Eurovision 2026 : Nous demandons l’exclusion d’Israël

À quelques jours de la tenue du concours Eurovision de la chanson, qui se déroulera à Vienne du 12 au 16 mai prochain, une question politique majeure s’impose. Comme chaque année, des dizaines de pays s’apprêtent à monter sur scène devant plus de 160 millions de téléspectateurs. Parmi eux, Israël. Et avec lui, une interrogation que l’on ne peut plus esquiver : comment l’Eurovision peut-il continuer à se présenter comme une célébration de la paix, de l’unité et de la fraternité, tout en offrant une tribune à un État accusé des crimes les plus graves du droit humanitaire et international, et qui perpétue le premier génocide filmé du XXIᵉ siècle ?
Depuis plus de deux ans, la réalité est documentée et établie. À Gaza, Office des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires et UNRWA recensent plus de 72 000 Palestiniens tués depuis octobre 2023, auxquels s’ajoutent des milliers de disparus sous les décombres. Même les périodes de trêve n’ont pas mis fin aux violences : depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025, plus de 700 Palestiniens ont encore été tués.
Les organisations internationales comme Human Rights Watch et Amnesty International qualifient les faits sans ambiguïté : crimes de guerre, crimes contre l’humanité, actes de génocide, nettoyage ethnique. Les faits sont massifs, systémiques, répétés. Le territoire est ravagé : près de 80 % des bâtiments endommagés ou détruits, une majorité d’écoles hors d’usage, un système de santé en grande partie anéanti. La quasi-totalité de la population a été contrainte de fuir, souvent à plusieurs reprises. Le blocus et les restrictions à l’aide humanitaire ont conduit à des situations de famine extrême. Ceux qui restent sont privés de tout : eau, électricité, soins, médicaments. La Cour pénale internationale maintient des mandats d’arrêt visant des dirigeants israéliens, dont Benyamin Netanyahou, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La Cour internationale de justice a, à plusieurs reprises, alerté sur un risque de génocide et ordonné des mesures conservatoires que l’État israélien continue de violer.
Cette logique de destruction dépasse Gaza. Au Liban, les bombardements israéliens ont fait, en quelques semaines, plus de 2 500 morts depuis mars 2026, dont des centaines d’enfants, et provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes. Les frappes touchent des zones civiles et des infrastructures vitales, et s’inscrivent dans une stratégie expansionniste de pression sur les populations.
Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas une simple guerre. C’est une politique de destruction d’ampleur, documentée, qualifiée juridiquement, poursuivie malgré les alertes répétées des institutions internationales
Et c’est dans ce contexte précis qu’une Europe de plus en plus divisée s’apprête à organiser la 70e édition du concours Eurovision de la chanson, un concours célébrant la paix qui déroule le tapis rouge à un État génocidaire. Le consensus longtemps affiché se fissure. Seuls 35 pays participent cette année, un niveau historiquement bas depuis l’instauration des demi-finales en 2004. Plusieurs États, dont l’Espagne, les Pays-Bas, l’Irlande, l’Islande et la Slovénie, ont choisi de boycotter la compétition. La Slovénie ira jusqu’à ne pas la diffuser, préférant programmer des œuvres palestiniennes. Le monde culturel lui-même se soulève : plus de 1 000 artistes, parmi lesquels Massive Attack, Macklemore ou Roger Waters, appellent à exclure Israël.
Maintenir Israël sur scène n’a rien de neutre. C’est offrir à un État accusé de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et d’actes de génocide une opération de blanchiment culturel, un véritable « art-washing ». C’est accepter qu’on puisse détruire, affamer, tuer, puis venir célébrer la paix sous les projecteurs.
L’Union européenne de radio-télévision, qui avait exclu la Russie en 2022, ne peut pas feindre l’incohérence sans se discréditer elle-même. Nous appelons les États à boycotter jusqu’à l’exclusion d’Israël de l’Eurovision.

Par Thomas Portes, député LFI de Seine-Saint-Denis et Rima Hassan, députée LFI au parlement européen.
Tribune - L'Humanité du 07 mai 2026

 

1 commentaire:

  1. Absolument. Il faut boycotter l'Eurovision, tant qu'Israël ne subira pas au moins les mêmes sanctions que la Russie. C'est scandaleux que l'Eurovision prenne ainsi parti pour cet Etat génocidaire.

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