Sommet panafricain contre l'impérialisme : « Nous manquons de soutien de la part du Nord global »

 

Plusieurs organisations du Sud global organisent un évènement contre l’impérialisme à Nairobi, en marge du sommet Africa forward, vaisseau du néocolonialisme français sur le continent. Mais elles souffrent d’un désintérêt criant des progressistes du Nord, alerte Ashlyn Ajiambo, du Parti communiste marxiste du Kenya. 

Ils ont décidé de combattre le capitalisme et le néocolonialisme les yeux dans les yeux. Face au Goliath qu’est le sommet France-Afrique – renommé « Africa Forward : Partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance » – les 11 et 12 mai prochains à Nairobi, les communistes et progressistes du Sud global camperont le rôle de David, au même moment, également dans la capitale kényane.
C’est là qu’aura lieu le Sommet panafricain contre l’impérialisme (PASAI), organisé par le Parti communiste marxiste du Kenya (PCMK). Sa secrétaire aux relations internationales, Ashlyn Ajiambo, explique ses objectifs et déplore le manque d’intérêt des mouvements de gauche européens, en pleine répression des progressistes locaux par le gouvernement.

Comment est venue l’idée d’un contre-sommet France-Afrique ?
En 2024, nous avons appris qu’un sommet France-Afrique allait avoir lieu au Kenya, une première dans un pays non-francophone depuis 1974. Il ne s’agit ni de bonne volonté, ni d’un partenariat d’égal à égal. Malgré son nouveau nom, c’est une offensive néocoloniale impérialiste, sous un masque de diplomatie environnementale et économique. Ils parleront d’énergie verte mais pas de justice climatique pour les secteurs les plus vulnérables du Kenya et d’Afrique. Alors que le continent rejette 2 à 4 % des émissions carbone mondiales, nous subissons les conséquences de la cupidité impérialiste, les sécheresses prolongées, les inondations, les canicules et la dégradation des terres.
Nous savons que les gouvernements français et kényan ont pour projet un hub industriel vert, qui profitera aux monopoles de l’adaptation climatique et de l’atténuation. Ce sommet arrive après que l’armée et la diplomatie françaises ont été renvoyées du Mali, du Burkina Faso et du Niger, qui ont mis fin à l’exploitation qui y régnait. Le Kenya devient la porte d’entrée de leurs investissements prédateurs, et des troupes européennes sous immunité diplomatique. C’est pourquoi nous construisons le Sommet panafricain contre l’impérialisme, notre contre-sommet, organisé par le PCMK et de nombreuses autres organisations.

Un évènement sous le signe de l’internationalisme donc ?
Oui, nous sommes soutenus par Communistes et matérialistes en France, la Ligue internationale de lutte des peuples aux Philippines, les partis communistes africains, la Plateforme anti-impérialiste et des organisations pan africanistes. Le soutien de l’étranger est très important, puisque l’internationalisme n’est pas qu’un slogan de solidarité, ses bases matérielles nécessitent une stratégie enracinée dans l’unité prolétarienne contre un ennemi commun.
C’est pourquoi les camarades doivent partager nos luttes, construire avec nous des campagnes internationales, échanger nos expériences propres. Nous leur avons donc demandé d’envoyer des délégations à Nairobi afin de coconstruire ce sommet parallèle pour les peuples, et une participation financière. Car les luttes kényanes et leur répression sont connectées à tous les opprimés de Palestine, du Congo, du Soudan, d’Haïti, du Sahara occidental, et au combat global contre l’impérialisme du FMI et de la Banque mondiale.

Qu’en est-il des progressistes du Nord global ?
En allant plus loin dans la compréhension du sommet, on voit qu’il n’est que le ciment de bases qui sont déjà là : alors que nous parlons, 1 200 soldats étrangers dont 300 français sont arrivés récemment au Kenya, et ça continue. Cet impérialisme nécessite de l’internationalisme, mais qualitatif. La solidarité du Nord global est soit symbolique et réformiste, soit contre-productive, appelant à la morale plutôt qu’à une analyse matérialiste.
Dans ce sens, oui, nous manquons de soutien, nous avons eu très peu de réponses de la part du Nord, alors que nous avons envoyé des courriers à plus de 150 organisations de tous les continents.

Vous parlez de répression politique, quelle est la situation du PCMK ?
Le Parti est né d’une nécessité, celle de la société kényane qui suffoque de la domination néocoloniale, du capitalisme, et des tâches inachevées de la libération nationale. La plupart de nos membres connaissent la répression, avec des arrestations, du harcèlement, de la surveillance, et même des agressions physiques de la part de l’État. Ce n’est pas accidentel, mais systémique.
En février, notre secrétaire général Booker Omole a été enlevé et torturé par la police, pendant environ une semaine, la plupart de nos cadres ont été détenus, et nous avons perdu des camarades, des proches. Notre gouvernement a adopté un mode de fonctionnement fasciste, il envoie même des appariteurs dans les manifestations pacifiques pour vandaliser. Je ne pense pas que cela soit sur le point de changer, c’est pourquoi nous devons organiser la résistance.

Axel Nodinot
L'Humanité du 28 avril 2026

https://pasai2026.com/

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