Des hommes jeunes, en apparence ordinaires, profondément humains, comme moi quand je me regarde dans le miroir, et pourtant, ce sont des légendes. Visages sombres et empreints de colère, fils des quartiers populaires, du pain mêlé de sang, fils du chauffeur de taxi, du charretier, du commerçant, fils des quartiers d'Al-Salam, d'Al-Laylaka, de Baalbek, de Nabatiyeh, de Zuqaq al-Blat, de Houla et d'autres encore. Des jeunes hommes qui, « même si l'enfer s'abattait sur eux, resteraient inébranlables ». Libres de la corruption du monde et de ses faiblesses inhérentes. Des légendes, affrontant une armée immense, des nuées d'avions de guerre, un black-out total des services de renseignement, des milliers de frères et de dirigeants blessés et martyrs, ils combattent comme si rien de tout cela n'existait.
Ils partent au combat comme on part accomplir son destin, le visage serein et le regard déterminé. Ils ne recherchent ni la gloire personnelle ni un nom à immortaliser dans un livre, mais une signification très simple : rester debout quand on attend de vous que vous vous incliniez ; prendre la parole à une époque où l’on attend de tous qu’ils soient dociles, craintifs et asservis par le consumérisme, et où leur identité est définie par ce qu’ils possèdent, et non par le sens qui élève leur vie.
Il y a en eux quelque chose qui évoque de vieux contes, ceux que l'on prenait autrefois pour des exagérations poétiques, mais qui aujourd'hui vivent parmi nous. Ils vont et viennent dans les ruelles, leurs photos affichées après leurs affrontements et leur ascension en martyrs contre ceux qui représentent l'axe des tueurs d'enfants et des violeurs – une poignée d'individus malades et narcissiques qui, une infime minorité, veulent tout prendre et voler tout ce qui leur plaît aux ressources, aux richesses et aux terres des nations. Ils refusent de se soumettre à cette logique, et c'est pourquoi on pourrait les traiter de fous. On ne vous autorise à vivre que comme une marionnette de la société de consommation, et si vous refusez, le monde entier remplira les avions d'Israël de carburant et de poudre pour vous réduire, vous et votre histoire, en miettes. Vous dormez avec le deuil et vous vous réveillez face à la mort ; le parfum de la terre est celui du sang et de l'épuisement. Vous vivez en essayant d'échapper à deux choses : un bateau de fuite et une tente de déracinement, et vous résistez à cela ? Quel petit fou logique vous faites. Qu'est-ce que la logique, alors ? Qu'Israël et l'Amérique violent le monde ? Qu'ils nous tuent et contrôlent nos histoires, nos moyens de subsistance et nos ressources ? Ils disent : « Soyez raisonnables, pensez à votre avenir, recherchez une vie paisible. » Mais quel avenir reste-t-il à celui dont la maison est bombardée ? Et quelle paix peut naître d'un cœur qui voit sa terre pillée et ses souvenirs ensevelis sous les décombres ? Ils appellent cela un pari perdu d'avance, ils appellent cela de la folie, car ils mesurent le monde à une échelle qui réduit l'être humain à un simple numéro sur un vaste marché. Mais ces jeunes voient autre chose : ils voient leurs mères, leurs maisons, les rues de leur enfance et les noms de leurs amis, dont il ne reste plus que des photos aux murs. Quelle est cette folie, et quel esprit peut nous convaincre que la logique dicte nos meurtres, notre mort, notre déplacement, nos vols, nos pillages, notre écrasement et notre asservissement ?
Ils ne naissent pas légendes ; ils le deviennent à l'instant où ils décident de ne plus se laisser dominer par la peur, et que la vie, aussi précieuse soit-elle, n'a pas plus de valeur que la liberté. À cet instant précis, le jeune homme ordinaire, fils du quartier, nourri de pain simple et de goudron des ruelles, se métamorphose en une histoire transmise de génération en génération.
Ils s'élancèrent, s'élevèrent, s'affrontèrent, pillèrent, tuèrent, combattirent et périrent, tels Gilgamesh dans sa guerre contre les monstres, Hercule terrassant le lion de Némée et l'Hydre, ou tels les compagnons d'Hussein ibn Ali, tels qu'ils aspirent à être. Que dire ? Cela dépasse l'entendement et toute explication.
Leur histoire s'écrit dans le sang et la sueur, dans les rues des villes et des quartiers, dans les champs et les montagnes, dans des monuments de silence, de mort et de ruine, où la lâcheté et la faiblesse n'ont pas leur place. Chaque pas qu'ils font est gravé dans les mémoires, chaque blessure qu'ils portent témoigne de leur soif de liberté, et chaque goutte de sang qu'ils versent est un symbole de résistance.
Ils traversent la vie avec légèreté, comme de simples passants, et pourtant leur impact sur le temps est profond. Des noms simples, peut-être inconnus au-delà des ruelles de leurs quartiers, mais ils acquièrent soudain une stature immense face aux épreuves, devenant plus grands que leurs noms eux-mêmes. C'est comme si l'histoire, lorsqu'elle se lasse de ses anciens héros, les appelait du cœur des ruelles et des maisons misérables, des effluves de pain frais et du brouhaha des marchands ambulants, pour qu'ils résonnent à nouveau.
Jeunes Libanais du Sud, comment ont-ils fait ? C'est l'esprit auquel ils appartiennent, et ce n'est pas seulement un esprit religieux. Vous aussi pouvez y adhérer, quelles que soient vos convictions ; car dans le monde où nous vivons, il n'y a que deux idéologies : être libre ou être esclave, et ces jeunes hommes ont choisi la liberté.
Ahmad Daqqa
Le 08 avril 2026
Traduit de l'arabe par Roland Richa

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