Israël : comment Hadash veut unir des Arabes et des juifs progressistes

 

Ayman Odeh, le chef sortant du Hadash, a fait allusion à cette initiative dans son discours de départ : « Le Hadash ne manque jamais à ses promesses. Nous soutenons le rétablissement de la Liste unifiée dans son intégralité ».
©Amit ElkayamThe New York Times-REDUX-REA
Yousef Jabareen a été élu à la tête de Hadash pour les prochaines élections législatives, succédant à Ayman Odeh. Il sera accompagné du publiciste Jafar Farah, du député sortant Ofer Cassif et de l’avocat Youssef Atauna. Leur but : inciter d’autres partis arabes et mouvements de gauche à former une liste commune.
Samedi, le Front démocratique pour la paix et l’égalité (Hadash) a tenu son congrès en vue des prochaines élections législatives en Israël. Environ 1 000 délégués, représentant différentes branches et instances du front, se sont réunis à Deir Hanna, dans le nord du pays. Ce lieu occupe une place particulière dans le patrimoine national palestinien : il fut le principal bastion de l’ascension au pouvoir de Daher Al Umar et de la révolte qui s’ensuivit contre les Ottomans au XVIIIe siècle. Près de deux siècles plus tard, en 1976, la ville se souleva à nouveau.
Cette fois-ci contre les politiques israéliennes oppressives, un mouvement de grève générale, connu sous le nom de Journée de la terre, a été lancé. Des centaines de milliers de citoyens arabo-palestiniens d’Israël se sont unis pour un mouvement de contestation collective qui a empêché de nouvelles confiscations de terres.
La convention de Hadash a recherché une unité similaire entre les Palestiniens de 1948, citoyens d’Israël et les forces démocratiques juives. La question politique cruciale qui planait lors de cette réunion résidait dans la perspective de rétablir la Liste unifiée (une liste parlementaire regroupant les quatre principaux partis de la société arabe, qui s’est présentée aux élections de 2015, 2020 et 2021).

Quand Yousef Jabareen remporte la première place de la liste de Hadash
Ayman Odeh, le chef sortant du Hadash, qui dirigeait également la Liste unifiée, a fait allusion à cette initiative dans son discours de départ : « Le Hadash ne manque jamais à ses promesses. Nous soutenons le rétablissement de la Liste unifiée dans son intégralité, car c’est le moyen de dynamiser la participation électorale et de faire taire le fascisme. » Les résultats donnent raison à Odeh : à chaque élection où la Liste unifiée a pu se constituer, on a constaté une participation plus importante des électeurs arabes. Certains sondages suggèrent que jusqu’à 17 sièges sur 120 (environ 15 %) à la Knesset pourraient être remportés cette année, sous réserve du rétablissement de cette liste.
Démocratiquement, deux personnalités se sont disputé la première place sur la liste de Hadash. Yousef Jabareen, universitaire et juriste, l’a emporté face à Shukri Awouda, médecin généraliste. Le Dr Jabareen a été député de 2015 à 2021. Durant son premier mandat, il a présidé la commission parlementaire des Droits de l’enfant et a mis à profit sa position pour attirer l’attention sur les problèmes affectant les enfants défavorisés en Israël, tels que l’accès aux soins et la qualité de l’éducation. Il a également dirigé le groupe de plaidoyer international de la Liste unifiée pendant cette période.
En 2018, le gouvernement israélien a empêché Jabareen de se rendre aux États-Unis pour une tournée de conférences avec Jewish Voice for Peace, prélude aux nombreuses restrictions draconiennes des libertés politiques, croissantes ces dernières années. Dans son discours de victoire, Jabareen a également déclaré que « la mise en place de la Liste unifiée la plus large et la plus forte » était « impérative ».

La représentation des femmes arabes
La bataille pour la deuxième place a opposé trois candidats et a été beaucoup plus âpre. Nisreen Morqus, secrétaire générale du Mouvement démocratique des femmes (Tandi), Jafar Farah, publiciste et directeur général de l’ONG Mosawa, et Shadi Shweiri, ancien président d’un conseil local. Morqus était la seule femme arabe candidate pour se trouver en position possiblement éligible. Elle a insisté sur l’importance de la représentation des femmes arabes dans les instances décisionnelles, souhaitant suivre les traces de la députée Aida Touma Sliman. Mais Farah l’a emporté.
Alors que des critiques se sont déjà fait jour concernant le manque de représentation féminine, Hadash a répliqué que « la représentation et le leadership des femmes s’expriment dans de nombreux domaines de notre activité publique et politique, et pas seulement sur la liste à la Knesset » et s’est engagé à « œuvrer pour renforcer la représentation des femmes à tous les niveaux ». Ofer Cassif, seul membre juif de Hadash à la Knesset, a conservé sa troisième place, tandis que Youssef Atauna, avocat et chef bédouin du Néguev, a été réélu à la quatrième position.
À l’issue de la convention électorale, Hadash se trouve en position idéale pour faire avancer la formation de la Liste unifiée. Alors que le terrorisme des colons et le nettoyage ethnique s’intensifient en Cisjordanie, et que la guerre se poursuit à Gaza et au Liban, il s’agit là peut-être de la seule option capable de proposer pour la région autre chose qu’un avenir sombre pour les années à venir.

Amnon Brownfield Stein
L'Humanité du 17 mai 26

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