Près de 2 500 milliards d’euros dilapidés dans la course aux armements en 2025

 

Des employés travaillent sur la chaîne de production de KNDS, leader européen de la défense terrestre, le 22 avril 2026 à Munich en Allemagne. Le pays est devenu, en l’espace de quelques mois, le 4e fabricant d’armes du monde, derrière les États-Unis, la Chine et la Russie.© Leonhard Simon / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP
Le rapport de l’Institut mondial de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri) déplore le nouveau record, près de 2 500 milliards d’euros, atteint en 2025 par les dépenses d’armement, alors même que les négociations sur le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires sont dans l’impasse à l’ONU.
En 2025, les pays de la planète dans leur ensemble ont dilapidé 2 887 milliards de dollars (2 460 milliards d’euros) pour leurs dépenses consacrées à la guerre. Soit une hausse de 2,9 % en termes réels par rapport à 2024. Dans son ultime rapport rendu public le 27 avril, l’Institut mondial de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) lance une nouvelle alerte en indiquant qu’il s’agit de la onzième année consécutive de croissance des dépenses militaires.
Une gabegie alors que le « Sud global » se voit interdit de financer son développement et que les nations du Nord rationnent leurs dépenses publiques, sociales et pour la préservation du climat.
Si les États-Unis ont paradoxalement accusé une légère diminution de leurs productions d’armes, cela tient, pour l’essentiel, note le Sipri, à la baisse des aides qu’ils ont accordées, l’an dernier, à l’Ukraine. Mais cela ne saurait masquer leur rôle de vecteur principal de cette folle course aux armements.
Leurs dépenses militaires ont atteint en effet 954 milliards de dollars (812 milliards d’euros) l’an dernier, et le Congrès états-unien a approuvé des dépenses de plus de 1 000 milliards de dollars pour 2026. Surtout le budget consacré au Pentagone pourrait atteindre quelque 1 500 milliards en 2027, selon le souhait de Donald Trump, tout à sa mise en place d’un « dôme d’or » au-dessus du territoire nord-américain.
Cette logique stratégique est reliée à un développement offensif de l’arsenal nucléaire d’un impérialisme états-unien toujours plus agressif. Et cela alors qu’au même moment les négociations pour un prolongement du Traité de non-prolifération (TNP) des ogives atomiques, qui ont démarré le 27 avril, se présentent sous les pires auspices.

La fuite en avant
L’Europe est devenue le principal auxiliaire de Washington en matière de course aux armements. À la notable exception de l’Espagne, les États membres de l’Alliance atlantique se sont alignés en effet, au dernier sommet de l’organisation, pour porter leurs dépenses militaires à un niveau titanesque, à quelque 5 % de leur PIB, contre 2 % jusqu’ici.
Une fuite en avant péniblement justifiée par un plan dit de réarmement, selon l’élément de langage fourni par Bruxelles, Berlin ou Paris.
La poursuite de l’agression de la Russie de Poutine contre l’Ukraine nourrit naturellement cette évolution. Le discours officiel de l’UE, qui présente toujours la victoire militaire de Kiev comme la seule porte de sortie acceptable de ce conflit, écarte soigneusement les potentielles issues diplomatiques.
Ce qui fait du continent européen « le principal moteur », relève le Sipri, de l’augmentation mondiale des dépenses militaires en 2025. Pour l’ensemble du continent, la progression des achats d’engins de mort est de 14 %, pour un total de 864 milliards de dollars (735 milliards d’euros).

Une augmentation du budget militaire allemand de 24 %
Le Sipri note la position toute particulière acquise par l’Allemagne. Ce pays est devenu, en l’espace de quelques mois, le 4e fabricant d’armes du monde, derrière les États-Unis, la Chine et la Russie. Le chancelier Friedrich Merz et son gouvernement CDU/SPD ont décidé de financer à guichets ouverts la Bundeswehr, dont ils entendent faire la plus importante armée conventionnelle du continent.
Les dépenses de guerre allemandes ont ainsi augmenté de 24 % en 2025, pour atteindre quelque 114 milliards de dollars, soit près de 100 milliards d’euros.
L’autre gros moteur des dépenses militaires mondiales s’est situé l’an dernier dans la région Asie-Océanie. En tout, 681 milliards de dollars (580 milliards d’euros), soit une augmentation de 8,5 % par rapport à 2024. L’accroissement des pressions et des tensions sur la Chine alimentent cette évolution.
Même si le niveau du budget de défense de la seconde puissance militaire mondiale, à 336 milliards de dollars (286 milliards d’euros), ne correspond encore qu’à un tiers de celui des États-Unis.
Dans ces conditions, l’impasse des négociations à l’ONU sur le prolongement du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), qui ont démarré le 28 avril, suscite un maximum d’inquiétudes au sein de la communauté internationale.
La géostratégie unilatéraliste du président Trump, ses velléités affichées de régler les problèmes du monde en fonction uniquement de la loi du plus fort, font craindre une nouvelle course à l’arme atomique. Izumi Nakamitsu, la haute représentante de l’ONU pour le désarmement, l’a déploré : « Nous n’avons plus aucun accord bilatéral de contrôle des armes entre les deux plus grandes puissances nucléaires », a-t-elle souligné. Il est plus que temps de stopper cette terrible course à l’abîme.

Bruno Odent
L'Humanité du 27 avril 2026

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