Tandis que le monde a les yeux rivés sur la guerre du Golfe et l'agression israélo-américaine contre l'Iran, avec son cortège de bombes, de frappes aériennes, de missiles balistiques, de budgets militaires colossaux, d'alliances internationales, de crise énergétique et de conditions pour un cessez-le-feu, des guerres de moindre ampleur se déroulent sur le terrain, dans les villages palestiniens de Cisjordanie. Loin des écrans des analyses stratégiques, ces villages sont la cible d'attaques de colons et d'incursions de l'armée, faisant des victimes. Certains de ces incidents sont rapportés, d'autres non, tant ces crimes, devenus quotidiens, sont nombreux.
Dimanche 15 mars, juste avant l'aube, alors que le monde avait les yeux rivés sur le Golfe et Tel-Aviv, une unité des forces spéciales israéliennes a tué quatre membres d'une même famille.
Chaque fois qu'un tel crime est commis, la même question se pose : jusqu'où l'occupation peut-elle sombrer dans la barbarie lorsqu'elle devient une réalité quotidienne, au point de faire perdre aux populations leur capacité à reconnaître l'humanité d'autrui ?
Une famille entière du village de Tammoun, dans le district de Naplouse : le père, Ali Khaled Bani Odeh, sa femme et leurs deux enfants, âgés de cinq et sept ans. Deux autres enfants ont survécu. Dans les minutes qui ont suivi l'incident, le récit habituel a circulé dans certains médias israéliens : une unité spéciale a tué quatre « terroristes ». Un seul mot, lancé à la hâte, comme pour tout expliquer. Ces mêmes médias ne présentent aucune excuse pour avoir qualifié les enfants de terroristes après que la vérité a éclaté ; au contraire, ils continuent de publier leurs informations et analyses comme si de rien n'était.
Selon la version officielle, la famille rentrait en voiture d'une excursion à Naplouse. D'après l'un des deux enfants rescapés du massacre, le père et sa femme avaient reporté au lendemain l'achat des vêtements de l'Aïd pour leurs enfants.
La manipulation des mots sert de paravent au crime. Une fois les victimes qualifiées de « terroristes », les auteurs sont dédouanés. La seule justification avancée par ces soldats est que la voiture transportant les victimes ne s'est pas arrêtée ou qu'elle a avancé vers eux. L'enfant qui a survécu au massacre témoigne que les soldats l'ont battu, lui et son autre frère survivant, et qu'il les a entendus traiter les martyrs de sa famille de chiens. Les forces d'occupation ont également empêché les équipes médicales d'atteindre la voiture où se trouvait la famille martyrisée, sauf après un délai.
À ce moment-là, le débat ne porte plus sur une confusion ou une erreur d'identification de la cible, mais bien sur une idéologie entière qui déshumanise les victimes.
Le discours de l'occupation a été mis à nu et ne peut plus être passé sous silence, car parmi les victimes figuraient des enfants, une femme et son mari. Mais que se serait-il passé si la voiture avait transporté quatre jeunes hommes partis se promener à Naplouse et tués dans une embuscade sur le chemin du retour vers leur village ? Bien sûr, le crime aurait été présenté comme s'ils étaient, apparemment, armés ou en train de préparer une action contre les forces d'occupation, et la vérité serait restée cachée. Les soldats auraient même pu être dépeints comme ayant accompli un acte héroïque.
Depuis des décennies, les noms d'enfants palestiniens sont devenus des symboles tragiques de l'humanité, et les exemples sont innombrables. Les plus horribles se sont produits lors de la récente guerre d'extermination dans la bande de Gaza, avec son nombre effarant de victimes enfantines.
Le langage des chiffres masque l'ampleur de la tragédie humaine. La mort d'un seul enfant est une tragédie, mais lorsque des milliers de personnes sont tuées, cela se réduit, dans le discours politique, à une froide statistique. Lorsque le massacre de Palestiniens, l'intrusion dans leurs maisons et leurs fermes pour les tuer sur place, devient une chose quotidienne, cet événement est banalisé, une fatalité que la majorité de la population israélienne, endoctrinée par la manipulation médiatique et l'incitation à la haine fasciste, finit par accepter.
Dans le cas de Tammoun, l'histoire revient à ses origines simples et brutales : des enfants tués et d'autres survivants, hantés par le souvenir de cette nuit d'horreur. Ces récits se répètent depuis la Nakba jusqu'à aujourd'hui, sous des formes encore plus barbares et sauvages. Nous entendons encore des témoignages de personnes âgées ayant survécu aux massacres lorsqu'elles étaient enfants, qui transmettent leurs récits aux générations suivantes.
L'occupation ne se résume pas au contrôle des terres et des biens, ni même à des meurtres barbares. Elle laisse aussi des traces indélébiles : humiliation, peur, colère, cicatrices, haine et soif de vengeance. Lorsqu'un enfant est qualifié de « terroriste », le problème n'est pas un incident isolé, mais une réalité entière imprégnée des théories racistes et ethnocentriques les plus abjectes, qui déshumanisent autrui et rendent son meurtre facilement justifiable par la rhétorique. Lorsqu'un enfant devient un « terroriste », le crime devient un simple fait divers, et la conscience humaine devient la victime ultime.
Souheil Kiwan
Le 16 mars 2026
Traduit de l'arabe par Roland Richa

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