Génocide à Gaza : emprisonnés par Israël, plus de mille Palestiniens forcés de disparaître

 

HaMoked a déposé 114 recours en « habeas corpus » devant la Haute Cour de justice israélienne afin d’obliger l’État à révéler le sort des personnes enlevées.
© Issam Rimawi / Anadolu via AFP
L’organisation HaMoked a répertorié de très nombreux cas d’habitants de Gaza pour lesquels Israël refuse de fournir la moindre information. Parmi eux, des cas pourtant documentés d’arrestation par l’armée.
Il y a ceux qui sont emprisonnés sans base légale, pris au piège du système carcéral israélien. Et ceux qui disparaissent. Le rapport « Disparitions forcées de résidents de Gaza en détention : tendances, implications juridiques et lacunes en matière de contrôle depuis octobre 2023 », publié ce mois-ci par l’organisation israélienne de défense des droits humains HaMoked, révèle un pan peu connu du projet colonial. En avril 2026, 1 251 habitants de l’enclave palestinienne étaient toujours détenus par Israël sous le régime illégal de la détention administrative.
Or, selon cette étude, des centaines de Palestiniens de Gaza arrêtés par l’armée israélienne auraient disparu. « Sur les 5 400 résidents de Gaza que HaMoked a été chargé de localiser, l’organisation a réussi à déterminer le sort de 3 632 personnes, soit la majorité des cas. Cependant, dans 1 848 cas – environ 29,2 % –, les autorités ont répondu qu’il n’y avait ”aucune indication” de l’arrestation ou de la détention de la personne. Dans de nombreux cas, cette réponse contredisait les témoignages oculaires confirmant leur arrestation par les forces israéliennes », détaille le rapport.
Lorsque des témoignages écrits et signés étaient disponibles, HaMoked a déposé 114 recours en habeas corpus devant la Haute Cour de justice israélienne afin d’obliger l’État à révéler le sort des personnes enlevées. Au total, 38 dossiers ont été rejetés, la cour acceptant l’argument de l’exécutif selon lequel il n’existe aucune preuve d’arrestation. « Pour les 76 cas restants, où les détenus ont finalement été localisés, la procédure a néanmoins mis en évidence des incohérences préoccupantes dans la gestion par l’État des informations relatives aux détenus », explique l’étude.

Israël n’a pas ratifié la convention pour la protection contre les disparitions forcées
Le cas de la famille Ajur est à ce titre emblématique. Le 24 février 2024, des soldats israéliens auraient fait irruption dans leur maison, près de l’hôpital Al-Shifa de Gaza-ville. Lors de l’opération, une mère et sa fille de 5 ans auraient été blessées par des tirs. Forcée d’évacuer vers le sud en laissant derrière elle son mari et l’enfant blessée, la mère est depuis sans nouvelle de ses proches. L’armée israélienne assure qu’il n’existe « aucune indication » de leur arrestation.
Des témoins affirment pourtant que l’enfant a été emmenée par l’armée et que le père a bel et bien effectué un séjour dans un centre de détention en Israël. C’est l’un des cas rejetés par la Haute Cour de justice israélienne sans enquête approfondie.
Israël n’a pas ratifié la convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées mais HaMoked insiste sur le fait que l’interdiction des disparitions forcées est considérée comme une norme coutumière du droit international humanitaire et même comme une norme impérative (jus cogens).
Or, Tel-Aviv contrevient à l’accès à une information correcte sur les détenus et à toute enquête sérieuse sur les soupçons de disparition forcée. Jusqu’ici, aucune réponse n’a été apportée à la demande de réforme des procédures d’enregistrement des détenus. Le rapport insiste enfin sur les conséquences pour les familles, maintenues dans l’incertitude concernant le sort de leurs proches, sans possibilité de faire leur deuil ni de se reconstruire.

Lina Sankari
L'Humanité du 19 mai 26

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