Cette hypocrisie, masque du pire

 

Interdire le territoire français à Ben Gvir est une astuce pour ne pas sanctionner l’État d’Israël
Dans la torpeur caniculaire de ces derniers jours, un nuage d’hypocrisie compatissante s’est élevé au-dessus des toits du quai d’Orsay. Il éclate sous le poids des condamnations à géométrie politicienne variable.
Après les protestations populaires internationales, provoquées par les horrifiantes tortures et humiliations infligées aux militants européens de la flottille pour Gaza, le ministre des Affaires étrangères français a pris une décision radicale : interdire le territoire français au ministre israélien fasciste M. Ben-Gvir. Celui-ci a accueilli la nouvelle d’un éclat de rire gras et méprisant.
En effet, le ministre français et les services de l’Élysée viennent de démontrer, à quel point, ils sont aussi fourbes que brillants dans le grand art de la tromperie.
Ils naviguent dans les mêmes eaux poisseuses que l’ambassadeur américain, qui a qualifié ces actes de « méprisables » en compagnie de B. Netanyahou lui-même, mécontent d’un traitement « non conforme aux valeurs et aux normes d’Israël ».
Ah, qu’en termes élégants ces choses-là sont dites ! Il s’est évidemment bien gardé de démettre le fasciste ministre orchestrant lui-même, avec sa police, ces actes de barbarie sur fond sonore de l’hymne national israélien, filmés et diffusés sur les réseaux sociaux.

Complaire aux dirigeants d’extrême droite israélienne
Pour être certains de complaire aux dirigeants d’extrême droite israélienne, le ministre des Affaires étrangères a continué de tracer un trait d’égalité entre l’organisation des flottilles et l’incarnation de la fureur coloniale, du racisme et de la répression sauvage. Ainsi meurt la vérité. Étouffée par l’hypocrisie politique de ceux qui refusent de relever que tous les participants aux flottilles se font kidnapper dans les eaux internationales et donc en dehors du droit et que les flottilles relèvent de l’aide humanitaire – conformément à la convention de Genève – envers une population affamée par un État colonisateur.
Sans se soucier du traité de droit international relatif aux droits de l’homme condamnant de telles pratiques, le gouvernement français et la présidence de la République se contentent donc de balbutier des mots creux quand des citoyens européens subissent des actes de torture, des traitements inhumains, cruels, dégradants. Gageons que si de telles scènes se déroulaient à Moscou ou à Pékin, nos funestes hypocrites retrouveraient leur faconde !
Mais il est utile de fouiller l’eau sale ministérielle pour comprendre qu’elle ne blanchira aucune forfaiture.

Interdire le territoire français à Ben Gvir est une astuce pour ne pas sanctionner l’État d’Israël
Interdire le territoire français à Ben Gvir est une astuce pour ne pas sanctionner l’État d’Israël, coupable de dizaines de milliers de morts à Gaza, de villes et d’hôpitaux rasés, d’une famine organisée, de la colonisation accélérée en Cisjordanie, d’appels génocidaires diffusés par des ministres au pouvoir à Tel-Aviv.
Il ne s’agit ni de « provocations » ni d’une « anomalie » comme aiment à le répéter leurs complices européens. Non. Il s’agit d’un programme politique.
Les abominations qu’ont vécues les militants de la solidarité internationale ne sont qu’un aperçu partiel de ce que vivent chaque jour et chaque nuit des milliers de Palestiniens, au premier rang desquels les 10 000 prisonniers politiques, dont des femmes et des enfants. Et contre cela, que font les enfumeurs ministériels français, confortablement installés dans leurs lieux de pouvoir ?
Ils organisent l’exportation de matériels militaires vers l’État colonial israélien et laissent se développer le commerce avec les colonies, négocient et mettent en œuvre des partenariats stratégiques, n’ouvre jamais la bouche pour obtenir la fin du traité d’association entre l’Union européenne et Israël… Et protègent Israël et B. Netanyahou de toutes sanctions internationales. Bref, tous les petits communiqués alambiqués ne font que couvrir un système bruyamment incarné par le fasciste Ben-Gvir.
Le monstre ne viendra pas à Paris. Cela servira à camoufler le soutien logistique et politique, à la machine qui l’a engendré dans le but de brûler l’idée même de Palestine.
Les ministres fascistes israéliens ne surgissent pas de nulle part. Ils sont le produit d’un système que les dirigeants américains et européens financent, arment, protègent en foulant aux pieds le droit international et des dizaines de résolutions de l’Organisation des Nations unies.
En effet, l’occupation, la colonisation-annexion, l’érection du mur de séparation, les checkpoints, le blocus de Gaza et les incursions militaires, l’emprisonnement de milliers de Palestiniens et la torture, le viol permanent des résolutions de l’ONU n’ont pas commencé la semaine dernière.
Nous sommes bien ici face à la démonstration, aussi inquiétante que brillante, des processus de fascisation qui se répandent à travers le monde. Ailleurs non plus les ministres fascistes ne surgiront pas du néant. Ils rôdent déjà. L’épais brouillard du confusionnisme et des mensonges les nourrit. Les mots sont déchargés de leurs sens premiers.
Ainsi dirigeants et grands médias couvrent le crime sous le tapis des mots tels « sécurité », « stabilité », « droit à se défendre », tout en érigeant des tribunaux chargés de débusquer dans chaque défenseur du droit international un militant de « l’antisémitisme ». Le droit humain devient un gargarisme pour politicien quand est organisé le silence sur l’instauration de la peine de mort pour les seuls citoyens palestiniens, quand sont accélérés le nettoyage ethnique et l’apartheid, quand l’armée et la police sont dépêchées en soutien des colons fanatisés qui volent terres et maisons aux Palestiniens, quand les pseudos sachant laissent prévaloir la suprématie des livres religieux sur les textes élaborés en commun par les êtres humains pour se doter de lois communes.

Complicité de crimes ! Complicité de génocide !
Que pèsent les prétendues « valeurs » face à cette lâcheté politique synonyme de complicité ? Complicité de crimes ! Complicité de génocide !
Le courage ce n’est pas simplement d’interdire le visage de la bête immonde de séjour. Le courage c’est cesser de nourrir le ventre qui l’engendre. Le courage c’est cesser de soutenir le système qui le produit. Le courage est de le nommer : un fasciste.
Le courage c’est d’engager un bras de fer diplomatique, de mettre fin aux coopérations, de ne plus appliquer l’accord d’association Union Européenne – Israël sur notre territoire. Le courage, c’est d’assumer que le droit international n’est pas une option à n’utiliser que contre de prétendus « ennemis de l’Occident capitaliste ».
Le courage consiste à faire appliquer le mandat d’arrêt délivré à l’encontre de M. Netanyahou et de se placer du côté des flottilles pacifiques qui se donnent pour objet de libérer Gaza du malheur et de la mort.
Le courage consiste à faire passer le monde humain avant celui du monde des affaires et du militarisme. Le courage serait de travailler avec détermination – en coopération avec d’autres États — à l’organisation d’une force de protection internationale des Palestiniens et d’une action forte pour faire cesser l’occupation et la destruction en cours du Liban-Sud.
Le courage, commence par cesser de biaiser et de nommer les choses : torturer un passager de la flottille, blesser, violer, bombarder de grenades de désencerclement des personnes enfermées dans des containers, brûler la peau avec des tasers, ne sont pas des « provocations ». Ce sont des crimes.
Amputer un enfant palestinien n’est pas un « dommage collatéral ». Massacrer des innocents à Khan Younès ou à Beit Jala n’est pas une « réponse au Hamas ». Un journaliste ou un médecin n’est pas un « militant déguisé ». Une occupation-annexion et l’expulsion de centaines de milliers de Gazaouis et maintenant d’un million de Libanais de leurs maisons n’est pas la création d’une « zone tampon » mais un crime de guerre puni par le droit international.
Les suaves paroles sont autant de blancs-seings donnés à l’injustice, aux souffrances, aux destructions et à l’indicible !
Le ministre fasciste qui, il y a quelques semaines, entrait dans la cellule de Marwan Barghouti pour lui cracher au visage et le faire tabasser, n’est pas juste un provocateur… C’est un rouage central de la mécanique colonialiste et génocidaire israélienne à l’œuvre en Palestine violemment occupée.
Avec leurs parrains trumpistes de Washington, ils sont les brutaux acteurs d’un projet de soumission des peuples de la région à un capitalisme prédateur et extractiviste qui se donne l’objectif de construire le « Grand Moyen-Orient » dont le pouvoir israélien serait le gardien pour les maîtres de la Maison-Blanche.
Dans ces conditions, l’honneur ne trône pas dans nos ministères.
On le trouve dans les actions des militants des « Global-Sumud Flotilla » dans les manifestations et marches hebdomadaires des associations de soutien à la cause palestinienne, dont France Palestine Solidarité soutenues par des parlementaires, des forces démocratiques et progressistes qui défendent le droit. Le droit international. Les droits humains. Le droit de vivre pour le peuple palestinien.

Par Patrick Le Hyaric
L'Humanité du 26 mai 2026

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