À quelques jours de la tenue du concours
Eurovision de la chanson, qui se déroulera à Vienne du 12 au 16 mai
prochain, une question politique majeure s’impose. Comme chaque année,
des dizaines de pays s’apprêtent à monter sur scène devant plus de 160
millions de téléspectateurs. Parmi eux, Israël. Et avec lui, une
interrogation que l’on ne peut plus esquiver : comment l’Eurovision
peut-il continuer à se présenter comme une célébration de la paix, de
l’unité et de la fraternité, tout en offrant une tribune à un État
accusé des crimes les plus graves du droit humanitaire et international,
et qui perpétue le premier génocide filmé du XXIᵉ siècle ?
Depuis plus de deux ans, la réalité est documentée et établie. À Gaza,
Office des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires
et UNRWA recensent plus de 72 000 Palestiniens tués depuis octobre 2023,
auxquels s’ajoutent des milliers de disparus sous les décombres. Même
les périodes de trêve n’ont pas mis fin aux violences : depuis le
cessez-le-feu d’octobre 2025, plus de 700 Palestiniens ont encore été
tués.
Les organisations internationales comme Human Rights Watch et Amnesty
International qualifient les faits sans ambiguïté : crimes de guerre,
crimes contre l’humanité, actes de génocide, nettoyage ethnique. Les
faits sont massifs, systémiques, répétés. Le territoire est ravagé :
près de 80 % des bâtiments endommagés ou détruits, une majorité d’écoles
hors d’usage, un système de santé en grande partie anéanti. La
quasi-totalité de la population a été contrainte de fuir, souvent à
plusieurs reprises. Le blocus et les restrictions à l’aide humanitaire
ont conduit à des situations de famine extrême. Ceux qui restent sont
privés de tout : eau, électricité, soins, médicaments. La Cour pénale
internationale maintient des mandats d’arrêt visant des dirigeants
israéliens, dont Benyamin Netanyahou, pour crimes de guerre et crimes
contre l’humanité. La Cour internationale de justice a, à plusieurs
reprises, alerté sur un risque de génocide et ordonné des mesures
conservatoires que l’État israélien continue de violer.
Cette logique de destruction dépasse Gaza. Au Liban, les bombardements
israéliens ont fait, en quelques semaines, plus de 2 500 morts depuis
mars 2026, dont des centaines d’enfants, et provoqué le déplacement de
plus d’un million de personnes. Les frappes touchent des zones civiles
et des infrastructures vitales, et s’inscrivent dans une stratégie
expansionniste de pression sur les populations.
Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas une simple guerre. C’est une
politique de destruction d’ampleur, documentée, qualifiée juridiquement,
poursuivie malgré les alertes répétées des institutions internationales
Et c’est dans ce contexte précis qu’une Europe de plus en plus divisée
s’apprête à organiser la 70e édition du concours Eurovision de la
chanson, un concours célébrant la paix qui déroule le tapis rouge à un
État génocidaire. Le consensus longtemps affiché se fissure. Seuls 35
pays participent cette année, un niveau historiquement bas depuis
l’instauration des demi-finales en 2004. Plusieurs États, dont
l’Espagne, les Pays-Bas, l’Irlande, l’Islande et la Slovénie, ont choisi
de boycotter la compétition. La Slovénie ira jusqu’à ne pas la
diffuser, préférant programmer des œuvres palestiniennes. Le monde
culturel lui-même se soulève : plus de 1 000 artistes, parmi lesquels
Massive Attack, Macklemore ou Roger Waters, appellent à exclure Israël.
Maintenir Israël sur scène n’a rien de neutre. C’est offrir à un État
accusé de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et d’actes de
génocide une opération de blanchiment culturel, un véritable «
art-washing ». C’est accepter qu’on puisse détruire, affamer, tuer, puis
venir célébrer la paix sous les projecteurs.
L’Union européenne de radio-télévision, qui avait exclu la Russie en
2022, ne peut pas feindre l’incohérence sans se discréditer elle-même.
Nous appelons les États à boycotter jusqu’à l’exclusion d’Israël de
l’Eurovision.
Par Thomas Portes, député LFI de Seine-Saint-Denis et Rima Hassan, députée LFI au parlement européen.
Tribune - L'Humanité du 07 mai 2026

Absolument. Il faut boycotter l'Eurovision, tant qu'Israël ne subira pas au moins les mêmes sanctions que la Russie. C'est scandaleux que l'Eurovision prenne ainsi parti pour cet Etat génocidaire.
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