise de pouvoir politique par l’aristocratie des élites économiques
Nous ne pouvons pas dire dans quelle mesure Epstein était responsable de l’implication croissante de Thiel dans la politique et l’univers de Trump. Mais avec le recul de 2026, on peut affirmer sans risque que son souhait s’est réalisé.
Les relations de Thiel avec Trump et son vice-président placent désormais le milliardaire de la tech en position idéale pour façonner le Parti républicain et une future présidence du GOP, et pour mettre en œuvre la vision que lui et Vance ont élaborée il y a de nombreuses années : une prise de pouvoir politique par l’aristocratie des élites économiques de droite.
En attendant, nous voyons en temps réel ce que signifie avoir un Peter Thiel qui s’intéresse à la géopolitique et est capable de l’influencer, le milliardaire soutenant et défendant ardemment le génocide israélien, et son entreprise s’alignant sur une politique étrangère interventionniste et belliciste de Washington. Pendant de nombreuses années, Jeffrey Epstein a façonné notre monde d’une manière dont nous n’avions jamais eu conscience. Il pourrait bien continuer à le faire, même après sa mort.
Branko Marcetic
L'Humanité du 03 mai 2026
Cet article est initialement paru dans Jacobin sous le titre Jeffrey Epstein Encouraged Peter Thiel’s Political Journey
Son auteur, Branko Marcetic, est journaliste chez Jacobin et auteur de Yesterday’s Man : The Case Against Joe Biden.
Son auteur, Branko Marcetic, est journaliste chez Jacobin et auteur de Yesterday’s Man : The Case Against Joe Biden.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire