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| Des véhicules de l'armée israélienne, dans le sud du Liban, le 19 avril 2026.© REUTERS/Florion Goga |
Pour les populations libanaises, le cessez-le-feu de dix jours, annoncé le 16 avril au soir, est précieux. Les Libanais rentrant dans la région sud ont manifestement décidé d’ignorer les appels de l’armée israélienne à ne pas revenir sur la rive sud du fleuve Litani, près de la frontière israélo-libanaise.
C’est tout le paradoxe de ce qui se passe actuellement au pays du Cèdre. Si les bombardements aériens se sont arrêtés, la situation sur le terrain est d’autant moins stable qu’Israël a affirmé ne pas avoir terminé son « opération » contre le Hezbollah. Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, les a avertis qu’ils devraient à nouveau quitter la zone « si les combats reprennent ».
Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, avait par ailleurs prévenu, le 16 avril, que l’armée resterait présente dans une bande de 10 kilomètres de profondeur et s’étendant d’est en ouest. Après le cessez-le-feu décrété le 27 novembre 2024, Israël avait maintenu cinq avant-postes dans des lieux stratégiques, en territoire libanais, contrairement à ce que prévoyait l’accord.
Benyamin Netanyahou n’entend pas cesser ses opérations au Liban
La guerre, qui a démarré le 2 mars dernier, devait, selon les plans des stratèges politiques et militaires israéliens, se dérouler sans anicroche. Ils étaient persuadés que le Hezbollah était à genoux et n’opposerait aucune résistance à l’entrée des troupes dans le Sud pour mettre en place une zone tampon. Les Israéliens étaient d’autant plus confiants qu’ils savaient que l’armée libanaise – dont le rôle est normalement d’empêcher l’invasion de forces étrangères – se trouve dans l’incapacité de les arrêter. Mais la résistance a été plus importante que prévu.
À Khiam et à Taybeh, deux villes stratégiques du Sud, les combats ont fait rage. La petite ville de Bint Jbeil est encerclée par les troupes israéliennes. La mort d’un soldat français de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), ce week-end, montre que tout peut basculer. Emmanuel Macron s’est empressé d’accuser le Hezbollah, mais le mouvement chiite dément toute implication.
En réalité, Benyamin Netanyahou n’entend pas cesser ses opérations au Liban et veut terminer le « réaménagement » du Liban au sud du Litani, en plusieurs parties, selon nos informations. Une première zone dans laquelle se trouveraient les populations non chiites, directement sous contrôle israélien. Une deuxième dans laquelle 18 avant-postes surplombant les vallées seraient établis. Enfin, une troisième zone de 5 kilomètres de profondeur dans laquelle tous les villages chiites seraient définitivement évacués puis rasés. Ce but n’est pas totalement atteint mais pas non plus oublié par Tel-Aviv.
Mission : en finir avec le Hezbollah
Le cessez-le-feu doit beaucoup à l’intervention de Donald Trump. Non pas que le président états-unien cherche la paix au Liban. Il a surtout besoin d’arrêter la guerre qu’il a déclenchée contre l’Iran, en grande partie dupé par les émissaires israéliens et par Netanyahou lui-même. Si un cessez-le-feu est entré en vigueur en Iran, il est censé se terminer mardi 21 avril. D’où la nécessité pour Washington d’aboutir à un véritable accord avec Téhéran, après la rencontre infructueuse à Islamabad le 11 avril.
La République islamique n’a eu de cesse d’affirmer que ce cessez-le-feu incluait le Liban. Les États-Unis et Israël ont toujours nié. Mais la détermination iranienne, couplée au blocage du détroit d’Ormuz et une activité militaire non attendue par Trump, a permis d’intégrer le pays du Cèdre dans le chemin menant à l’arrêt de la guerre.
Pour autant, tout n’est pas réglé. Les Américains et les Israéliens font maintenant pression sur le gouvernement libanais pas tant pour la paix comme ils font mine de le déclarer, mais pour obtenir le désarmement du Hezbollah. Ils entendent pour cela s’appuyer sur le président libanais, Joseph Aoun, et le premier ministre, Nawaf Salam, mis en place avec la bénédiction occidentale en janvier 2025. Mission : en finir avec le Hezbollah. C’est pour cela que les élections législatives, prévues en 2026, ont été repoussées de deux ans dans l’espoir que la formation chiite, décapitée, perdrait toute assise sociale.
Parallèlement, sous prétexte de la mise en œuvre de deux résolutions de l’ONU (1701 et 1559), ils espèrent désarmer le Hezbollah. Joseph Aoun a déclaré que les négociations directes à venir avec Israël seraient « délicates et cruciales », et a appelé à la « responsabilité nationale » durant la phase à venir. Il a expliqué que le Liban cherche, via les négociations, à « consolider le cessez-le-feu, à assurer le retrait des forces israéliennes des territoires du Sud occupés, à obtenir la libération des prisonniers et à traiter les différends frontaliers en suspens ». Ajoutant que « l’armée libanaise jouera un rôle essentiel après le retrait des forces israéliennes ».
Le Hezbollah a prévenu qu’il « gardait le doigt sur la gâchette »
Mais le retrait israélien n’est pas à l’ordre du jour, comme l’a expliqué Netanyahou, qui cherche à mettre en place un continuum avec le déploiement de ses forces dans les zones frontalières libanaises et syriennes ainsi qu’à Gaza. Un déploiement qui se fait dans les autres pays, jamais sur le territoire israélien.
On comprend mieux la manœuvre : obtenir la fin de la résistance armée sans donner de véritables moyens à l’armée régulière. « L’armée libanaise est intégrée au Centcom (commandement central des États-Unis, responsable des opérations militaires au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Asie du Sud), tout comme Israël, fait remarquer le politologue libanais Rafi Madoyan. Par conséquent le Liban ne pourra pas se tourner contre un autre pays lié au Centcom. »
Les prochains jours seront cruciaux pour la tenue du cessez-le-feu, qui dépend aussi de l’avancée des discussions entre les États-Unis et l’Iran. Le Hezbollah a prévenu qu’il « gardait le doigt sur la gâchette ». Il a déjà exprimé son opposition à toute négociation directe entre Beyrouth et Tel-Aviv. Le bras de fer est aussi interne. « Si le Hezbollah sort victorieux de cette phase avec ses alliés, il essaiera soit de changer le gouvernement, soit d’obtenir un compromis en utilisant la rue, prévient Rafi Madoyan. Le gouvernement Salam paiera le prix de cette guerre, car il n’y aura pas de cohabitation du Hezbollah avec ce gouvernement. »
Pierre Barbancey
L'Humanité du 19 avril 2026

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