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| Emprisonné en Israël depuis 2002, Marwan Barghouti est régulièrement torturé par ses geôliers israéliens.© Zain JAAFAR / AFP |
Marwan Barghouti, député palestinien, a été arrêté en toute illégalité à Ramallah, par l’armée israélienne, le 15 avril 2002. Il y a vingt-quatre ans quasiment jour pour jour. Il reste le dirigeant politique palestinien le plus populaire en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Soumis à de terribles conditions de détention, il est souvent torturé, comme le raconte en exclusivité à l’Humanité son avocat, Ben Marmarelli.
Vous avez récemment rencontré Marwan Barghouti. Comment s’est passée cette visite ? Qu’avez-vous constaté ?
Il a tout d’abord fallu attendre toute une journée avant que l’administration pénitentiaire n’amène Marwan. Il n’était pas avec les autres détenus. Je suis arrivé à 8 heures du matin. J’ai dû rester cinq heures dans la pièce, sans eau, sans nourriture, sans avoir le droit d’aller aux toilettes. Je n’ai pu le voir qu’après le départ des détenus qui se trouvaient aux parloirs ainsi que de leurs avocats. Aucun téléphone ne fonctionnait.
Nous devions donc crier par-dessus la vitre qui nous séparait. Voilà à quoi ressemble une visite légale aujourd’hui : conditions de base refusées, communication entravée, et même les normes humaines et professionnelles les plus élémentaires sont ignorées.
Ce que j’ai pu constater lors de cette visite est profondément alarmant. Au cours des dernières semaines, Marwan Barghouti a été victime de trois agressions violentes. Le 8 avril à la prison de Ganot, il a été sévèrement battu et laissé sans soin pendant des heures. Il a demandé des soins médicaux et s’est vu refuser tout traitement. Le 25 mars, il avait déjà été agressé lors de son transfert de Megiddo à Ganot.
Tout comme la veille, le 24 mars, à la prison de Megiddo, où des gardiens sont entrés dans sa cellule avec un chien, l’ont forcé à s’allonger au sol, et l’animal l’a attaqué à plusieurs reprises. Ce ne sont pas des incidents isolés. Ils forment un schéma clair d’abus en escalade : violence, négligence médicale et traitement qui le mettent en danger immédiat.
Que vous a-t-il dit d’autre ?
Malgré ses terribles conditions de détention, son esprit reste vif, concentré et profondément impliqué dans tout ce qui se passe au-delà de ces murs de prison. Vous comprenez bien que cette conversation s’est déroulée dans des conditions absurdes à cause des téléphones qui ne fonctionnaient pas.
Et pourtant, Marwan voulait savoir ce qui se passait en Palestine, la situation politique palestinienne. C’est ce qui l’intéressait. La politique, la situation en Israël, aussi. Ensuite, nous avons parlé de sa famille, bien sûr. De ses enfants et de ses petits-enfants qu’il ne connaît pas tous.
Quelles sont ses conditions de détention, en tant que prisonnier politique palestinien ?
Il partage sa cellule avec un autre détenu. Normalement les prisonniers sortent de leur cellule une fois par jour. Mais pour Marwan le régime est différent. En vingt jours, il n’a eu le droit de se rendre dans la cour de promenade que 7 fois. Bien sûr, comme tous les prisonniers palestiniens, il ne mange pas à sa faim. On leur sert une quantité très limitée de thé, sans sucre. La situation est vraiment très mauvaise. Ils ne reçoivent pas ce à quoi ils ont droit, selon les critères mêmes de l’administration pénitentiaire israélienne.
Le ministre d’extrême droite, Itamar Ben Gvir, est venu dans sa cellule pour le menacer, au mois d’août dernier. Pourquoi ?
C’est un coup de communication qu’a orchestré ce ministre. Itamar Ben Gvir est un psychopathe fasciste. Et il agit ainsi, juste pour humilier. Les fascistes font ce que les fascistes font toujours.
À quoi faut-il s’attendre maintenant ?
À la poursuite des tortures. Ils le torturent. Tous les prisonniers politiques palestiniens sont torturés. Tous. Ils sont tous torturés par l’IPS (l’administration pénitentiaire israélienne – NDLR). Personne ne peut recevoir de visite familiale. Ils ne voient personne. Ils ne savent rien. Ils ignorent qui est au gouvernement. Ils ignorent qui est le premier ministre. Ils ignorent si la guerre est finie. Ils ne savent rien.
Ce sont des prisonniers coupés du monde extérieur. Les seules informations dont ils disposent proviennent de l’avocat du détenu concerné. Ils n’ont ni télévision, ni téléphone, ni radio, ni internet, ni journaux, rien. Absolument rien ! Ils n’ont pas de livres. Rien d’autre que le Coran. Chaque prisonnier possède un Coran, deux sous-vêtements, deux chemises, deux paires de chaussettes, une veste et un pantalon. C’est tout. Ils n’ont absolument rien d’autre.
Je m’occupe d’un autre prisonnier. Il a des problèmes de vue et a besoin d’un ophtalmologiste. Mais on ne lui a pas donné de lunettes, ni aucune ordonnance. De fait, il ne peut pas lire.
Comment, en tant qu’avocat, gérez-vous le dossier Marwan Barghouti ?
Il n’y a pas d’affaire Barghouti. Vous devez comprendre ça. C’est une position sioniste, une position colonialiste. Il n’y a pas d’affaire, il n’y a pas de cause. C’est une farce. Il n’y a aucune possibilité qu’il soit libéré par voie judiciaire. La seule chose qu’un avocat puisse faire, c’est déposer des requêtes pour améliorer, ou parfois rendre, la vie des prisonniers un peu moins horrible. Par exemple, j’en ai déposé une au nom d’un autre prisonnier pour qu’ils aient des matelas, du savon, des vêtements, des vestes. Ça a marché. Environ 500 prisonniers ont reçu du matériel.
Quelle impression vous a fait Marwan Barghouti ?
C’est quelqu’un de très particulier. Vous savez, j’ai d’autres clients incarcérés. Tous les prisonniers ont peur des gardiens qui sont terrifiants. Ils battent, ils torturent les Palestiniens. Les autres prisonniers les craignent énormément. Mais lui, il n’a pas peur du tout, même quand on lui crie dessus. Aucun autre prisonnier ne réagit comme ça.
Seul Marwan se permet d’interpeller les gardiens, de leur dire : « Vous devez faire ceci, vous devez faire cela, ce n’est pas correct, ce n’est pas légal ! » Aucun autre prisonnier n’agit ainsi. Vous comprenez ? Marwan est différent, il est spécial. C’est évident. Il n’est pas un prisonnier comme les autres.
Par Pierre Barbancey
L'Humanité du 16 avril 26

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