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| Depuis le début de la guerre en Iran, chaque jour de guerre coûte 2 milliards de dollars à Washington.© IMAGO / Middle East Images |
Pendant que Donald Trump menace de raser l’Iran, l’Organisation des Nations unies (ONU) peine à financer son programme humanitaire. Fruit d’un processus où des « aspirants autocrates » prennent en otage le monde pour leurs ambitions impérialistes, ce décalage cause d’ores et déjà des dégâts à long terme.
Présent à Londres lundi 20 avril, le coordinateur des affaires humanitaires à l’ONU, Tom Fletcher, a estimé que le budget militaire dilapidé dans la guerre au Moyen-Orient par la Maison Blanche aurait permis de « financer la sauvegarde de plus de 87 millions de vies », rapporte le Guardian. Selon ses estimations, Washington dépense près de 2 milliards de dollars par jour depuis le déclenchement de la guerre contre Téhéran.
« Nous aurions pu financer cette somme en 15 jours »
« L’idée que soudainement il soit acceptable de dire « nous allons tout faire sauter, nous allons vous bombarder jusqu’à l’âge de pierre, détruire votre civilisation » est vraiment dangereux », alerte Tom Fletcher, pour qui la normalisation de ce langage met en péril sa mission. Et ce, alors que son « plan ultra-priorisé visant à sauver 87 millions de vies » est de 23 milliards de dollars. « Nous aurions pu financer cette somme en moins de quinze jours de cette guerre insensée, regrette-t-il. Aujourd’hui, bien sûr, c’est impossible. »
Au-delà des civils directement ciblés par les États-Unis et Israël, ce sont ainsi près de 240 millions de victimes de guerres, d’épidémies, de séismes ou de l’impact du dérèglement climatique, qui sont mis en danger. Et si les Nations unies ont multiplié les alertes ces derniers mois, le camp de la guerre poursuit les massacres.
« Nous ne demandons qu’à peine un peu plus de 1 % de ce que le monde dépense en armes et en programmes de défense, alertait ainsi déjà Tom Fletcher, en décembre dernier. Je ne demande pas aux gens de choisir entre un hôpital à Brooklyn ou un hôpital à Kandahar. Je demande au monde de dépenser moins en défense et plus en humanitaire. »
Reste que l’ONU est dans l’obligation de réduire ses ambitions. Mais aussi de composer avec le comportement erratique de la diplomatie états-unienne.
De « véritables montagnes russes »
Tom Fletcher a ainsi profité de son passage en Angleterre pour fustiger les « véritables montagnes russes » que lui impose la Maison Blanche. En cause : l’approche purement capitaliste des relais de Donald Trump à l’international. Respectivement avocat d’affaires et homme d’affaires, Steve Witkoff et Jared Kushner ont imposé – en plus de leur inexpérience et méconnaissances sur le volet diplomatique – un rapport financier au sein de l’ONU.
« La plupart des personnes avec lesquelles je travaille sont issues du secteur immobilier, résume le coordinateur onusien. Il y a une différence entre la politique et l’immobilier. » Outre le contact direct, l’ONU doit aussi jongler avec les exigences réactionnaires et répressives des États-Unis, où est appliquée une politique raciste et transphobe.
Alors que Washington n’hésite pas à exiger des mesures contre le droit à l’avortement ou l’immigration, « la question est de savoir si nous acceptons cet argent dans ces conditions, sachant que cela sauvera des millions de vies, ou non ? », se demande Tom Fletcher. Des dilemmes imposés à la communauté internationale, dont la dépendance aux États-Unis continue de s’illustrer.
Tom Demars-Granja
L'Humanité du 21 avril 2026

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