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| Alice au pays des colons de Yanis Mhamdi France 1h45, sortie en salles le 22 avril 2026. |
Alice Kisiya n’a pas l’intention de passer de l’autre côté du miroir. Le monde dans lequel évolue cette jeune femme de 30 ans est déjà bien assez étrange comme ça, fait d’injustices et des violences qui les accompagnent. Originaire de Bethléem, elle possède la nationalité israélienne.
Cela n’a pourtant pas empêché les colons de s’emparer de son terrain à al-Makhrour, en Cisjordanie, là où se dressaient la maison familiale et le restaurant de ses parents. Elle ne baisse pas les bras pour autant. Elle se bat pied à pied, avec sa famille et des militants juifs israéliens opposés à l’occupation. Parmi eux, Ofer Cassif, député communiste à la Knesset.
Alaa Nasr, lui, a 27 ans et des rêves plein la tête qu’il circonscrit à la défense de Madama, son village au nord de la Cisjordanie, près de Naplouse, encerclé par des colonies qui s’étendent illégalement sur le sommet des collines environnantes. Des monstres aux crocs acérés qui voudraient bien ne faire qu’une bouchée de cette localité palestinienne, la raser, la faire disparaitre, comme cela a été le cas de centaines de villages palestiniens après 1948 et l’établissement de l’État d’Israël.
Bataille titanesque
Réalisateur et journaliste, Yanis Mhamdi a accompagné ces deux Palestiniens pour un film remarquable. Deux aspects de la résistance et de la résilience palestinienne, physiques et morales. Alice et Alaa ne cachent pas leurs doutes, leurs peurs, leur tentation d’abandon parfois. Mais tous deux disent leur farouche volonté de ne pas se laisser faire et de continuer le combat. Le film, touchant à bien des égards, montre également que cette bataille titanesque n’est pas une mission individuelle. Ils savent pertinemment qu’ils s’inscrivent dans un mouvement beaucoup plus vaste, celui pour l’autodétermination.
Depuis le 7 octobre 2023, cette lutte existentielle a pris une nouvelle dimension tant les colons se sentent protégés par l’armée. On voit bien à l’image comment les soldats israéliens servent de rempart aux voleurs de terre (dont certains sont armés), ne respectent rien ni personne pas plus les juifs israéliens que les Palestiniens. Le récent rapport, produit par le Norwegian Refugee Council, insiste d’ailleurs sur la violence sexuelle exercée par ces colons contre les populations palestiniennes.
« Notre rêve à tous c’est de pouvoir entrer et sortir de Haïfa, de Jaffa, d’Acre et de Tibériade quand on le souhaite. Mon rêve à moi est d’avoir une petite maison et de fonder une famille, avoir une stabilité et ne dépendre de personne », confie Alaa, les yeux rivés sur les terres qui s’étendent devant lui.
Alice, avec ses amies, chante sa patrie, sa beauté. « Nous ne voulons pas de cette perpétuelle humiliation ni de cette existence misérable », clament-elles à la face de l’occupant qui les harcèle jour et nuit. Face caméra, la jeune femme fait le signe de la victoire et, dans un large sourire, lance : « Ici je suis dans mon pays, avec ma famille. » Alors que le soleil descend lentement sur la Cisjordanie, Alice reste pleine d’espoir. « Si le début est difficile, la fin sera plus facile », veut-elle croire.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 21 avril 2026

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