« Le gouvernement britannique a contribué au massacre de civils palestiniens » : le « Tribunal pour Gaza » de Jeremy Corbyn dévoile ses conclusions sur le génocide

 

Le cofondateur du parti de gauche « Your Party » a dévoilé, lundi 16 mars, les conclusions de son « Tribunal pour Gaza », tenu du 4 au 5 septembre 2025, à Westminster.Vuk © Valcic/ZUMA Press Wire/ABACAPRESS
Le « Tribunal pour Gaza » a dévoilé, lundi 16 mars, son rapport sur la complicité du Royaume-Uni dans le génocide commis par Tel-Aviv en Palestine. Coprésidé par la figure de la gauche britannique Jeremy Corbyn, cette enquête confirme que Londres aurait dû « mettre fin à toutes ses exportations d’armes vers Israël ».
L’ancien chef de file du Parti travailliste Jeremy Corbyn espère contribuer au démontage de la « campagne de mensonges, d’esquives et de dissimulation » menée par son ancien camp politique. Le cofondateur du parti de gauche « Your Party » a dévoilé, lundi 16 mars, les conclusions de son « Tribunal pour Gaza », tenu du 4 au 5 septembre 2025, à Westminster.
Ce rapport long de 112 pages, fruit d’entretiens avec des avocats, lanceurs d’alerte, anciens membres du ministère des Affaires étrangères britannique et réfugiés palestiniens, confirme que le gouvernement de Keir Starmer aurait dû « mettre fin à toutes ses exportations d’armes vers Israël ». Le tout en vertu de son devoir de prévenir un génocide.

Une affaire portée devant un tribunal des Nations unies
Les trois initiateurs du projet – Jeremy Corbyn, Shahd Hammouri, maître de conférences en droit international et Neve Gordon, professeure de droit des droits de l’homme – égrène ainsi les obligations légales non appliquées par Londres. Ses membres en sont venus à la conclusion que le gouvernement britannique « a contribué au massacre de civils palestiniens (et) à la profanation du droit international ».
Le tribunal présidé par Jeremy Corbyn s’est appuyé sur des preuves recueillies dans le cadre d’une affaire portée devant un tribunal national des Nations unies (ONU) par le Réseau mondial d’action juridique. Ce dernier a constaté que le gouvernement Starmer s’est « imposé l’obligation de demander à Israël une justification » pour des attaques lancées sur Gaza, « ce qui l’a amené à conclure qu’une violation du droit international humanitaire n’avait eu lieu que dans un seul des 413 cas examinés ».
Publiquement, le ministère des Affaires étrangères a imposé trois séries de sanctions contre des colons israéliens accusés de violences en Cisjordanie et s’oppose à toutes les formes de déplacement forcé. En réalité, le gouvernement travailliste a ménagé Tel-Aviv à des fins commerciales. Au total, seule une trentaine de licences d’exportation d’armes ont été rompues… sur un total de 350.
La persistance du Royaume-Uni à fournir des pièces détachées pour les avions F-35 d’Israël est ainsi pointée du doigt. « Environ 15 % de chaque F-35 produit est fabriqué au Royaume-Uni, rappelle le rapport. Le fuselage arrière est fabriqué à Lancaster ; le système d’interception active dans le Kent ; les essais de résistance dans l’East Yorkshire ; les sièges éjectables dans le Buckinghamshire ; les mécanismes de largage d’armes à Brighton. »

« Nous rendrons justice au peuple palestinien »
Or, le jour même où le ministre des Affaires étrangères a annoncé la suspension partielle des licences d’exportation, « un rapport a révélé qu’un F-35 avait été utilisé pour larguer trois bombes de 900 kg lors du massacre d’Al-Mawasi ». Le « Tribunal de Gaza » est né du refus par le gouvernement Starmer d’établir une enquête indépendante sur l’implication du Royaume-Uni dans les crimes de guerre israéliens à Gaza.
Un projet de loi à cet effet avait été déposé par Jeremy Corbyn le 4 juin dernier, à la Chambre des communes britannique. « Tout comme en Irak, le gouvernement fait tout son possible pour se soustraire à tout examen, annonce l’élu de gauche. Nous révélerons toute l’étendue de la complicité britannique dans le génocide et nous rendrons justice au peuple palestinien. »
Le Royaume-Uni a été, comme nombre d’États européens, le théâtre d’une répression de toute voix osant dénoncer le génocide du peuple palestinien par Israël. Mais là où Londres a tiré son épingle de ce jeu sécuritaire, c’est pour son usage intensif d’outils réservés à la lutte contre le terrorisme pour réprimer à grande échelle ce mouvement de solidarité.
Des militants du collectif Palestine Action ont été emprisonnés pendant de longs mois, les poussant à se mettre en danger avec une grève de la faim pour alerter sur leur situation. Près de 3 000 manifestants ont quant à eux été placés en garde à vue entre juin 2025 et février 2026, selon l’ONG Defend Our Juries. La publication de ce rapport doit ainsi permettre de contrer la politique du premier ministre Keir Starmer.
Son camp, le Parti travailliste, est justement attendu au tournant lors des prochaines échéances électorales. Les conclusions du « Tribunal de Gaza » devraient être exploitées par Your Party, formation lancée en juillet dernier par Jeremy Corbyn et la députée Zarah Sultana (anciennement au Labour). La campagne « Votez Palestine 2026 », soutenue par la Campagne de solidarité avec la Palestine (PSC), demande notamment que Gaza figure sur les bulletins de vote, au vu des milliards investis en Israël.
« À ce jour, 1 200 candidats aux élections municipales ont signé l’engagement de la PSC en faveur de la Palestine », rapporte le quotidien britannique The Guardian. En attendant, le tribunal intime au gouvernement de « publier toutes les données relatives aux licences, de rendre publics tous les avis juridiques concernant son obligation de prévenir le génocide, de mettre en place une enquête publique complète et de fournir à la CIJ toutes les images de surveillance qu’il a compilées lors des survols de Gaza par la RAF ».

Tom Demars-Granja
L'Humanité du 17 mars 2026

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