Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, ont annoncé mardi soir la suspension, pour le moment, du projet de loi exemptant les Haredim du service militaire. Ils ont indiqué que le gouvernement reportait son examen en raison des exigences de la guerre et des contraintes financières qui en découlent.
Dans une déclaration vidéo conjointe, Netanyahu et Smotrich ont déclaré avoir décidé de « mettre de côté le projet de loi à ce stade », alors que le gouvernement s'apprête à approuver une augmentation significative du budget de la sécurité, incluant le transfert de plusieurs dizaines de milliards de shekels à l'armée.
Netanyahu a affirmé que les exigences de la guerre nécessitaient d'allouer des ressources financières substantielles au budget de la sécurité, ajoutant : « Il ne faisait aucun doute que nous devions aller au combat. » Il a poursuivi : « Mais la guerre coûte cher, très cher, et c'est pourquoi nous devons allouer un budget spécial en temps de guerre. »
Le gouvernement devrait se réunir dans la nuit pour approuver une augmentation de plusieurs milliards de shekels du budget de la sécurité, ainsi qu'une réduction de 3 % des budgets de tous les autres ministères afin de financer cette hausse.
De son côté, M. Smotrich a déclaré que la guerre avait mis de côté les désaccords au sein de la coalition gouvernementale, précisant que les discussions sur le projet de loi d'exemption pour les hommes ultra-orthodoxes seraient reportées, de même que « plusieurs autres réformes qui n'ont pas encore recueilli un large consensus ».
M. Smotrich a ajouté que le transfert de ressources vers le budget de la sécurité se ferait au détriment d'autres secteurs du budget général, déclarant : « Nous souhaitions que ce budget apporte de meilleures nouvelles aux citoyens israéliens, notamment en ce qui concerne le coût élevé de la vie, mais la responsabilité qui nous incombe désormais nous impose de nous concentrer sur l'adoption immédiate de ce budget pour des raisons de sécurité nationale. »
Cette annonce intervient alors que de nombreux hommes ultra-orthodoxes soumis à la conscription sont de facto exemptés du service militaire sans aucun cadre légal, une situation qui a suscité de vives critiques politiques et juridiques, en particulier de la part de l'opposition. La Cour suprême israélienne a statué en juin 2024 qu'en l'absence de loi régissant l'exemption du service militaire des étudiants des séminaires religieux Haredi, l'État devait s'efforcer de les recruter, car cela relève de l'application de la loi sur le service obligatoire.
La Cour a également ordonné la suspension du financement des yeshivas (écoles religieuses juives) dont les élèves ne font pas leur service militaire, une décision qui met fin de facto au dispositif d'exemption massive du service militaire pour les juifs ultra-orthodoxes.
La semaine dernière, la Cour suprême a critiqué le gouvernement pour son inaction face à la conscription, déplorant notamment le manque de coordination entre la police et l'armée, les deux corps chargés de faire respecter la loi en cas d'insoumission.
Le projet de loi de finances a été adopté en première lecture à la Knesset et devrait être adopté en deuxième et troisième lectures avant la fin du mois, condition nécessaire à la poursuite du fonctionnement du gouvernement.
Selon des sources israéliennes, les partis ultra-orthodoxes devraient soutenir l'adoption du budget de l'État pour 2026, même sans l'approbation de la loi exemptant les hommes ultra-orthodoxes du service militaire, compte tenu du conflit en cours. Lors du premier vote sur le budget, les députés des partis Shas et Degel HaTorah ont voté pour, tandis que ceux du parti Agudat Yisrael ont voté contre. Le chef du Shas, Aryeh Deri, n'a pas participé au vote.
Le projet de loi a été adopté par 62 voix contre 55.
Les partis ultra-orthodoxes avaient menacé de ne pas soutenir le budget si la loi exemptant les hommes ultra-orthodoxes du service militaire n'était pas adoptée. Moshe Gafni, chef du parti Degel HaTorah, a déclaré que son parti ne soutiendrait pas le budget si la loi n'était pas votée, tandis que le porte-parole du Shas, Asher Medina, a affirmé que son parti s'était non seulement engagé à faire avancer le projet de loi, mais s'attendait également à ce qu'il soit adopté en deuxième et troisième lecture.
Par ailleurs, le ministre de la Construction et du Logement et chef du parti Agudat Yisrael, Yitzhak Goldknopf, avait annoncé en novembre dernier qu'il ne soutiendrait ni le gouvernement ni ne voterait pour le budget si la loi exemptant les hommes ultra-orthodoxes du service militaire n'était pas adoptée.
(Correspondance locale - Al Qods, mardi 10 mars 2026)

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