Le détroit qui a ébranlé le trône de l'empire des guerres

 


Depuis la Seconde Guerre mondiale, l'histoire n'a rien retenu d'autre que le constat que l'impérialisme américain est source de guerres, de destructions et de terrorisme. Même lorsqu'il parvient souvent à se présenter comme un empire de la démocratie et un médiateur de paix, il ne s'agit là que d'une tactique visant à enfermer les peuples de la région et du monde dans ses ambitions coloniales de contrôle et de pillage, transformant la classe ouvrière et les masses laborieuses en esclaves au service de l'empire. Sa dernière guerre en date est l'agression impérialiste américano-sioniste contre l'Iran à laquelle nous assistons. Les propos du ministre pakistanais de la Défense sur la plateforme X résument peut-être le mieux les conséquences de la guerre américaine contre l'Iran : « L'objectif de la guerre semble désormais s'être déplacé vers l'ouverture du détroit d'Ormuz, qui était déjà ouvert avant le début du conflit. » Ce commentaire sarcastique illustre parfaitement la réalité des objectifs de Trump contre l'Iran après cinq semaines de guerre, objectifs qui semblent aujourd'hui avoir disparu. Il se trouve dans une impasse, face à des options amères : mettre fin à la guerre et proclamer une victoire illusoire porterait atteinte au prestige même de l'Amérique et briserait le pouvoir de Trump. L'escalade, en revanche, signifie s'engager sur une voie périlleuse, quasiment sans espoir de succès. Et rester neutre, tentant de choisir simultanément les deux voies, comme dans ses déclarations contradictoires, constitue en soi une perte d'objectifs stratégiques et un signe de faillite politique.
Ce tumulte découle peut-être de la tentative de Trump de mener une politique complexe sur plusieurs fronts, économiques et populaires, afin de s'adresser aux différentes composantes de la société et de les apaiser. Ses discours, par exemple, adressés à la classe capitaliste – principaux investisseurs boursiers, spéculateurs, détenteurs d'obligations et grandes entreprises – visaient à calmer leurs inquiétudes quant aux répercussions des prix de l'énergie et du pétrole sur l'économie. Il a également prononcé des discours à l'intention d'Israël, de l'Iran et de sa propre base électorale, en net déclin aux États-Unis. Tous ces efforts visaient à gagner du temps et à trouver une issue après l'impact dévastateur de la guerre sur tous les États du Golfe, la région et le monde.

Le pari perdu de Trump
Quiconque déclare la guerre en précisant ses objectifs stratégiques et sa durée, mais sans les atteindre, est voué à l'échec. Ainsi, Trump a annoncé son objectif de renverser le régime iranien en quatre jours dès le début du conflit. Cependant, le régime iranien, après avoir encaissé le choc initial, est resté ferme et confiant dans ses capacités de défense, ses missiles balistiques et l'efficacité de ses atouts majeurs, notamment le contrôle du détroit d'Ormuz. Cela s'est traduit par de lourdes pertes pour l'économie mondiale et les États du Golfe. Ils parient que les marchés mondiaux feront pression sur Trump pour qu'il mette fin à la guerre, que le spectre de l'inflation minera sa popularité et qu'il perdra les élections de mi-mandat.
 Et justement, chaque menace américaine contre l'Iran se heurte à une menace iranienne similaire. Par exemple, lorsque Trump a menacé de détruire les infrastructures électriques et les usines de dessalement iraniennes, l'Iran a riposté par la même menace contre les États du Golfe. Plus récemment, après une attaque de missiles lancée par l'ennemi sioniste contre l'Iran depuis le champ gazier de South Pars, le plus grand au monde, partagé entre l'Iran et le Qatar, l'Iran a riposté en frappant la partie qatarie de l'installation. Cela a contraint Trump à faire pression sur l'entité sioniste pour qu'elle mette fin à de telles attaques à l'avenir, compte tenu des répercussions potentiellement catastrophiques sur une économie mondiale déjà fragilisée.

Trump va-t-il intensifier le conflit ?

La seule façon de comprendre la situation actuelle est de reconnaître l'échec du pari de Trump. Quiconque suit les événements peut constater la confusion politique de Trump et ses objectifs changeants. Tantôt il proclame la victoire dans la guerre, tantôt il prétend négocier avec les nouvelles autorités de Téhéran, qu'il considère différentes du régime d'avant-guerre. Tout en proclamant la victoire, Trump continue de déployer des forces militaires américaines supplémentaires dans la région – avions de chasse, navires et Marines – afin de mener une incursion terrestre et d'affirmer sa puissance, dans le but d'occuper un chapelet d'îles au nord du détroit d'Ormuz. Cette aventure pourrait réussir dans un premier temps, mais ces îles constituent des cibles faciles pour les attaques iraniennes. De plus, le contrôle direct de ces îles ne garantit pas nécessairement la réouverture du détroit d'Ormuz en toute sécurité. L'aspect le plus surprenant des projets annoncés par Trump est sans doute le déploiement de forces spéciales dans la ville iranienne d'Ispahan pour s'emparer de l'uranium enrichi stocké sous terre.
Les actions de Trump sont imprévisibles ; il pourrait mettre en œuvre certains de ces plans diaboliques d'une manière ou d'une autre. Son ambition la plus grande aujourd'hui est peut-être d'obtenir ne serait-ce qu'une victoire symbolique, une bouée de sauvetage pour redorer l'image de l'Amérique. Cependant, quelles que soient ces manœuvres inconsidérées, cela ne signifie pas la fin de la guerre. L'Iran n'est actuellement pas disposé à mettre fin aux hostilités avant d'avoir atteint ses propres objectifs et obtenu des garanties sérieuses. C'est pourquoi il a rejeté le plan en 15 points que Trump avait présenté aux négociations. Ce plan exige que l'Iran démantèle ses installations d'enrichissement d'uranium, s'engage à ne pas se doter de l'arme nucléaire et remette son stock de plus de 400 kilogrammes d'uranium enrichi à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), en lui accordant un accès complet aux installations iraniennes. Il exige également le démantèlement des sites nucléaires de Fordow, d'Ispahan et de Natanz. De plus, le plan stipule que l'Iran abandonne ses alliés régionaux, cesse de les armer et de les financer, rouvre le détroit d'Ormuz et impose des restrictions sur la portée, le programme et la qualité de ses missiles. Si l'Iran rejette catégoriquement ce plan, le qualifiant de « conditions de capitulation », il a formulé sa propre proposition de négociations avec les États-Unis : un cessez-le-feu complet, tant en matière d'agression que d'assassinats ; la mise en place de mécanismes concrets pour prévenir de futures guerres contre l'Iran ; le versement d'indemnités pour les dommages de guerre ; la fin des combats sur tous les fronts et pour toutes les factions de résistance dans la région ; et la reconnaissance de la souveraineté de l'Iran sur le détroit d'Ormuz comme un droit naturel et légal, servant de garantie aux engagements de l'autre partie.
L'impasse dans cette guerre a des répercussions politiques pour tous les pays sous hégémonie impérialiste américaine, ceux qui comptaient sur ses capacités pour leur protection et leur sécurité. Ils sont aujourd'hui à la merci d'un pays qui, selon les affirmations de Trump, était censé être écrasé en quatre jours. Cette situation a des implications politiques majeures pour l'avenir.
Autre surprise : l'obstination de l'avancée de l'ennemi sioniste au Sud-Liban, due aux préparatifs et à la préparation au combat de la Résistance islamique. L'ennemi a donc été contraint de revoir ses objectifs, privilégiant les bombardements, les destructions, les déplacements de population, le ciblage des ponts, la division des zones et les attaques contre les infrastructures afin de renforcer le siège du Liban et de sa population. L'objectif est d'isoler, d'affamer et de déplacer la population selon un plan systématique où les facteurs sectaires contribuent à menacer la paix civile et à alimenter les conflits.

L'impact économique négatif de la guerre !

L'impact économique de cette guerre est flagrant. Le prix du pétrole oscille autour de 100 dollars le baril. Plus la guerre se prolonge, plus la situation s'aggravera. Cet impact est déjà visible dans la hausse des taux d'inflation. Les Philippines ont décrété l'état d'urgence économique pour un an, tout comme l'Espagne, qui a mis en place un programme de 5 milliards d'euros pour soutenir les factures d'énergie, ainsi que la Corée du Sud, Taïwan, le Japon et d'autres pays. La Russie, en revanche, a réalisé des profits après la levée, pendant un mois, des sanctions américaines sur son pétrole, en vendant ce dernier à des prix élevés, atteignant 100 dollars le baril, alors qu'auparavant, elle le vendait à l'Inde, par exemple, à un prix réduit de 22 dollars le baril.
Le problème ne se limite pas aux ressources énergétiques et pétrolières. Le détroit d'Ormuz est également une voie de passage essentielle pour les exportations mondiales d'engrais, ce qui signifie que des hausses de prix et des pénuries d'approvisionnement se feront sentir dans les mois à venir, avec un risque de famine l'année prochaine.
Tous ces indicateurs, dans un contexte économique mondial déjà fragile, convergent vers la récession et la stagflation. Autrement dit, la hausse de l'inflation, conjuguée à la baisse des dépenses sociales due à l'augmentation du coût des emprunts publics, constitue un terreau fertile pour les conflits de classes.
En fin de compte, les répercussions du pari raté de Trump en Iran redessineront le paysage des alliances et des alignements régionaux et internationaux, marquant le début de l'effondrement de l'empire impérialiste américain et de son soutien sioniste dans la région.

Samir Diab
Le 05  avril 2026
Traduit de l'arabe par Roland Richa

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