78 ans après la Nakba : La haine est la caractéristique fondamentale du projet sioniste

 

Soixante-dix-huit ans après la proclamation de l'État d'Israël, et deux ans et demi après le début de la guerre ouverte sur de multiples fronts, le projet sioniste ne semble pas au mieux de sa forme, malgré sa puissance militaire, sa technologie supérieure et son économie stable. Il paraît incapable de remporter la victoire sur aucun front, malgré les violences génocidaires qu'il perpétue dans les territoires arabes occupés, que ce soit au Sud-Liban, dans la bande de Gaza ou même dans les camps de réfugiés de Cisjordanie.
Il semble que l'horizon de ce projet se soit limité à la dimension militaire, ou, comme l'a dit Benjamin Netanyahu, Israël doit devenir comme Sparte. Et c'est effectivement le cas, tant sur le plan sociétal qu'économique. Même la science, la technologie et les médias servent l'effort militaire, sans objectif politique clair ni vision d'ensemble au-delà de l'expansion et de l'occupation territoriale.
Le projet sioniste et son État, Israël, traversent une crise grave, un fait qu'ils reconnaissent eux-mêmes. La puissance excessive d'Israël ne s'est pas traduite par une capacité accrue à imposer ses diktats à la région. En effet, sa récente guerre contre l'Iran, et l'implication subséquente des États-Unis dans ce conflit, ont instauré un plafond de verre – ou peut-être une absence de plafond de verre – qui limite la capacité d'Israël à influencer le cours de la région et à imposer sa volonté, malgré sa supériorité militaire.
Si le projet sioniste s'est fondé sur l'idée de contrôler les territoires par le déplacement des populations, son principal moteur aujourd'hui est la haine, et non plus seulement l'hostilité ou l'agression. Les actions de ses colons en Cisjordanie, ainsi que celles de ses soldats dans les camps, villages et villes palestiniens de Cisjordanie – et pas seulement dans la bande de Gaza – démontrent que la composante essentielle de ce projet est devenue la haine : la haine des Arabes palestiniens, la haine pour la haine, comme l'ont illustré les attaques des colons contre les Palestiniens dans la vieille ville de Jérusalem lors de la récente « Marche du drapeau ».
La haine, et pas seulement l'arrogance militaire et la soif de contrôle territorial, est devenue la caractéristique déterminante de cette société façonnée par le projet sioniste et son État. Cette haine s'étend au-delà des Arabes et des Palestiniens pour englober « l'autre » – y compris les alliés occidentaux – et même une haine intérieure, une haine de soi. Le discours dominant en Israël, tel qu'il est reflété par les médias, est lui aussi fondé sur la haine, même s'il se pare des slogans de fraternité juive ou sioniste en temps de crise et lors de commémorations nationales. Il retombe rapidement dans un discours de haine, qui peut apparaître comme une lutte politique entre différentes factions, mais qui, au fond, constitue une culture politique où la haine est devenue la caractéristique essentielle.
On peut observer de nombreuses et diverses manifestations de ce phénomène, notamment les massacres aveugles de Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, motivés par la haine ; les attentats à la bombe contre des bâtiments ; les actions des colons dans les rues de Cisjordanie ; et même le net virage des positions politiques des ultra-orthodoxes vers l'extrémisme nationaliste.
Soixante-dix-huit ans après l'établissement du projet sioniste, force est de constater que ses victoires et réalisations militaires, économiques et scientifiques n'ont pas insufflé à son peuple la confiance nécessaire pour se sentir pleinement intégré à cette région, à cette terre. Au contraire, il continue de se sentir comme un étranger, ou tout au plus comme un occupant permanent. Cette situation engendre la haine, devenue aujourd'hui la composante fondamentale du projet sioniste, se manifestant de diverses manières, de l'arrogance militaire à la cupidité de l'occupation. Mais son moteur reste la haine, nourrie par une peur chronique, une peur viscérale de quelque chose, pour une raison ou une autre. Haine de l'autre, haine de soi-même, haine de ses propres forces internes. La haine est devenue la caractéristique déterminante du projet sioniste, de son État et de sa société.

Rami Mansour, le 15 mai 2026
Traduit de l'arabe par Roland Richa

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire