Guerre en Iran : comment Israël veut faire plier le Liban

 

Les chars et Les bulldozers de Benyamin Netanyahou continuent de détruire les villages du Liban du Sud, forçant plus de 1 million de Libanais à l’exode.© Kobi Gideon/Israel Gpo via ZUMA Press Wire
Des discussions ont eu lieu, ce 14 avril, entre les ambassadeurs libanais et israélien à Washington. Tel-Aviv entend isoler le Hezbollah, seule force résistant à l’invasion du Sud libanais.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, des émissaires israélien et libanais se sont rencontrés, ce 14 avril, à Washington. Incroyable, parce que cette rencontre a eu lieu alors qu’Israël intensifie sa guerre contre le pays du Cèdre et exclut toute discussion sur un cessez-le-feu.
Benyamin Netanyahou n’a plus de doute. Sa stratégie va propulser Israël au niveau des superpuissances mondiales et, à tout le moins, va lui permettre de prendre le leadership du Moyen-Orient. Pour cela, il a lancé ses forces tous azimuts dans toutes les guerres possibles, de Gaza à la Cisjordanie, en passant par la Syrie, l’Iran et le Liban. Soutenu par les États-Unis – sinon, comment le pourrait-il ? –, le premier ministre israélien met en œuvre son plan machiavélique. Il fait tout son possible pour que la guerre avec l’Iran reprenne. En attendant, ses chars et ses bulldozers continuent de détruire les villages du Liban du Sud, forçant plus de 1 million de Libanais à l’exode. Le 8 avril, en dix minutes et une centaine de raids aériens, plus de 200 personnes ont été tuées, y compris dans Beyrouth.
« Nous souhaitons parvenir à la paix et à la normalisation des relations avec l’État libanais », a pourtant déclaré avec cynisme le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar. Israël entend jouer sur les tensions politiques existant au pays du Cèdre en tentant de dissocier la question du Hezbollah du reste du pays. D’où l’imposition d’une discussion directe entre Tel-Aviv et Beyrouth qui a deux avantages aux yeux de Netanyahou. Le président libanais, Joseph Aoun, et son premier ministre, Nawaf Salam, incapables de remplir le rôle qui leur est assigné par les puissances occidentales (et Israël) depuis la guerre de 2024 et l’affaiblissement du Hezbollah, ne pourront pas résister aux pressions. But affiché : désarmer le mouvement chiite, seul capable de résister à l’invasion israélienne.

Une division du Liban en trois zones
En réalité, comme le souligne le quotidien libanais l’Orient-le Jour, « les conditions israéliennes seraient particulièrement strictes, fondées sur un plan attribué au ministre des Affaires stratégiques Ron Dermer ». Celui-ci prévoit une division du Liban en trois zones : une bande de 8 km de profondeur à partir de la « frontière israélienne » au Sud, destinée à devenir une zone de sécurité. Puis une zone tampon qui s’étendrait jusqu’au fleuve Litani où les Israéliens entendent affronter les combattants de l’organisation chiite qui leur oppose une résistance acharnée. Enfin, l’ensemble du territoire au nord du Litani, où l’armée libanaise serait chargée de désarmer complètement le Hezbollah, présenté comme condition préalable à tout retrait israélien progressif. Ce qu’avançait déjà l’Humanité la semaine dernière.
La veille de la rencontre entre les ambassadeurs libanais et israélien à Washington, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a appelé lundi soir les autorités de son pays à annuler les négociations avec Israël, dénonçant « une soumission et une capitulation ». Il a expliqué : « Nous sommes engagés dans ce combat parce que nous sommes visés sur le plan existentiel, que notre pays est ciblé par le projet de Grand Israël, et que notre indépendance est menacée. Nous avons donc décidé d’opter pour la confrontation et la résistance pour défendre le Liban et son peuple. »
Emmanuel Macron n’est pas une contradiction près. La France, officiellement garante du cessez-le-feu conclut le 27 novembre 2024 entre le Hezbollah et Israël, n’a jamais joué son rôle, Tel-Aviv violant cet accord plus de 1 000 fois selon la Force intérimaire de l’ONU au Liban (Finul). Au lendemain du cessez-le-feu annoncé entre les États-Unis et l’Iran, le 8 avril, il s’était exclamé : le cessez-le-feu en Iran doit inclure le Liban pour être « crédible et durable ».
Le voici maintenant qui, avec 16 autres pays, se félicite de « l’initiative du président Aoun d’ouvrir des négociations directes avec Israël ». Or la stratégie israélienne est indivisible. Elle englobe l’ensemble du Moyen-Orient dans le cadre d’une domination régionale, dont l’aboutissement pourrait se traduire – comme l’a déjà dit Netanyahou – par la mise en place de nouvelles voies énergétiques passant par Israël et non plus par le détroit d’Ormuz ou celui de Bal el-Mandeb.

Pierre Barbancey
L'Humanité du 14 avril 2026

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