Depuis le 2 mars, 912 personnes, dont 111 enfants, ont été tuées par l’armée israélienne. L’objectif semble être, comme à Gaza, de vider le territoire du Liban du Sud pour le détruire entièrement.
La phrase, prononcée par Ted Chaiban, le directeur adjoint de l’Unicef, fait froid dans le dos : « C’est une classe par jour depuis le début de la guerre qui a été soit tuée, soit blessée au Liban. » Soit, selon les chiffres du ministère libanais de la Santé, 111 enfants morts et 334 autres blessés par les bombes et les balles de l’armée israélienne en seize jours. « Ils paient un tribut terrible. La première chose que nous demandons est une désescalade », a ajouté Ted Chaiban.
Le pays n’en prend pas le chemin. Ce mercredi, les attaques israéliennes se sont poursuivies, et même intensifiées. Elles ont visé plusieurs villes et localités autour de Bint Jbeil, Marjayoun, Nabatieh et Tyr. Bien au-delà du fleuve Litani, que Tel-Aviv a désigné comme limite de la « zone tampon » instaurée.
À Khiam, localité située à l’est de Marjayoun, l’armée a mené une attaque terrestre couplée à des tirs d’artillerie sur plusieurs quartiers, utilisant des munitions au phosphore, selon des témoignages.
« Pas de maison, pas d’école »
Les bombardements israéliens ont aussi visé la capitale, Beyrouth, pilonnée parfois sans avertissement, tuant 12 personnes et en blessant 41 autres. « Le bruit était terrifiant, tout Beyrouth a été secoué », témoigne Sarah Saleh, une habitante du quartier de Bachoura citée par l’AFP. L’une des cibles était le directeur des programmes d’Al Manar, la chaîne de télévision du Hezbollah.
À Saïda, la troisième ville du Liban à l’histoire millénaire et porte d’entrée vers le sud du pays, c’est un exode massif, avec l’arrivée de dizaines de milliers de Libanais déplacés de force, fuyant les bombardements et l’avancée de l’armée israélienne dans le sud du Liban.
Les ordres d’évacuation ont provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes, dont 350 000 enfants, depuis la « zone rouge » décrétée par Israël. « Cela perturbe complètement la vie des enfants. Pas de maison, pas d’école », a relevé Ted Chaiban.
Une « zone rouge » qui occupe désormais 14 % du pays
Ce mercredi matin, l’armée israélienne a également enjoint de quitter le territoire à l’ensemble des habitants en deçà du fleuve Zahrani, situé à une trentaine de kilomètres au nord de l’autre fleuve, le Litani. Une nouvelle extension de la « zone rouge » qui concerne désormais 14 % du territoire libanais.
Selon son porte-parole, Avichay Adraee, l’objectif de l’armée est de couper les ponts, en attaquant « les points de passage sur le fleuve Litani ». Pour Fouad Khoury-Helou, chercheur spécialiste du Liban et ancien directeur du quotidien libanais l’Orient-le Jour, la question qui se pose est de savoir si Israël « va décider d’envahir le Liban pour pourchasser le Hezbollah ».
Depuis le début de cette guerre, justifiée par le gouvernement israélien par les attaques du Hezbollah, 912 personnes ont été tuées, pour la plupart des civils. Ce jeudi, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, est attendu à Beyrouth pour s’entretenir avec le président, Joseph Aoun, le premier ministre, Nawaf Salam, et le président de la Chambre, Nabih Berry, afin d’œuvrer à un cessez-le-feu. Mais c’est bien à Tel-Aviv que le bellicisme s’exprime avec force, malgré les demandes – risibles – de la France à Israël de cesser ses opérations terrestres au Liban.
Benjamin König
L'Humanité du 18 mars 2026

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