Que les alliés traditionnels des fauteurs de guerre prennent enfin leurs responsabilités

 

Israeli soldiers drive an Israeli armoured personnel carrier (APC), and other heavy military vehicles, as they leave southern Lebenon and enter Israel, as seen from the Israeli side of the border, April 8, 2026. REUTERS/Ayal Margolin ISRAEL OUT. NO COMMERCIAL OR EDITORIAL SALES IN ISRAEL
« L’Iran a gagné la guerre et Trump, désespérément, essaie de sauver la face » : le général Yakovleff, qui fait cette analyse iconoclaste de la situation au Moyen-Orient, n’est pas un partisan du régime de Téhéran. Cet ancien vice-chef d’état-major de l’Otan n’ignore évidemment rien de l’écrasante supériorité militaire de l’armée américaine.
Il tire simplement de l’expérience acquise cette vérité fondamentale si difficile à admettre de la part des puissants : il n’y a pas de « solution » militaire à un problème tel que celui que pose l’Iran.
Pour autant, la paix est loin d’être acquise : la tentation est forte, pour Trump, soit de doubler la mise, en pariant sur l’envoi de troupes au sol – « une erreur catastrophique », selon le général –, soit de se livrer depuis les airs à une sorte de vengeance de la « grande puissance » humiliée contre ceux qui lui résistent, ce que Trump a appelé, avec son cynisme et sa vulgarité coutumiers, « ramener l’Iran à l’âge de pierre ».
Sauf à prendre une responsabilité ineffaçable devant l’histoire, la France, l’Europe, la « communauté internationale » en général ne peuvent continuer à rester inertes face à ces monstruosités en cascade de la part de la première puissance mondiale.
Quelle honte d’invoquer, pour justifier leur passivité sinon leur complaisance, une pseudo- « solidarité » avec le peuple iranien quand – une fois détruits les sites liés au régime – les cibles des bombes sont des infrastructures civiles : ponts, écoles, universités, usine de production de médicaments, installations énergétiques ou industrielles, Institut Pasteur de Téhéran et même une centrale nucléaire. Sans oublier des trésors du patrimoine de cette grande nation.
Autant de lourds préjudices infligés à la population, qui subit, en outre, les effets toxiques et traumatisants de quelque 15 000 bombardements « amis ».
Et ce qui est vrai pour Trump vaut pour celui qui l’a convaincu de briser des négociations prometteuses avec l’Iran – alors même que le régime de Téhéran affaibli était prêt à des concessions significatives – pour provoquer, en violation flagrante du droit international, cette guerre aux conséquences vertigineuses : Netanyahou.
Encouragé par cette insupportable impunité dont il bénéficie, quelle que soit l’ampleur de ses crimes de guerre, il ne fixe – de Gaza jusqu’à Beyrouth – aucune limite aux exactions de son armée. Là encore, rien ne peut justifier, de la part des « grandes démocraties », comme elles aiment se présenter, de ne pas réagir au niveau requis.
Y compris en faisant comprendre à celles et ceux qui s’interdisent de s’opposer à Netanyahou par attachement à Israël et à sa sécurité que « la sécurité d’Israël passe par la légitimité d’Israël, et qu’au moment où Israël cesse de devenir légitime Israël se met en danger », comme l’écrit Dominique Moïsi (1).
Contre la guerre, des vérités se frayent un chemin. En Europe, les manifestations antiguerre prennent de plus en plus d’ampleur. Aux États-Unis – où les oppositions à cette guerre s’expriment jusqu’au cœur du pouvoir, comme en ont témoigné la démission fracassante du chef du contre-terrorisme et le limogeage d’une douzaine d’officiers supérieurs parmi lesquels le chef d’état-major de l’armée de terre –, la dernière journée de rassemblement contre Trump a approché les 10 millions de participants.
Y compris en Israël, malgré les restrictions strictes au droit de manifester, une foule considérable s’est rassemblée à Tel-Aviv « pour demander la fin de la guerre en Iran, de la guerre au Liban, de la guerre à Gaza qui continue et la fin des pogroms en Cisjordanie ». Puissent ces mouvements s’amplifier au point de conduire les alliés traditionnels des fauteurs de guerre à prendre enfin leurs responsabilités.

Francis Wurtz
L'Humanité du 11 avril 26

(1) « Ouest-France », 4-5 avril 2026.

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