Le cessez-le-feu conclu entre l’Iran et les États-Unis va-t-il tenir ? C’est la question qui se pose après la fin des négociations à Islamabad sans qu’un accord ait été conclu. Si personne ne parle d’échec et que l’on veut croire que « la diplomatie continue », les bombardements d’Israël au Liban alimentent une possible reprise de la guerre.
Les États-Unis et l’Iran n’ont pas réussi à conclure un accord pour mettre fin à leur guerre, malgré de longues négociations qui se sont achevées dimanche à Islamabad, la capitale pakistanaise, menaçant ainsi un cessez-le-feu fragile de quatorze jours. Chaque camp a rejeté la responsabilité de l’échec de ces négociations sur l’autre. Les deux délégations étaient pourtant de haut niveau.
L’Iranienne était conduite par le président du Parlement, Mohammad Ghalibaf, et comprenait le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi. Côté états-unien, elle était dirigée par le vice-président, J. D. Vance, et incluait l’envoyé spécial de Donald Trump au Moyen-Orient, Steve Witkoff, et Jared Kushner, gendre du président.
J. D. Vance a qualifié de « substantielles » les vingt et une heures de négociations avec la délégation iranienne, menées sous l’égide du Pakistan. « C’est la bonne nouvelle, a-t-il poursuivi. La mauvaise nouvelle, c’est que nous n’avons pas abouti à un accord, et je pense que c’est bien plus mauvais pour l’Iran que pour les États-Unis. Nous en revenons donc à la situation où les États-Unis n’ont pas conclu d’accord. »
Comment trouver une porte de sortie ?
Le 28 février 2026, Israël et les États-Unis ont lancé des frappes aériennes sur l’Iran (alors que se tenaient des négociations indirectes entre Téhéran et Washington concernant le nucléaire iranien), ciblant des sites militaires et gouvernementaux, assassinant le guide suprême Ali Khamenei et d’autres responsables iraniens. En un mois de guerre, ces attaques ont fait au moins 1 900 victimes civiles iraniennes, selon la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Mais très rapidement il est apparu que Trump s’était laissé piéger par Benyamin Netanyahou. Le premier ministre israélien lui a vendu cette guerre clé en main, comme l’a révélé le New York Times, expliquant que les attaques déstabiliseraient le régime, que les Iraniens, avec l’aide du Mossad, prendraient la rue et que les groupes armés kurdes finiraient le travail. Las, le président états-unien a dû se rendre à l’évidence : affaibli, l’Iran n’a pas été mis à genoux par cinq semaines de bombardements. Pis, le détroit d’Ormuz a été bloqué, jetant l’économie mondiale dans un chaos énergétique rarement atteint. Pour Trump, il fallait donc trouver une porte de sortie.
Le 23 mars, il reportait l’ultimatum qu’il avait lancé concernant la réouverture du détroit d’Ormuz, affirmant à propos des dirigeants iraniens : « Ils veulent conclure un accord, et nous sommes tout à fait disposés à conclure un accord. » Le 7 avril, Trump menaçait : « Une civilisation entière mourra ce soir, pour ne jamais renaître », si l’Iran ne parvenait pas à un accord avec les États-Unis. Le lendemain, quelques heures avant l’expiration de son ultimatum et après des discussions indirectes sous l’égide du Pakistan il annonçait qu’un cessez-le-feu de quatorze jours entrait en vigueur.
Quels étaient les points de négociation ?
Avant même l’ouverture des discussions à Islamabad, la polémique a porté sur le fait de savoir si le cessez-le-feu avait été obtenu à partir des 15 points présentés par Washington ou les 10 points de Téhéran. Les déclarations contradictoires de part et d’autre n’ont pas permis de clairement comprendre quel était le document de base.
On sait maintenant que les discussions ont porté sur différents aspects des principaux thèmes de négociation, notamment le détroit d’Ormuz, la question nucléaire, les réparations de guerre, la levée des sanctions et la fin définitive de la guerre contre l’Iran et dans la région.
Difficile, cela dit, de comprendre quelque chose lorsqu’on entend Donald Trump affirmer, comme il l’a fait samedi 11 avril, alors que les discussions étaient en cours : « Nous négocions, et que nous parvenions à un accord ou non, cela m’est égal, car nous avons gagné. »
Quelle place a occupé le Liban ?
Au lendemain de l’annonce du cessez-le-feu, Israël a bombardé de façon intense le Liban, procédant à plus d’une centaine de frappes en moins de dix minutes, sans avertissement préalable, tuant plus de 200 civils à Beyrouth. Le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, qui a joué un rôle de médiateur dans les pourparlers, a déclaré que le Liban était concerné par le cessez-le-feu.
De leur côté, Trump et Vance ont affirmé que le pays du Cèdre constituait un problème distinct, mais ont fait pression sur le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, pour qu’il réduise ses attaques contre le Liban. A priori, la question n’a pas été discutée directement, mais le dossier libanais représente évidemment l’un des paramètres géopolitiques d’importance.
D’ailleurs, tout en maintenant ses troupes dans le sud du Liban et en poursuivant son avancée militaire, Netanyahou affirme vouloir négocier directement avec Beyrouth pour obtenir le désarmement du Hezbollah, tout en sachant que l’armée libanaise se trouve dans l’incapacité de défendre le territoire.
Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’accord ?
L’agence de presse semi-officielle iranienne Tasnim a déclaré que les exigences « excessives » des États-Unis avaient empêché la conclusion d’un accord. D’autres médias iraniens ont indiqué qu’un compromis avait été trouvé sur plusieurs points, mais que le détroit d’Ormuz et le programme nucléaire iranien constituaient les principaux points de dispute.
Esmail Baghaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, dans un compte rendu des discussions publié sur X, a indiqué que le succès des négociations dépendait de la capacité à « s’abstenir de toute exigence excessive » et reposait sur le sérieux et la bonne foi de la partie adverse. Il a ajouté que les pourparlers se sont déroulés dans « une atmosphère empreinte de méfiance, de suspicion et de doute ».
« Le fait est que nous avons besoin d’un engagement ferme de leur part à ne pas chercher à se doter de l’arme nucléaire, ni des moyens de s’en procurer rapidement », a fait savoir J. D. Vance, le vice-président états-unien. Bien que les installations d’enrichissement iraniennes aient été détruites, notamment par des bombardements israéliens et américains en juin dernier et en mars (c’est en tout cas ce que ces deux pays affirment), « la question est simple : constatons-nous un engagement fondamental de la part des Iraniens à ne pas développer l’arme nucléaire, non seulement maintenant, non seulement dans deux ans, mais sur le long terme ? Nous ne l’avons pas encore constaté. Nous espérons que nous le constaterons ».
La guerre va-t-elle reprendre ?
Mohammad Ghalibaf, qui dirigeait la délégation de Téhéran lors des pourparlers avec le Pakistan, a expliqué sur X que la partie iranienne « a formulé des initiatives constructives, mais que la partie adverse n’est finalement pas parvenue à gagner sa confiance lors de ce cycle de négociations ». Il conclut ainsi : « Nous ne relâcherons pas un seul instant nos efforts pour consolider les acquis des quarante jours de la défense nationale iranienne. » Esmail Baghaei s’est toutefois voulu rassurant : « La diplomatie est un processus continu. »
L’incertitude demeure quant au passage des navires par le détroit d’Ormuz – les États-Unis affirment déminer la zone, ce que dément l’Iran. Trump a de plus annoncé dimanche que l’armée américaine allait bloquer les navires tentant d’entrer dans ce détroit stratégique. « J’ai également ordonné à notre marine de rechercher et d’intercepter tout navire se trouvant dans les eaux internationales ayant payé un péage à l’Iran. Nul ne pourra naviguer en toute sécurité en haute mer s’il paie un péage illégal », écrit Trump sur les réseaux sociaux, au risque de déclencher l’ire des gardiens de la révolution
Alors que les délégations sont rentrées chez elles, on ne sait pas vraiment le type de canal de communication qui a été maintenu et si les discussions se poursuivent réellement. Le danger pourrait venir d’Israël, Netanyahou étant totalement opposé à un quelconque accord et prêt à toutes les provocations pour la reprise de la guerre, condition sine qua non de sa propre survie politique.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 12 avril 2026

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