Les trois pays ont demandé la mise à l’ordre du jour de la question au Conseil des ministres des Affaires Étrangères. Il s’agit avant tout d’ouvrir le débat politique et d’exercer une pression diplomatique tant le chemin vers une rupture claire et nette est semé d’embûches.
L’Union européenne (UE) est au pied du mur. Deux ans et demi après le début de la guerre génocidaire contre Gaza, les conflits contre l’Iran et le Liban, l’Espagne va profiter du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE, aujourd’hui à Luxembourg, pour mettre à l’ordre du jour la rupture de l’accord d’association avec Israël. Un gouvernement « qui viole le droit international (…) ne peut être partenaire de l’Union européenne », a acté le premier ministre espagnol Pedro Sanchez, lors d’un meeting en Andalousie.
Il y a deux ans, l’Espagne, l’Irlande et la Norvège, suivis par la Slovénie, avaient initié le mouvement de reconnaissance de l’État de Palestine sur le Vieux Continent. Pedro Sanchez est depuis devenu la cible préférée du gouvernement israélien et de Donald Trump pour avoir approuvé un embargo sur les armes destinées ou en provenance d’Israël en 2025. Aujourd’hui, le chef de la diplomatie israélienne Gideon Saar fulmine : « Nous n’accepterons pas une lecture hypocrite de quelqu’un qui noue une relation avec les régimes totalitaires qui violent les droits humains comme la Turquie de (Recep Tayyip) Erdogan, le Venezuela de (Nicolas) Maduro », a-t-il réagi sur X.
Test politique
Madrid n’est en réalité pas la seule capitale à appuyer la démarche puisque Dublin et Ljubljana ont également explicitement demandé que la question de l’accord UE-Israël soit discutée lors de ce Conseil des Affaires Étrangères. Au-delà de ce noyau dur, d’autres pays, comme la France, la Belgique ou le Luxembourg sont ouverts à discuter ou à faire pression. Du côté des opposants, on trouve l’Allemagne, la Tchéquie ou la Hongrie. “Nous considérons cela comme inapproprié”, a confirmé le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, à son arrivée à Luxembourg. Selon lui, les questions doivent être abordées dans le cadre d’un “dialogue critique et constructif avec Israël”.
Le débat est avant tout un test politique et un moyen de pression diplomatique vis-à-vis de Tel-Aviv. Il s’agit de débattre des orientations sans forcément acter un vote immédiat. Le plus probable reste une déclaration politique à l’issue de la réunion. Si une majorité venait à se dégager, les États peuvent ensuite demander à la Commission d’examiner juridiquement l’accord et d’en discuter avec Israël.
Entré en vigueur en 2000, l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, stipule dans son article 2 que les liens entre les deux entités sont subordonnés au respect des droits de l’homme. Si les lignes bougent parmi les Vingt-Sept, il n’est pas acquis que la proposition de Pedro Sanchez recueille la majorité qualifiée (55 % des suffrages des membres du Conseil, représentant au moins 15 États et au moins 65 % de la population de l’UE).
À l’automne dernier, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, proposait une simple suspension partielle de l’accord qui ne concernait que 37 % des échanges commerciaux. Une mesure cosmétique qui n’avait pas été au bout faute de validation du Conseil.
À ce jour, plus d’un million de citoyens Européens ont adhéré à l’initiative citoyenne lancée par plusieurs partis de la gauche européenne et signé la pétition qui exige la suspension de l’accord, corroborant l’idée de rupture claire sur cette question entre les peuples et les dirigeants de l’Union européenne.
Lina Sankari
L'Humanité du 21 avril 2026

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