Après des tirs au gala de la presse à Washington, Donald Trump décrit un « loup solitaire » : « Personne ne m’avait dit que c’était une profession si dangereuse »

 

Donald Trump est évacué par le Secret Service du dîner des correspondants de la Maison Blanche, au Washington Hilton, à Washington, le 25 avril 2026. BO ERICKSON/REUTERS
L’assaillant, aux motivations encore inconnues, a été neutralisé avant de parvenir à la salle de réception, dont le président américain a été évacué.

Le moment était historique. Pour la première fois, samedi 25 avril, Donald Trump assistait en tant que président au dîner de gala annuel organisé par l’association des journalistes accrédités à la Maison Blanche (WHCA). L’événement mondain et politique, tenu à l’hôtel Hilton de Washington, s’est transformé en scène d’enquête criminelle. Un homme a ouvert le feu à l’extérieur de la salle de réception, au niveau des portiques de sécurité près du hall, tentant de forcer le passage. Les agents du Secret Service l’ont maîtrisé et interpellé. Donald Trump lui-même a diffusé la photo de l’assaillant sur Truth Social, torse nu et menotté dans le dos, allongé sur la moquette de l’hôtel.
Alors que la soirée avait commencé depuis peu, des détonations ont été entendues dans la salle de réception, provoquant un afflux immédiat d’agents sur scène. Ils ont évacué le président américain et les personnes assises autour de lui face à l’auditoire, dont son épouse, Melania, le vice-président, J. D. Vance et la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt. Les détonations provenaient de l’extérieur, à un niveau supérieur, vers le hall de l’hôtel.
Wolf Blitzer, le journaliste vétéran de CNN, était sorti à ce moment-là de la salle de réception pour se rendre aux toilettes. Sur le retour, un membre du Secret Service l’a plaqué au sol, alors que l’assaillant ouvrait le feu, selon son récit à l’antenne. Wolf Blitzer a assuré qu’il se trouvait déjà à l’intérieur du périmètre de sécurité. Un agent qui intervenait pour le neutraliser a été sauvé par son gilet pare-balles. Blessé, il a été transporté à l’hôpital. Une caméra de surveillance a saisi, en noir et blanc, les images du suspect courant littéralement entre les agents, comme s’il avait le moindre espoir de les semer. Les enquêteurs estiment qu’il aurait agi seul. Un « loup solitaire », a suggéré Donald Trump. Ni sa cible, si ses motivations n’étaient claires samedi soir.
« Cet individu avait l’intention de causer autant de torts et de dégâts qu’il le pouvait », a assuré la procureure du district de Columbia, Jeanine Pirro. Le suspect, âgé de 31 ans et originaire de Californie, n’avait pas d’antécédents judiciaires. Il était armé d’un fusil à pompe, d’un pistolet et de plusieurs couteaux, selon la police, qui le soupçonne d’avoir été un client de l’hôtel. Cela soulève des questions sérieuses au sujet du dispositif de sécurité et des vérifications élémentaires sur les occupants des chambres, lors d’un événement d’une telle envergure, en présence du président. Le suspect, qui comparaîtra lundi devant un tribunal, sera dans un premier temps inculpé pour deux faits : emploi d’une arme à feu pendant un crime violent et attaque contre un officier fédéral avec une arme dangereuse.
Dans la salle avaient pris place les principaux conseillers du président américain, les membres de son cabinet, ainsi que des centaines de journalistes, en smokings et robes de soirée. Une cohabitation mondaine très inhabituelle et même improbable, en raison des rapports conflictuels – euphémisme – entre l’administration et la presse. Sachant que Donald Trump avait choisi d’honorer ce rendez-vous de sa présence, les personnalités de l’administration s’étaient bousculées pour obtenir un rond de serviette. Le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, et son collègue à l’intérieur, Doug Burgum, étaient invités à la table de la chaîne NBC. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, à celle du New York Post.
Lorsque Donald Trump a été évacué, un mélange d’incrédulité et de stupéfaction a traversé la salle, puis des cris ont fusé, certains convives se cachant sous les tables. Malgré le réseau téléphonique catastrophique, des journalistes ont immédiatement retrouvé leurs réflexes et livré de premiers témoignages sur les antennes, à l’aide de leurs téléphones portables.

Donald Trump livre son récit de la soirée
A 21 h 17, Donald Trump, qui n’avait toujours pas quitté le bâtiment, publiait un message sur son réseau Truth Social. « Sacrée soirée à DC. Le Secret Service et les forces de l’ordre ont fait un boulot fantastique. Ils ont agi rapidement et courageusement. Le tireur a été appréhendé, et j’ai recommandé de “laisser le spectacle se poursuivre” mais je suivrai complètement [la recommandation des] forces de l’ordre. Ils prendront rapidement la décision. »
A 21 h 28, la poignée de journalistes couvrant l’événement au sein du pool présidentiel étaient escortés précipitamment vers les véhicules du convoi. Donald Trump quittait les lieux, conformément au protocole de sécurité. Sur scène, la présidente de la WHCA, Weijia Jiang, visiblement secouée, prenait la parole. Le dîner était reporté et il se tiendra d’ici à un mois. « Le président va tenir un point presse à la Maison Blanche dans trente minutes. » Rires nerveux dans la salle. « Ce n’est pas une blague », précisait-elle.
D’un calme total, d’un ton égal, n’hésitant pas à plaisanter, respectueux comme jamais envers les journalistes, Donald Trump est apparu en smoking dans la salle de presse de la Maison Blanche. Il a appelé les Américains à « résoudre [leurs] différences pacifiquement » et a évoqué « la quantité énorme d’amour » qui animait l’assistance au dîner. « On ne va laisser personne prendre le contrôle de notre société », a tranché le magnat, répétant que l’évènement aurait bien lieu dans les semaines à venir. A ses côtés, près du pupitre, se trouvaient le procureur général des Etats-Unis par intérim, son propre ex-avocat Todd Blanche, et le directeur de la police fédérale (FBI), Kash Patel. Ils se sont tous deux exprimés brièvement. J. D. Vance était aussi là, silencieux.
Donald Trump a livré son récit de la soirée, rendant hommage aux forces de police et au Secret Service pour leur réactivité. « J’ai entendu un bruit et j’ai cru que c’était un plateau qui tombait, a-t-il expliqué au sujet des détonations. (…) Le bruit était assez fort et assez éloigné. Il n’avait absolument pas pénétré dans la zone. » Le président a insisté sur le fait que l’assaillant « avait un long chemin à faire. C’était vraiment la première ligne de défense. Et ils l’ont eu. » Donald Trump a confirmé qu’il avait insisté pour rester sur les lieux, avant de renoncer. « J’étais vraiment prêt à tout défoncer [dans son discours devant les journalistes]. J’ai dit à mes proches, ce serait le discours le plus inapproprié jamais prononcé si je le faisais. »

Une théorie du complot émerge au sein du monde MAGA
Disant qu’il avait « étudié les assassinats », citant le cas d’Abraham Lincoln, le milliardaire a expliqué que les présidents les plus visés étaient « ceux qui produisent le plus grand impact ». Avant d’ajouter : « Je déteste dire que cela m’honore, mais j’ai fait beaucoup. » Donald Trump a ainsi suggéré l’idée qu’il était la cible de l’assaillant, tout en reconnaissant que celui-ci se trouvait à une distance appréciable de lui. « Nous avons changé ce pays, et beaucoup de gens ne sont pas heureux à ce sujet. » Un peu plus tard, lors de la conférence de presse, le président s’amusait même. « Personne ne m’avait dit que c’était une profession si dangereuse. »
Donald Trump a été la cible de deux tentatives d’assassinat au cours de la dernière campagne présidentielle. Le 13 juillet 2024, lors d’un meeting à Butler (Pennsylvanie), un jeune homme de 20 ans dissimulé sur le toit d’un bâtiment adjacent avait tiré vers le podium, une balle frôlant l’oreille du candidat républicain. Donald Trump s’était relevé et avait brandi le poing face à ses supporteurs, dans une scène devenue iconique. Curieusement, une théorie du complot a émergé ces dernières semaines au sein du monde MAGA (« Make America great Again »), mettant en doute la réalité de cette tentative d’assassinat.
La seconde avait eu lieu le 15 septembre 2024. Un Américain de 58 ans, Ryan Routh, planquait derrière le grillage le long du parcours de golf, au Trump International Golf Club, à Wast Palm Beach (Floride), attendant l’arrivée du président. Il était armé d’un fusil d’assaut du type AK-47. Un agent du Secret Service, l’ayant repéré, était parvenu à le mettre en fuite, avant son arrestation.
Devant ce même hôtel Hilton de Washington, en mars 1981, le président Ronald Reagan avait été blessé par balles, tirées par un homme déséquilibré. « Ce n’est pas un immeuble particulièrement sécurisé », a expliqué, samedi, Donald Trump, en profitant de ce moment pour défendre une nouvelle fois le projet de salle de bal gigantesque, en construction à la place de l’aile orientale de la Maison Banche. « Nous avons besoin de la salle de bal. C’est pour ça que le Secret Service, c’est pour ça que l’armée la demandent. Ils la voulaient depuis 150 ans pour de nombreuses raisons différentes. Mais ce jour est un peu différent, parce qu’aujourd’hui, nous avons besoin de niveaux de sécurité comme personne n’en a probablement vu auparavant. »

Par Piotr Smolar
Le Monde du 26 avril 26

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