Flottille pour Gaza : derrière la scandaleuse vidéo de Ben Gvir, la politique génocidaire et coloniale d’Israël

 

Itamar Ben Gvir s'est mis en scène, lançant « bienvenue en Israël, nous sommes chez nous » aux détenus.
Capture d'écran
Itamar Ben Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, a diffusé, mercredi 20 mai, une vidéo où des membres de la dernière flottille pour Gaza en date, arrêtés illégalement, sont torturés. Face à la violence assumée du suprémaciste israélien, comme aux condamnations de la communauté internationale, Benyamin Netanyahou a tenté d’éteindre l’incendie, occultant les violences systémiques qu’il promeut depuis de nombreuses années.
Le ministre israélien de la Sécurité nationale a récidivé. Comme à l’automne dernier, Itamar Ben Gvir a publié mercredi une vidéo où on le voit tout sourire devant les maltraitances infligées aux militants de la Flottille pour Gaza arrêtés illégalement. En octobre il les traitait de « terroristes », en mai il leur lance « bienvenue en Israël, nous sommes chez nous ». Face aux images des quelque 430 militants de la paix et de la solidarité contraints de s’agenouiller les mains attachées dans le dos, la déferlante de réactions internationales n’a pas tardé.
Rome a ouvert le bal. « Il est inadmissible que ces manifestants, parmi lesquels figurent de nombreux citoyens italiens, soient soumis à un traitement qui porte atteinte à la dignité humaine », se sont indignés la première ministre italienne Giorgia Meloni et son ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, dans un communiqué exigeant des excuses. « Ce traitement est monstrueux, il est indigne, il est inhumain », a également condamné Espagne. Le traitement réservé aux prisonniers a été jugé « odieux » par Ottawa tandis que Dublin s’est dit « consterné et choqué », la sœur de la présidente irlandaise Catherine Connolly figure parmi les participants à la flottille. Une liste à laquelle s’ajoutent la Belgique, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Turquie…
En France, avec 41 ressortissants concernés selon les associations, Jean-Noël Barrot a dénoncé « les agissements inadmissibles » du ministre israélien suprémaciste. « La sécurité de nos compatriotes est une priorité constante. Quoiqu’on pense de cette flottille – et nous avons indiqué à plusieurs reprises notre désapprobation de cette démarche -, nos compatriotes qui y participent doivent être traités avec respect et libérés dans les plus brefs délais », a ajouté le ministre des Affaires étrangères sur X.

Netanyahou contraint de condamner face au tollé
Le tollé international, avec convocation d’ambassadeurs par plusieurs capitales dont Paris, a été tel qu’il a contraint plusieurs ministres du gouvernement israélien à se désolidariser, dont le premier d’entre eux. « La manière dont le ministre Ben Gvir a traité les militants de la flottille n’est pas conforme aux valeurs et aux normes d’Israël », a déclaré mercredi Benyamin Netanyahou.
Le tout en justifiant la violation du droit international dans cette affaire et en réitérant ses mensonges sur les participants de ce convoi humanitaire : « Israël a pleinement le droit d’empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d’entrer dans nos eaux territoriales et d’atteindre Gaza », a-t-il ajouté.
Même l’allié inconditionnel d’Israël s’est senti obligé de réagir. « La flottille était une manœuvre stupide, mais Ben Gvir a trahi la dignité de sa nation », a écrit l’ambassadeur des États-Unis Mike Huckabee sur X, saluant les « indignation et condamnation unanimes de la part de tous les hauts responsables israéliens (…) pour les actes méprisables d’(Itamar) Ben Gvir ».

Tortures, guerre génocidaire et colonisation
Mais derrière cette vidéo, ce sont des milliers de prisonniers palestiniens enfermés sans procès. Des milliers de disparitions forcées. L’ONG israélienne HaMoked a récemment répertorié de très nombreux cas d’habitants de Gaza pour lesquels Israël refuse de fournir la moindre information, dont des cas pourtant documentés d’arrestation par l’armée.
Ce sont aussi des cas de tortures encore dénoncés en début de semaine par une rapporteur de l’ONU qui en a recensé des dizaines. « Des passages à tabac violents, des positions de stress, des moyens de contention excessifs, des électrocutions, la privation de sommeil, la malnutrition et la famine, une détention prolongée au secret » figurent en bonne place de ces pratiques dénoncées lundi par Alice Jill Edwards.
« Le nombre et la cruauté des allégations recueillies témoignent d’un mépris flagrant, de la part d’Israël, de son devoir de traiter tous les détenus avec humanité », a ajouté la spécialiste de l’ONU. Et l’impunité règne. En mars encore, le procureur général de l’armée israélienne Itay Offir a annoncé l’abandon des charges retenues contre cinq soldats accusés d’avoir roué de coups, électrocuté et poignardé au niveau de ses fesses un prisonnier palestinien, suite à la diffusion d’une vidéo révélant les crimes.
Et bien sûr, derrière ces images ce sont aussi la guerre génocidaire menée à Gaza, et ses plus de 70 000 morts palestiniens, la colonisation de la Cisjordanie qui soumet la population à une violence quotidienne et à la privation de ses droits, ou encore la destruction systématique du sud du Liban malgré l’accord de cessez-le-feu qui n’en a que le nom.
Condamner cette vidéo et exiger la libération immédiate des militants de la Flottille est indispensable, décider de sanctions contre Israël pour mettre un terme aux crimes de guerre et contre l’humanité ne l’est pas moins. Or la France – contrairement à l’Espagne ou l’Irlande par exemple – ne s’illustre pas en la matière. Elle pourrait notamment commencer par soutenir fermement les initiatives prises pour rompre l’accord d’association qui lie l’Union Européenne et Israël.

Julia Hamlaoui
L'Humanité du 21 mai 26

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire