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| Le Premier ministre israélien, Benyamin
Netanyahou, est en désaccord avec un possible accord entre les
États-Unis et l’Iran qui pourrait modifier l’équilibre régional. © jacques witt/pool/REA |
Le monde entier se réjouit d’un possible accord entre les Etats-Unis et l’Iran permettant de mettre fin à la guerre déclenchée par Washington et Tel Aviv le 28 février. Le monde entier ? Presque. Il est un dirigeant pour qui cette nouvelle est vécue comme un véritable drame.
Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, n’est pas content de cet épilogue qui remet en cause sa stratégie développée depuis trente ans : l’Iran est un danger qu’il faut détruire. Or, non seulement l’accord qui va être rendu public a été élaboré sans les Israéliens, mais il semblerait consacrer une autre approche que celle de la confrontation, y compris s’agissant du nucléaire.
Israël intensifie ses bombardements et ravage des villages entiers
Les États-Unis et l’Iran pourraient bientôt prolonger leur cessez-le-feu de 60 jours supplémentaires, qui permettrait les discussions sur le nucléaire mais également la sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz. La réponse de Netanyahou est claire : la guerre. Les bombardements israéliens au sud du Liban se poursuivent sans relâche.
Des dizaines de villages sont totalement détruits. Les villes de Nabatieh et de Tyr risquent de connaitre le même sort avec, dans cette dernière, le risque de destruction de sites antiques pourtant reconnus « patrimoine mondial » par l’Unesco. Il est vrai que la simple évocation d’un organisme de l’Onu relève maintenant, pour les dirigeants israéliens, de la pire insulte.
Outre la guerre au Liban, Tel Aviv entend également étendre sa main sur la bande de Gaza qu’il a pourtant transformé en ruines. Netanyahu a ordonné à l’armée israélienne de conquérir une plus grande partie de l’enclave, en commençant par s’emparer de 70 % du territoire palestinien, où la population est déjà confinée sur une étroite bande de terre côtière.
Aux termes d’un cessez-le-feu négocié par les États-Unis en octobre, qui n’a pas permis de mettre fin aux attaques israéliennes ni d’obtenir le désarmement du Hamas, les troupes israéliennes devaient se retirer jusqu’à la Ligne jaune délimitant leur contrôle. Sur les cartes militaires, cette ligne place Israël au contrôle d’environ 53 % de Gaza, le Hamas administrant le reste du territoire.
Une stratégie qui vise à déplacer durablement la population palestinienne
Mais en réalité, Israël a déplacé les blocs de béton censés marquer la Ligne jaune, grignotant secrètement et illégalement le territoire palestinien, lui permettant d’en contrôler de facto environ 64 %. « Nous étions à cinquante, puis à soixante. Ma directive est de progresser étape par étape », a avoué Netanyahou, jeudi 28 mai. « Dans un premier temps, soixante-dix. Commençons par là. Nous les pressons (le Hamas) de tous côtés. Nous nous occuperons des derniers bastions. Mais le plus important est de continuer à accroître notre influence. »
Netanyahou qualifie les territoires qu’Israël a conquis à Gaza, en Syrie et au Liban de « zones tampons » destinées à prévenir d’éventuelles attaques.
En réalité, les Palestiniens perçoivent l’élargissement de la zone tampon israélienne à Gaza comme un élément d’une stratégie visant à les déplacer définitivement, citant les déclarations de hauts responsables, dont le ministre de la Défense, Israel Katz, affirmant vouloir encourager les « migrations volontaires » depuis Gaza.
Des bombardements israéliens font des dizaines de morts civils
Une fois de plus Israël s’en prend donc à la population civile. Des dizaines de Palestiniens de la ville de Gaza se sont rassemblés jeudi pour les prières funéraires en mémoire des dix personnes tuées lors des frappes israéliennes de la nuit précédente, dont cinq enfants, une personne âgée et un militant du Hamas.
Plus de vingt personnes ont été blessées. Le ministère palestinien de la Santé a indiqué que plus de 900 personnes ont été tuées à Gaza depuis le début du cessez-le-feu en octobre, et que 781 corps ont été retrouvés dans les décombres depuis lors.
De nouvelles cartes de Gaza, discrètement publiées par Israël il y a deux mois, placent des milliers de Palestiniens déplacés à l’intérieur d’une zone restreinte étendue, dont les limites sont, selon l’armée, modifiables à volonté. Cette zone restreinte, délimitée par une ligne orange sur les cartes, représente environ 11 % du territoire de Gaza au-delà de la « Ligne jaune ». Ces zones isolent près des deux tiers du territoire de Gaza.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 29 mai 2026

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