Milena Ansari, de l’ONG Médecins pour les droits de l’homme, montre que les exactions et crimes commis dans les territoires palestiniens occupés ne sont pas le fait de brebis galeuses mais font partie d’une stratégie globale de nettoyage ethnique et d’apartheid dans laquelle le rôle de l’armée est bien défini.
Milena Ansari, responsable du département des territoires palestiniens occupés au sein de l’organisation Physicians for Human Rights Israel (Médecins pour les droits de l’homme Israël), a rencontré des dizaines de Palestiniens pour alimenter le rapport qui vient d’être publié sur les violences sexuelles et les transferts forcés en Cisjordanie.
Que dit votre rapport sur la politique israélienne dans les territoires occupés ?
Il met en lumière le déplacement forcé des Palestiniens à l’intérieur des territoires occupés, contrôlés par les colons israéliens, et l’expansion des colonies et des avant-postes illégaux en Cisjordanie. En résumé, ces exactions, le manque d’enquêtes et l’absence de protection des communautés palestiniennes démontrent que les autorités israéliennes instrumentalisent la violence des colons.
Celles-ci les chassent ainsi de leurs terres, là où ils ont construit leur vie, par la violence des colons. Lors de mes entretiens, les victimes de cette violence ont insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un phénomène nouveau. Elles soulignent l’intensité de ces exactions, qui incluent désormais les violences sexuelles et sexistes, et leur fréquence accrue.
Cela n’a pas commencé après le 7-Octobre. Cela dure depuis des années. Cependant, aujourd’hui, la différence réside dans le type d’attaques contre les communautés, qui menacent directement leur vie. Avant octobre 2023, les colons portaient des vêtements civils et n’étaient armés que de petits pistolets.
Désormais, les membres de la communauté nous ont confié qu’il est impossible de distinguer un colon d’un soldat israélien, car les colons eux-mêmes portent maintenant l’uniforme militaire israélien et sont armés de fusils M16. Ils pénètrent dans les tentes et les maisons qu’ils incendient, assaillent les habitants et les agressent sexuellement. La politique en question est donc on ne peut plus claire : il s’agit du transfert forcé et du nettoyage ethnique des Palestiniens en Cisjordanie occupée.
Cela signifie-t-il que l’attitude de l’armée a également changé ?
L’armée israélienne en territoire occupé est connue pour ne pas protéger les Palestiniens des attaques, mais pour protéger les colons illégaux résidant en Cisjordanie. Les forces israéliennes sont aux côtés des colons qui attaquent les familles, volent leur bétail, et les soldats restent les bras croisés, voire les soutiennent activement.
L’armée, parfaitement capable de protéger les Palestiniens et d’arrêter les colons criminels, choisit de fermer les yeux et de leur accorder l’impunité. Ils sont donc plus audacieux, plus confiants dans leurs attaques, sachant pertinemment qu’ils ne seront pas tenus pour responsables et que personne ne les arrêtera. Et cela ne concerne pas seulement l’armée israélienne, mais aussi les responsables politiques israéliens.
Des ministres soutiennent l’expansion des colonies et les violences des colons afin de mener à bien une politique de nettoyage ethnique et de déplacement de population. Concrètement, ces deux dernières années, le Parlement israélien a approuvé la construction de nouvelles colonies et d’avant-postes considérés comme illégaux même par le droit israélien. Les législateurs israéliens leur donnent carte blanche. Il s’agit d’une politique d’État dont l’outil est la violence des colons et le mécanisme, l’expansion des colonies existantes et la reconnaissance de nouvelles structures.
La communauté internationale agit-elle ?
Jusqu’à présent, elle ne s’est pas vraiment opposée aux violences des colons. Certains pays européens, comme la France, mais aussi le Royaume-Uni et l’Australie ont imposé des sanctions à des colons responsables de violences. C’est insuffisant. Il ne s’agit pas de quelques brebis galeuses, de colons isolés.
Ce que nous constatons en Cisjordanie occupée, du nord au sud, ce sont les mêmes attaques systématiques perpétrées contre les Palestiniens qui entraînent des déplacements de population. La communauté internationale doit en prendre conscience. Si vous ne prenez pas position contre l’expansion des colonies et la présence des colons en Cisjordanie dans son ensemble, les violences et les attaques contre les Palestiniens continueront de s’intensifier.
La Cour internationale de justice, dans son avis consultatif de juillet 2024, a déclaré qu’Israël crée une situation illégale en Cisjordanie, en particulier par l’expansion des colonies et les violences des colons. Elle a exigé le démantèlement de toutes les colonies et l’évacuation des colons du territoire. Tous les pays se disent opposés aux colonies. Après trois ans, et notamment un génocide à Gaza, il est grand temps que la communauté internationale joigne le geste à la parole et agisse sérieusement.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 21 avril 2026

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