| Jean El Cheikh, Président du Secours populaire libanais |
La négociation, par essence, présuppose une reconnaissance mutuelle minimale des valeurs humaines, ou à tout le moins une volonté de respecter des règles qui régissent la conduite et limitent les violations. Or, négocier avec une partie qui affiche ouvertement son mépris pour ces valeurs et instrumentalise les massacres pour se glorifier vide le processus de négociation de sa substance, le réduisant à une simple formalité dénuée de tout fondement moral ou pratique.
Notre rejet de cette option ne découle ni d'une réaction émotionnelle ni d'une volonté d'escalade, mais bien d'une compréhension profonde de plusieurs considérations fondamentales :
1 - L’absence de conditions propices à une négociation sérieuse
Aucun processus de négociation ne peut aboutir sans un partenaire capable de s’engager. L’expérience prouve que ceux qui recourent à la violence comme moyen de négociation utilisent le dialogue comme prétexte pour gagner du temps ou consolider des faits imposés par la force, et non pour parvenir à des solutions justes.
2 - Les dangers d’une légitimation indirecte
S’engager dans des négociations avec une partie impliquée dans des crimes graves, sans obligation de rendre des comptes ni changement de comportement, pourrait être interprété comme une reconnaissance tacite de sa légitimité ou comme une acceptation du statu quo qu’elle a imposé par la violence. Ceci constitue une grave violation des valeurs que nous défendons.
3 - L’érosion des normes éthiques
Abandonner les lignes rouges sous la pression de la réalité ouvre la porte à la normalisation des violations et transforme l’exception en règle. Maintenir une position morale et politique claire n’est pas un luxe, mais une nécessité pour protéger la société d’une logique qui justifie tout.
4 - Absence de garanties et de mécanismes de dissuasion
Toute négociation qui ne repose pas sur des mécanismes clairs de contrôle et de responsabilisation, et qui n'entraîne pas de véritables conséquences pour ceux qui violent l'accord, reste lettre morte, laissant à l'autre partie une marge de manœuvre accrue pour poursuivre ses pratiques en toute impunité.
5 - Responsabilité de protéger les victimes et leurs droits
Toute action susceptible de marginaliser les droits des victimes ou de dissimuler les crimes est inacceptable. La justice, même différée, demeure un principe fondamental qui ne saurait être compromis en aucune circonstance.
Compte tenu de ces faits, nous affirmons que notre refus de négocier à ce stade constitue une position de principe et de responsabilité visant à préserver ce qui reste des normes établies et à empêcher que la souffrance humaine ne soit instrumentalisée.
Dans le même temps, nous tenons à souligner que ce rejet ne signifie ni recul ni inaction, mais nous pousse au contraire à :
• Renforcer l'unité de notre position interne,
• Intensifier nos efforts juridiques et diplomatiques internationaux,
• Exercer des pressions par tous les moyens légitimes afin d'imposer un véritable coût à ces violations.
Nous défendons notre droit à la dignité humaine et à nos valeurs, et nous refusons d'être complices de la transformation du crime en une réalité négociable avec les ennemis de l'humanité.
L'histoire ne pardonne pas les concessions faites au détriment de la dignité, ni le silence lorsque la prise de parole est un devoir.
Jean El Cheikh,
Président du Secours populaire libanais
Beyrouth, le 15 avril 2026
Traduit de l'arabe par Roland Richa
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