Flottille pour Gaza : Itamar Ben Gvir est le pur produit du système colonial israélien

 

La mise en scène est odieuse. Fait nouveau, elle fait scandale sur la scène internationale. Voyez le fasciste Itamar Ben Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, paradant et vociférant au milieu de détenus à genoux, les corps pliés, les mains menottées, certains violemment jetés et traînés au sol. Le crime de ces hommes et de ces femmes maltraités et humiliés après leur capture illégale dans les eaux internationales : ils voguaient vers Gaza sur les bateaux de la Global Sumud Flotilla pour tenter de briser le blocus de l’enclave palestinienne.
Cette scène monstrueuse n’a rien d’inédit. Les mêmes traitements inhumains et dégradants avaient été réservés aux humanitaires des précédentes flottilles kidnappés par les forces armées israéliennes. De retour dans leurs pays, tous, et parmi eux notre confrère Émilien Urbach, journaliste à l’Humanité, avaient déjà témoigné d’actes de violence, d’abus, de conditions de détention violant les droits humains les plus élémentaires – privation de nourriture, d’eau, de sommeil, de traitements médicaux, restriction de l’accès à un avocat.
Les dirigeants européens, à l’exception des Espagnols et des Irlandais, avaient observé jusqu’ici un silence complice devant ces violations flagrantes, multiples et répétées du droit international. Une ligne de conduite peu surprenante au regard de leur passivité face au génocide perpétré par l’armée israélienne à Gaza. L’indignation se fait soudain unanime. Tant mieux, si les mots laissent présager des sanctions dissuasives, qui seraient hélas bien tardives.
Car si Tel-Aviv s’autorise à franchir ainsi toutes les lignes rouges, c’est que la complaisance pour le gouvernement de Benyamin Netanyahou lui a laissé toute latitude pour rouler au bulldozer sur la légalité internationale. En campagne, le premier ministre israélien, un criminel de guerre, affecte aujourd’hui de recadrer les suprémacistes de son cabinet, en reprochant à Itamar Ben Gvir une attitude qui ne correspondrait pas « aux valeurs de l’État d’Israël ».
Il est au contraire le pur produit d’un système colonial dont on ne saurait tirer la moindre valeur humaine. Cela n’a rien d’une spécificité israélienne. Aimé Césaire le constatait déjà en 1950 à propos de l’Europe : en même temps que la colonisation dépouille le colonisé de son humanité, toujours, elle ensauvage le colonisateur.

Rosa Moussaoui
L'Humanité du 21 mai 2026

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