Exportations d’armes vers Israël : le parquet français saisi d’une plainte

 

Visant principalement la société française FedEx Express FR, la plainte pour « complicité de crime de guerre » et « complicité de crimes contre l’humanité » devrait permettre au parquet antiterroriste d’enquêter sur tous les acteurs de la chaîne logistique.
Une plainte pour « complicité de crime de guerre » et « complicité de crimes contre l’humanité » a été déposée ce lundi, par l’Union juive française pour la paix (UJFP) auprès du parquet national antiterroriste (PNAT). Objectif : faire la lumière sur les exportations militaires françaises vers Israël, notamment via l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. Contrairement aux affirmations du gouvernement français, les exportations d’armes n’ont jamais cessé, en dépit de la politique génocidaire du gouvernement israélien.
« Entre octobre 2023 et mars 2026, plus de 525 cargaisons de matériel militaire ont été expédiées par des fabricants français vers les industries israéliennes de défense et aérospatiales », indiquent ainsi, dans un récent rapport, les associations Urgence Palestine, Palestinian Youth Movement et People’s embargo for Palestine. C’est sur ce dossier d’une soixantaine de pages que s’appuie la plainte de l’UJFP. Vol par vol, date par date, cargaison par cargaison sont détaillés.

Fedex a à Roissy « son propre tarmac, ses propres entrepôts »
Un compte rendu « précis et documenté » dans lequel l’entreprise FedEx Express FR joue un rôle central. Filiale hexagonale du géant américain Fedex, elle possède à Roissy CDG, « son propre tarmac, ses propres entrepôts », indique Tayeb Khouira, responsable syndical de Sud Aérien. « En pratique, la société Fedex Express FR gère l’intégralité de la chaîne logistique, détaillent les auteurs de la plainte. Elle dispose notamment du plus vaste réseau mondial de transport aérien express en Europe et d’un véritable hub industriel à l’aéroport de Roissy où elle opère sa propre flotte d’avions-cargos avec des lignes dédiées au fret ».
De quoi offrir à ses clients « une prestation de livraison de bout en bout », incluant transport physique et procédures administratives, ajoutent-ils. Et ce, « dans la plus grande opacité », déplore Tayeb Khouira. « On n’aurait jamais pensé que des vols commerciaux pouvaient servir à ça », affirme le responsable syndical.
Rien qu’entre avril et octobre 2025, FedEx Express FR se serait chargée d’expédier 117 cargaisons de pièces d’aéronautique et de mécaniques pour chasseurs aériens, à partir de Roissy CDG, principalement en direction de la base israélienne militaire de Nevatim. Parmi ces équipements, des composants d’avions de combat américains de haute technologie -F-35, F-15 ou encore F-16- « utilisés par Israël pour mener des opérations aériennes à Gaza depuis au moins octobre 2023 », indique la plainte, précisant que le F-35 nécessite « plus de pièces détachées comparées aux autres avions de combat ».

La France n’est pas de ceux qui ont mis fin au commerce militaire avec Israël
Attaques délibérées contre des civils, des installations sanitaires, des lieux de culte ou de culture. Déplacements forcés de population. Persécutions diverses. Famine. Soumission à des conditions d’existence de nature à entraîner la destruction totale ou partielle du groupe. La plainte rappelle ce que recouvre concrètement, pour les Gazaouis, l’opération « Swords of Iron » – « Glaives de fer »-, lancée par l’État israélien au lendemain de l’attaque meurtrière du Hamas du 7 octobre 2023.
Une « campagne militaire d’une ampleur et d’une intensité exceptionnelles, constate-t-elle, caractérisée notamment par un recours massif et continu aux frappes aériennes ». Le bilan, provisoire, est particulièrement lourd : « près de 70 000 morts à ce jour dont une grande majorité de » civils « (80 %), notamment 20 000 enfants du fait des frappes et attaques indiscriminées menées par l’armée israélienne ».
Sous la pression de leurs populations et du droit international, plusieurs pays ont mis fin au commerce militaire avec Israël, rappelle la plainte. C’est le cas notamment de la Slovénie, de l’Allemagne, de l’Espagne, de la Belgique. Dans ce dernier pays, une enquête judiciaire a été ouverte en juillet 2025 à la suite d’une plainte visant Fedex pour un transfert de pièces de F-35 à destination d’Israël.
« Dans le contexte des accusations de commissions de crimes internationaux visant Israël avant avril 2025 », FedEx et en particulier sa filiale française FedEx Express FR ne pouvait pas ignorer qu’elles participaient à la commission de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité « en permettant le transport de composants d’avions de combat utilisés sur le terrain à Gaza », indique la plainte française. Déposée contre X, elle devrait permettre au parquet antiterroriste d’étendre ses investigations le cas échéant, au-delà de la filiale française de FedEx, à tous les maillons de cette chaîne logistique criminelle.

Elisabeth Fleury
L'Humanité du 21 avril 2026

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire