Flottille pour Gaza : comment Netanyahou retient illégalement Thiago Avila et Saif Abu Keshek

 

À Barcelone, le 2 mai 2026, un rassemblement exige la libération des membres de la flottille Saif Abukeshek and Thiago Avila.© Europa Press/ABACA
Si tous les participants à la flottille arrêtés ont été relâchés, deux hommes, sévèrement battus, sont toujours détenus dans une prison israélienne, à l’isolement. Ils observent une grève de la faim. Ils doivent être présentés devant un juge le 5 mai.
Le tribunal d’instance d’Ashkelon a prolongé, le 3 mai, la détention des militants de la flottille Global Sumud, Thiago Avila et Saif Abu Keshek, de deux jours supplémentaires, soit jusqu’au mardi 5 mai. Cette décision fait suite à leur enlèvement illégal par la marine israélienne dans les eaux internationales le 30 avril.
Quelque 175 militants ont été arrêtés sur 21 bateaux de cette nouvelle flottille qui en comptait 58, dans la nuit du 29 au 30 avril. Depuis, ils ont tous été relâchés, y compris Raphaëlle Primet, coprésidente du groupe communiste au Conseil de Paris, à l’exception de ces deux hommes.
Lors de l’audience, le procureur de l’État israélien a requis une prolongation de quatre jours de la détention des militants, présentant une liste d’infractions présumées, notamment l’assistance à l’ennemi en temps de guerre, le contact avec un agent étranger, l’appartenance à une organisation terroriste et la fourniture de services à une telle organisation, ainsi que le transfert de biens à une organisation terroriste.

« De graves sévices physiques »
Les avocates du Centre juridique pour les droits de la minorité arabe en Israël (Adalah), Hadeel Abu Salih et Lubna Tuma, ont plaidé devant le tribunal que l’ensemble de la procédure judiciaire était fondamentalement vicié et illégal. Elles ont contesté la compétence de l’État, affirmant qu’il n’existe aucun fondement juridique à l’application extraterritoriale de ces infractions aux actions de ressortissants étrangers en eaux internationales. Elles ont affirmé que l’utilisation par l’État de ces graves soupçons liés à la sécurité constituait une mesure de représailles contre des leaders humanitaires et ont exigé leur libération immédiate et inconditionnelle.
Thiago Avila, l’un des principaux organisateurs de la flottille, avait déjà participé à cette initiative à l’automne 2025. L’armée israélienne était intervenue et Thiago avait été détenu pendant plusieurs jours en Israël, subissant des traitements particulièrement durs à la prison de Ketziot. Saif Abu Keshek possède la double nationalité espagnole et suédoise, mais est d’origine palestinienne. Saif ne devait pas poursuivre le périple mais débarquer en Grèce, justement conscient des dangers encourus.
« Thiago et Saif ont déclaré avoir subi de graves sévices physiques », assure à l’Humanité Miriam Azem, coordinatrice internationale pour Adalah. « Thiago a déclaré que, suite aux coups, il s’est évanoui à deux reprises. Les deux hommes sont restés deux jours menottés et les yeux bandés. » Selon cette juriste, « aucune accusation formelle n’a été portée contre les deux militants ; ils sont toujours en détention provisoire et font l’objet d’interrogatoires ». Ils observent une grève de la faim et n’absorbent que de l’eau. « Il est évident qu’Israël n’a rien contre eux à part leur activité au sein de la flottille. »
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a haussé le ton : « Nous faisons face à une arrestation illégale dans les eaux internationales, en dehors de toute juridiction des autorités israéliennes et, par conséquent, Said Abu Keshek doit être remis en liberté immédiatement afin qu’il puisse revenir en Espagne. » Des déclarations dont la fermeté tranche avec la pusillanimité du gouvernement français, qui n’a pas condamné l’acte de piraterie israélien, alors même que onze ressortissants français avaient été kidnappés, dont une élue de la République. Thiago Avila et Saif Abu Keshek doivent être présentés devant un tribunal le 5 mai. « On ne peut pas spéculer sur ce qui va se passer », alerte Miriam Azem.

Pierre Barbancey
L'Humanité du 03 mai 26

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