Washington choisit d’« enfouir » l’uranium et renonce à une bataille terrestre.

 

Site nucléaire de Natanz en Iran (source : web)
Le journal isrélien Yediot Aharonot rapporte, dans un article de Ron Ben-Yishai, que la frappe américaine sur Ispahan s'inscrit dans une option pratique consistant à « enfouir » l'uranium enrichi au lieu de l'extraire, notant que cette approche reflète la volonté de Washington d'éviter une opération terrestre complexe et coûteuse au cours de laquelle elle subirait de lourdes pertes, et il évoque les dimensions de cette décision et ses répercussions dans le contexte de la guerre contre l'Iran.

Le journal révèle que le stock d'uranium iranien enrichi, estimé à environ 440 kg à un niveau pouvant atteindre 60 %, suscite une inquiétude croissante à Washington et à Tel Aviv, étant donné que l'élévation du niveau d'enrichissement à 90 %, nécessaire à la fabrication d'une arme nucléaire, est un processus relativement rapide qui peut être réalisé en quelques semaines, permettant la production du cœur d'environ 11 bombes nucléaires, avec la possibilité de le développer ultérieurement en une arme complète.

Cette question, ainsi que la menace de fermeture du détroit d'Ormuz, constitue le principal sujet de préoccupation pour les États-Unis et l'occupation israélienne.

Selon les estimations de l'Agence internationale de l'énergie atomique, cette quantité d'uranium est stockée dans des tunnels souterrains profonds des installations nucléaires d'Ispahan et de Natanz, qui ont été attaquées par les États-Unis lors de la guerre de l'année dernière, avec la possibilité qu'une partie se trouve également dans l'installation de Fordow, sans confirmation définitive, a rapporté le journal.

Dans ce contexte, Le Monde a publié une image satellite prise le 9 juin 2025, quelques jours avant le lancement de l'opération Rugissement du Lion, montrant un camion transportant 18 conteneurs dans un tunnel du site d'Ispahan. Des experts interrogés par le quotidien ont suggéré que ces conteneurs contenaient probablement de l'uranium enrichi, ou une part importante de celui-ci, dans le cadre des préparatifs iraniens visant à contrer d'éventuelles frappes américaines et israéliennes. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avait précédemment estimé qu'environ la moitié de cette quantité se trouvait à Ispahan.

En revanche, des scénarios pour gérer ce stock d'armes ont été proposés ces derniers jours, notamment une opération terrestre pour l'extraire ou la conclusion d'un accord pour son retrait d'Iran. Cependant, cette option apparaît complexe et dangereuse, car elle nécessiterait le déploiement de plus d'un millier de soldats, la sécurisation des infrastructures logistiques sur le terrain et l'utilisation d'engins de génie lourds pour ouvrir des tunnels scellés, sans compter le risque de combats directs et de pertes humaines. De plus, l'opération serait longue et exigerait une présence militaire américaine continue en territoire iranien.

Une autre option se présente donc : « neutraliser » cette quantité en l’enfouissant sur place. Cela rendrait son extraction future extrêmement difficile et pourrait prendre des mois, voire une année, permettant ainsi aux États-Unis et à Israël de surveiller et de contrecarrer toute tentative de récupération. Cette approche consiste à bombarder la zone entourant les tunnels et à sceller leurs entrées, sans cibler l’uranium lui-même, afin d’éviter toute contamination radioactive.

Dans ce contexte, les données indiquent que Washington a déjà opté pour cette solution. À Natanz, la zone entourant le tunnel où serait stocké de l'uranium a été ciblée ce mois-ci, tandis qu'une attaque similaire a été menée à Ispahan, visant ce qui a été décrit comme un dépôt de munitions à l'aide de bombes anti-bunker. Le Wall Street Journal a cité un responsable américain affirmant que l'attaque avait été menée avec une grande quantité de ce type de munitions.

Le président américain Donald Trump a également publié une vidéo via TruthSocial montrant une série d'explosions, sans préciser le lieu, avant qu'un responsable américain ne confirme que les images documentaient la frappe sur Ispahan.

Tout porte à croire que les frappes visaient à éviter d'atteindre directement l'uranium, afin de prévenir toute contamination radioactive des zones environnantes. L'objectif principal était de sceller les tunnels et d'enfouir le stock sous d'épaisses couches de roche, estimées à plus de 100 mètres de profondeur. Par ailleurs, les déclarations iraniennes antérieures affirmant qu'aucune contamination radioactive n'avait été détectée après l'attaque de Natanz confortent l'hypothèse selon laquelle le but était d'enfouir le matériau, et non de le détruire, comme le rapporte Yedioth Ahronoth dans son article.

En conclusion, la décision américaine semble avoir privilégié l'enfouissement de l'uranium enrichi plutôt que son extraction, cette option étant considérée comme la moins coûteuse et la moins risquée comparée à une opération terrestre complexe et de longue durée qui aurait entraîné des pertes considérables. La diffusion par Trump des images de la frappe renforce encore cette décision, soulignant ce choix opérationnel et confirmant ses résultats.

(Correspondance locale - Al Qods, le 02 avril 2026)

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