Le convoi humanitaire « Notre Amérique » à destination de Cuba a mobilisé plusieurs centaines de militants associatifs et politiques. L’objectif : réaffirmer l’urgence du droit international face à « l’impérialisme criminel » états-unien.
Les militants d’Amérique et d’Europe emplissent le palais des Conventions de La Havane, ce vendredi 20 mars. Quel autre lieu que celui-ci, la plus grande salle de réunion cubaine, inaugurée lors du quatrième sommet du mouvement des non-alignés en 1979, pour accueillir la solidarité internationale avec la Grande Île ?
Toute la semaine, plus de 140 organisations venues de 33 pays ont rejoint le convoi humanitaire « Notre Amérique » pour débarquer à Cuba, étranglée par le blocus inhumain et illégal décrété par les États-Unis. L’objectif : livrer du matériel médical et photovoltaïque, nouer des liens durables et mettre en lumière les conséquences dramatiques du blocus. Mais la solidarité internationale n’a pas attendu que les premiers bateaux partis du Yucatan, au Mexique, atteignent le Malecon de La Havane.
De nombreux pays viennent en aide à Cuba : le Chili, le Vietnam, le Mexique, contraint d’arrêter ses livraisons de pétrole sous la pression de Washington mais qui a envoyé 800 tonnes de médicaments. La Chine, aussi, avec 80 millions de dollars et 90 000 tonnes de riz, dont les deux tiers sont déjà arrivés sur l’île. Ce 24 mars, les Nations unies, craignant un « effondrement humanitaire », ont proposé un plan d’aide de 94 millions de dollars pour livrer du pétrole. Quant à la Russie, elle a envoyé un pétrolier de plus de 700 000 barils vers Cuba, qui n’a pas encore été détourné par les États-Unis. Ces derniers avaient exclu le pays socialiste des dérogations sur les exportations de pétrole russe, la semaine dernière.
Le langage colonial de Donald Trump
« En cette année du centenaire de Fidel, aucun pétrolier n’est arrivé à Cuba, constate Fernando Gonzalez Llort, président de l’Institut cubain d’amitié avec les peuples (Icap) et l’un des « cinq de Miami » détenus pendant de longues années par les États-Unis. Vous n’avez pas besoin d’être cubain ou socialiste pour apporter votre soutien à l’île. Donald Trump semble avoir les mains libres, et cette situation illégale est acceptée, elle n’est même plus questionnée. »
À l’initiative de Progressive International, le convoi humanitaire a rassemblé des figures politiques et associatives telles que le représentant britannique Jeremy Corbyn, le streamer états-unien Hasan Piker ou les eurodéputés de La Gauche Emma Fourreau (LFI) et Marc Botenga (PTB). « C’est aussi une attaque contre le socialisme, car l’impérialisme états-unien a peur d’une alternative au capitalisme, soutient l’élu belge. Le langage colonial utilisé par Donald Trump est le même qu’à Gaza. La réaction humaine à cet impérialisme criminel, c’est aussi Cuba qui nous l’a montrée, en envoyant des enseignants ou des médecins à l’étranger, y compris pendant la pandémie de Covid. »
Une délégation du Parti communiste français, dont « le courage et la présence à ce moment critique » ont été salués par tous les responsables cubains, était porteuse de la lettre adressée par Fabien Roussel à Emmanuel Macron, le 3 février dernier. Elle accompagnait les conteneurs envoyés depuis l’Hexagone dans le cadre d’une campagne nationale du parti.
En écho au président Miguel Diaz-Canel appelant à « construire les ponts que l’impérialisme ne peut détruire », les représentants des pays d’Amérique, forcément inquiets de la conduite de Washington, ont réaffirmé « l’urgence d’en revenir au droit international », selon les mots de la députée colombienne Maria Fernanda Carrascal, la gorge nouée à l’évocation d’une « intervention militaire qui reste possible » dans son pays comme à Cuba.
Les larmes de Diaz-Canel
La même émotion submerge Miguel Diaz-Canel au cours de sa longue diatribe à la tribune : « Pourquoi serions-nous une menace, alors même que le coup d’État dictatorial de Fulgencio Batista était appuyé par les États-Unis ? Alors même que Fidel et le Che l’ont défait ? Alors que dans le bateau états-unien que nous avons intercepté il y avait des armes ? Que lorsqu’ils ont enlevé Nicolas Maduro et Cilia Flores, ce sont des Cubains qui sont morts ? » En évoquant ces 32 soldats tués à Caracas, le président cubain s’interrompt, les larmes aux yeux, et la salle l’applaudit. Beaucoup d’États-Uniens étaient présents, notamment les membres du groupe féministe et pacifiste Code Pink ou ceux du People’s Forum.
Vers les hôpitaux sont acheminées des valises entières de médicaments et de matériel médical. Un concert du groupe nord-irlandais Kneecap est donné au Pabellon de La Havane, avant qu’une coupure générale n’interrompe la fête. La solidarité peut aussi coûter cher : à leur retour de Cuba, le militant Thiago Avila (au Panama), la journaliste Katie Halper (à Miami) et le syndicaliste Chris Smalls (à Miami également) ont été arrêtés pour être interrogés. Pas de quoi freiner le mouvement populaire, avec les prochaines journées mondiales de mobilisation pour Cuba, les 11 et 12 avril prochains, et le 11 à Paris et dans toute la France.
Axel Nodinot
L'Humanité du 26 mars 2026

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