« Notre voix restera claire et forte, et les libertés triompheront », scandaient ce vendredi 13 mars des militants et des amis du rappeur Jaafar Al-Taffar, qui manifestaient à 14 h devant le tribunal militaire à Beyrouth pour exiger sa libération et dénoncer le traitement infligé aux dissidents et aux critiques par l'État policier pendant la guerre.
Dans ce contexte, l'avocate Fidaa Abdel Fattah revient sur l'arrestation et le déroulement de l'enquête. Elle indique que mardi, Al-Taffar a été convoqué par les services de renseignement militaire. Il s'y est rendu de son plein gré, pensant que la convocation était liée à une altercation avec un agent. Cependant, la véritable raison est apparue à son arrivée pour l'interrogatoire : « Ils lui ont reproché une vidéo qu'il avait publiée sur Facebook, dans laquelle il critiquait le président et la position du gouvernement sur l'actualité.» C'est ce qu'Al-Taffar a confié à Abdel Fattah après leur rencontre, trois jours après son arrestation et sa disparition.
Abdel Fattah raconte ce qui s'est passé. Sa famille est allée le voir mercredi, le lendemain de son arrestation, à son lieu de détention à Aramoun, mais on leur a refusé l'accès, « comme s'il était en exil ». Le soir même, Abdel Fattah et son père sont allés le voir, pour découvrir qu'il avait été transféré à la Direction du renseignement militaire du ministère de la Défense, « comme si l'affaire relevait de la sécurité nationale ». Le lendemain, Abdel Fattah s'est rendue à la Direction, où l'interrogatoire a eu lieu en sa présence. « Cela a duré environ deux heures et s'est globalement bien passé. Les enquêteurs étaient coopératifs, et nous sommes repartis avec la certitude qu'il serait libéré le lendemain après avoir contacté le juge Claude Ghanem. » La journée d'hier s'est écoulée sans nouvelles, et aujourd'hui, lorsqu'Abdel Fattah s'est rendue au ministère, elle a constaté avec surprise que la procédure avait changé. Un des enquêteurs lui a dit d'un ton sec qu'ils attendaient « le rapport technique concernant son téléphone, alors même que ce dernier était en leur possession depuis son arrestation mardi ».
Abdel Fattah ne voit aucune explication à cette arrestation pour un simple extrait de chanson, dans le contexte actuel d'agressions, si ce n'est qu'elle constitue un nouvel obstacle aux efforts des autorités pour faire taire toute critique. Par conséquent, la seule explication plausible à cette arrestation arbitraire est que les autorités « tentent d'intimider toute personne qui critique ou s'oppose à leur politique, comme en témoigne la durée de la détention. Si un ordre de libération n'est pas émis aujourd'hui, il ne sera pratiquement pas libéré avant lundi ou mardi. »
(Correspondance locale - Beyrouth, le 13 mars 2026)

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