Face à la multiplication des accusations internationales de graves violations des droits des Palestiniens depuis le 7 octobre 2023, les allégations de torture dans les prisons israéliennes sont étayées par des rapports détaillés sur les droits humains confirmant un schéma systématique de violations qui dépasse le cadre d'actes isolés pour s'apparenter à des politiques institutionnelles.
Le bourreau de Sde Teiman
L'un des centres les plus tristement célèbres est le centre de détention de Sde Teiman, devenu synonyme de ces accusations, notamment après la diffusion l'an dernier d'une vidéo documentant des viols collectifs de détenues. À mesure que les témoignages continuent d'affluer, le tableau s'assombrit, en particulier concernant le recours à la violence sexuelle comme outil de torture et d'asservissement.
Selon l'analyste géopolitique israélien Shail Ben-Efraim, qui a relayé des témoignages de détenues, ainsi que ses conversations avec deux gardiens qui ont confirmé, à des degrés divers, que des agressions sexuelles avec des chiens avaient eu lieu, l'un d'eux a confirmé avoir été témoin de ces incidents, mais les a qualifiés d'« horribles à raconter », tandis que l'autre a déclaré en avoir entendu parler par ses collègues et les croire vrais.
Ces informations concordent avec un rapport du Centre palestinien pour les droits de l'homme, qui a recueilli les témoignages de détenus décrivant avoir été déshabillés et agressés sexuellement par des chiens, ainsi que d'autres pratiques ayant engendré de profonds traumatismes psychologiques. Selon Basil Al-Sourani, ces actes sont utilisés pour « détruire psychologiquement et socialement l'être humain », empêchant ainsi les victimes de retrouver une vie normale.
Un système de torture institutionnalisé
Un rapport publié le 13 avril par l’Observatoire euro-méditerranéen des droits de l’homme révèle l’existence d’un « système de torture institutionnalisé ». Ce rapport, couvrant la période d’octobre 2023 à octobre 2025, indique que les centres de détention sont devenus des « vides juridiques », isolés de tout contrôle, où les violations sont commises en toute impunité.
Selon le rapport, la plupart des détenus se sont vu refuser les visites de leurs avocats ou de leurs familles, et le Comité international de la Croix-Rouge s’est vu interdire l’accès à leurs locaux, créant ainsi un environnement clos qui facilite la perpétration et la dissimulation des violations.
L’aspect le plus alarmant du rapport est la confirmation que les violences sexuelles n’étaient pas un incident isolé, mais une pratique récurrente et systématique. Celle-ci inclut des agressions directes, l’utilisation d’instruments, des attaques ciblées contre les parties génitales, et parfois l’enregistrement vidéo de ces violations, renforçant l’hypothèse de leur caractère institutionnel. Le rapport mentionne également l’utilisation de chiens lors d’agressions sexuelles, des témoignages qui corroborent des déclarations antérieures de détenus.
Le problème dépasse le cadre des interrogatoires et s'étend à une complicité institutionnelle plus large. Il examine le rôle potentiel de certains membres du personnel médical dans la facilitation ou la dissimulation des effets de la torture, que ce soit par l'omission de documenter les blessures ou par la rédaction de rapports autorisant la poursuite des interrogatoires malgré les souffrances physiques infligées. Le rapport critique également ce qu'il qualifie d'insuffisance, voire de complicité, du système judiciaire, qui n'a pas mis en place de mécanismes de responsabilisation efficaces et a, au contraire, contribué à perpétuer l'impunité.
Sur le plan juridique, le rapport soutient que ces pratiques peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, et les considère même comme faisant partie d'un contexte plus large pouvant relever de la catégorie du génocide, compte tenu de l'ampleur des préjudices physiques et psychologiques infligés.
Malgré la gravité de ces accusations, le rapport souligne les difficultés considérables rencontrées pour les documenter, en raison de la crainte des victimes de représailles ou de stigmatisation sociale, ainsi que des pressions sécuritaires qui empêchent nombre d'entre elles de témoigner. Néanmoins, la récurrence des mêmes schémas et la similitude des témoignages provenant de sources multiples renforcent la crédibilité des preuves documentées.
(Correspondance locale - Al Qods, le 26 avril 2026)

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