Des manifestations se sont tenues samedi alors que le premier ministre israélien a précipité son pays dans deux nouvelles guerres. Dans leur sillage, Naftali Bennett et Yaïr Lapid ont annoncé concourir ensemble pour les prochaines législatives. La Liste unie, qui regroupe les partis arabes et les communistes, fait quant à elle face à des tentatives de torpillage.
À six mois des législatives en Israël, les milliers d’Israéliens qui ont pris les rues du pays, samedi 25 avril, rêvent d’un destin à la Viktor Orban pour Benyamin Netanyahou. Tout un symbole, 200 d’entre eux sont partis de l’ambassade de Hongrie vers la place Habima, à Tel-Aviv, pour fêter la défaite de l’ancien premier ministre nationaliste au pouvoir depuis 2010, qui a fait perdre au chef du gouvernement israélien son plus solide allié en Europe. Benyamin Netanyahou a fait replonger son pays dans deux guerres simultanées qu’il présente comme existentielles, en Iran et au Liban, faisant 17 morts et quelque 400 blessés en Israël.
Si le soutien à l’opération israélienne en Iran reste fort dans la société, il s’est érodé depuis le début de la guerre, passant de 93 % à 78 % parmi les juifs israéliens avant le cessez-le-feu. Reste que ces manifestations coïncidaient avec les audiences de la Haute Cour concernant la création d’une commission d’enquête nationale sur le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023.
Le rassemblement, organisé par le Mouvement pour une bonne gouvernance-Observatoire de la corruption et des groupes de la société civile, appelait à la défense du système judiciaire israélien contre les coups de boutoir du premier ministre. Les manifestants ont également exigé que des comptes soient rendus pour ce qu’ils qualifient d’échec – volontaire ou non – du gouvernement à prévenir les attaques menées par le Hamas qui ont coûté la vie à environ 1 200 Israéliens.
L’opposition revendique son sionisme
Alors que le service militaire joue un rôle structurant dans la société, Hagit Chen, mère d’Itay Chen, un soldat tué le 7-Octobre, a lancé à l’adresse de la foule : « La vérité n’a pas été établie et aucune responsabilité n’a été assumée. Vous ne pouvez pas nous demander d’enterrer à la fois nos enfants et la vérité. » Selon l’Armed Conflict Location and Event Data (Acled, données sur la localisation des conflits armés), plus de 1 667 manifestations se sont tenues en Israël depuis octobre 2023, dont au moins dix ont rassemblé plus de 100 000 personnes.
La remise en question de l’indépendance de la justice et les guerres d’Israël ouvrent une brèche dans laquelle tente de s’engouffrer Naftali Bennett, ex-premier ministre (2021-2022) et ancien du Likoud de Benyamin Netanyahou. Celui qui a, en son temps, fait de l’Iran la menace principale et accéléré la colonisation dans les territoires palestiniens a conclu une nouvelle alliance avec Yaïr Lapid, qui a lui aussi fait un passage fulgurant à la tête du gouvernement en 2022. Désormais unis au sein du parti BeYahad (« Ensemble ») pour « l’acte le plus sioniste et patriotique que nous ayons jamais accompli pour notre pays », selon les mots de Naftali Bennett, qui capitalise sur son passé d’officier commando de l’armée israélienne.
De l’autre côté de l’échiquier, le député Ahmad Tibi (Front démocratique pour la paix et l’égalité, Hadash) fustige « certains éléments au sein de l’opposition qui tentent de saboter la possibilité de former une liste commune » et donc une alternative regroupant les communistes, le parti Balad et les autres formations arabes qui tablent sur une quinzaine de sièges à la Knesset.
« Je déteste les racistes, mais je méprise les paternalistes condescendants. Je leur dis publiquement aujourd’hui : ça suffit ! Non seulement vous déclarez publiquement que vous ne voulez pas d’Arabes dans la prochaine coalition, mais aussi que vous ne voulez pas coopérer avec les partis arabes », ajoute-t-il, actant que le fond de la politique israélienne demeurera le sionisme. Avec ou sans Netanyahou.
Lina Sankari
L'Humanité du 27 avril 2026

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