« Nous voulons que Chypre soit démilitarisé et sans troupes étrangères », exige Stefanos Stefanou du parti communiste chypriote

 

L'entrée de la base de la Royal Air Force britannique, à Chypre. « Notre parti était contre les accords qui ont donné son indépendance à Chypre tels qu’ils étaient négociés, car les installations britanniques y étaient incluses », explique Stefanos Stefanou.©Alexis Mitas / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP
Les communistes chypriotes contestent la présence de bases britanniques depuis l’indépendance. Après l’envoi d’un drone Shahed iranien visant l’une d’entre elles, Stefanos Stefanou, le secrétaire général d’Akel, entend œuvrer à la diplomatie entre l’Union européenne et les pays de la région en favorisant une zone exempte d’armes nucléaires.

En tant que poste avancé de l’Union européenne (UE) en Méditerranée orientale, Chypre peut-elle jouer un rôle dans la stabilité régionale ?
Je crains que son rôle ne soit limité dans la période. Chypre fait désormais partie du problème. L’île abrite deux bases militaires britanniques dont nous demandons qu’elles ne servent pas de rampe de lancement pour des opérations des États-Unis.
Chypre et l’UE auraient intérêt à servir le droit international afin que la diplomatie soit remise au centre et que cette guerre illégale, lancée par Israël et les États-Unis, s’achève.

Quels impacts pourrait avoir cette guerre pour Chypre ?
Cette guerre pourrait affecter différents secteurs de notre économie. La flambée des prix du pétrole mais aussi de l’électricité et des produits de base entraîne une inflation. Or le coût de la vie, déjà conséquent, risque encore de grimper. Cela risque de marginaliser la partie de la population la plus vulnérable.
L’économie de Chypre repose aussi sur le tourisme. Les effets de cette guerre, dont on ne pressent pas la fin pour l’heure, se font déjà sentir sur ce secteur.

Le renforcement de la présence militaire européenne contribue-t-il à la sécurité ou à l’exacerbation des tensions ?
Chypre a requis la contribution européenne pour assurer sa sécurité après la frappe qui a touché la base britannique. Cette attaque a fait parler à l’excès. Cela a fait monter les inquiétudes et le sentiment d’insécurité dans la population, qui a pu penser que le pays était impliqué dans la guerre.
Ce qui n’est pas le cas. Je note que ce ne sont pas les institutions européennes qui ont pris cette décision d’envoyer des navires de guerre mais des pays à titre individuel. Lorsqu’il est venu à Chypre, Emmanuel Macron a fait des déclarations qui ont grossi le trait ; il a parlé de tirs de missile alors qu’il s’agissait d’un drone.
On verra sans doute dans la prochaine période quelles étaient ses intentions réelles en faisant de telles déclarations. Et chacun en tirera les conclusions. Historiquement, la Méditerranée orientale a toujours suscité l’intérêt de la France. Jusqu’à présent, l’Union européenne s’est illustrée par son suivisme à l’égard de Donald Trump.
Elle ne pose jamais de limites aux violations du droit international. Cette incapacité à définir sa propre voie donne encore plus de force au président états-unien, un dirigeant d’extrême droite dont on ne peut prévoir les actions à court terme. L’Europe se place dans une position inconfortable de spectatrice et l’on voit à quel point Trump tente d’attirer les Vingt-Sept dans cette guerre.

Dès lors, comment protéger Chypre ?
Dès le départ, Akel a exprimé son opposition à l’établissement de bases britanniques. C’est la raison pour laquelle notre parti était contre les accords qui ont donné son indépendance à Chypre tels qu’ils étaient négociés, car les installations britanniques y étaient incluses.
Nous voulons une île démilitarisée et sans troupes étrangères pour promouvoir la coopération et la paix dans la région. Depuis 1960, nous organisons des marches pour la paix et différentes initiatives pour le démantèlement de ces bases.

Quel impact a la division de l’île sur la capacité de Chypre à jouer un rôle indépendant dans la région ?
Le problème de l’occupation turque à Chypre entrave non seulement le retrait britannique total mais aussi le rôle que notre pays pourrait endosser dans la région. La résolution du problème chypriote, la fin de l’occupation de la partie nord par la Turquie et la réunification de notre pays, demeure notre priorité. Il faut en finir avec cette anomalie afin que nous puissions exercer notre autorité sur l’ensemble du territoire.

Chypre entretient désormais une coopération poussée avec Israël, notamment sur le plan militaire. Quelles sont les conséquences ?
Elles sont négatives. Nous avons critiqué la politique extérieure du gouvernement actuel, mais aussi du précédent, en ce qu’elle affecte les relations traditionnelles de notre pays avec les autres pays de la région. Nous devons utiliser notre position pour promouvoir les relations bilatérales et multilatérales et devenir un pont de coopération et de paix. Akel a travaillé à une proposition pour faire de la région une zone exempte d’armes nucléaires.
Nous sommes pour la fin des alliances militaires mais également contre l’entrée dans l’Otan telle que proposée par le président. Intégrer cette alliance lierait Chypre aux plans impérialistes. Utiliser Chypre comme porte-avions insubmersible permettrait seulement aux États-Unis de renforcer leur contrôle sur la région.

Lina Sankari
L'Humanité du 25 mars 2026

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