Dans leur ouvrage « Leçons de l'histoire », Will et Ariel Durant affirment que « la nature et l'histoire ne se conforment pas à nos notions de bien et de mal ; elles définissent le bien comme la survie et le mal comme la perte ; l'univers ne favorise pas Jésus par rapport à Gengis Khan ».
Cette citation a été reprise par Benjamin Netanyahu dans un discours qui a suscité l'indignation de certains membres de la droite chrétienne. Cependant, le Premier ministre de l'ennemi ne se contentait pas de répéter la pratique courante de certains auteurs qui, pour étaler leur érudition, assomment délibérément le lecteur de références historiques ou scientifiques. Il souhaitait plutôt offrir un nouvel éclairage sur le contexte intellectuel et religieux qui sous-tend ses décisions.
À cet égard, Netanyahu ne diffère en rien de Ben Gvir ou de Smotrich, ni de tous ceux que nous qualifions d'extrémistes sionistes. Mais, en tant que gardien de l'héritage de son père et mentor Jabotinsky, il résume la question par un principe : on ne peut survivre qu'en éliminant tous ceux qui sont différents de toi ou en désaccord avec toi.
En ce sens, le débat sur les objectifs d'Israël dans sa guerre contre l'Iran, puis contre le Liban, n'a pas l'importance politique que beaucoup lui attribuent. Il s'agit plutôt d'un acte de coercition fondé sur une vision qui considère que Netanyahu ne doit manquer aucune occasion d'agir. Dès qu'il a la possibilité de commettre des actes meurtriers, il déploie toute sa ruse, sa perspicacité et ses capacités. Ce recours à la force n'est pas lié à sa personne, mais à l'institution qu'il représente : Israël.
On dit que le tyran est plus apte à infliger des souffrances, non seulement grâce aux moyens dont il dispose, mais aussi parce qu'il ne connaît aucune limite. Dans ce contexte, l'esprit de Netanyahu, et celui de la grande majorité des colons, fonctionne selon la même logique : « Donnez-nous toutes les idées, bonnes ou mauvaises, mais donnez-nous celles qui nous permettront d'anéantir les autres. » Quant au moment opportun, sur le plan politique ou propagandiste, pour perpétrer de tels actes, il dépend du rapport de forces.
Si la résistance à Gaza disposait de missiles capables d'atteindre le cœur de l'entité et de l'affaiblir gravement, l'anéantissement auquel le monde a assisté en silence n'aurait pas eu lieu. La même réalité s'applique aujourd'hui au Liban et à l'Iran : Israël ne s'empêche pas de commettre des massacres, mais c'est la résistance de ceux qui s'y opposent qui le contraint. Chaque fois qu'un dirigeant israélien s'emporte face à son incapacité à anéantir un groupe entier, quelqu'un lui rappelle : « Ils sont capables de riposter et de commettre des atrocités sur notre sol.»
Ce que l'ennemi n'avait pas compris auparavant, il le comprend peut-être maintenant : l'Iran et la résistance au Liban, en Irak ou au Yémen ne seront soumis à aucune contrainte si l'ennemi franchit les limites militaires du champ de bataille. Cela ne signifie pas que l'ennemi ne tuera ni ne détruira, mais qu'il est parfaitement conscient que quiconque lance des missiles sur des cibles précises peut les faire tomber n'importe où, au cœur même des zones résidentielles et civiles. C'est la leçon cruciale que la résistance a tirée de l'expérience de Gaza.
Dans la confrontation actuelle, Netanyahu se trouve en position délicate. Ses actions en Iran se sont avérées insuffisantes pour inverser la tendance, et toute la propagande diffusée par lui et ses services de renseignement n'a pas atteint son objectif. Si certains pensent que cette campagne visait à servir la stratégie de Netanyahu, qui consistait à persuader le président américain Donald Trump de déclencher une guerre contre l'Iran, le problème est plus profond. Les chefs militaires américains et israéliens reconnaissent qu'il est désormais impossible d'empêcher les missiles iraniens d'atteindre le territoire israélien. De fait, les analyses de sécurité à Washington et à Tel-Aviv indiquent que l'Iran semble avoir préparé un plan pour une guerre prolongée.
Un autre défi pour Netanyahu réside dans le fait que le Hezbollah a lancé la guerre par surprise, choisissant un moment qui a privé l'ennemi de l'effet de surprise et perturbé le plan israélien de frappes dévastatrices contre le Hezbollah et les chefs de la résistance. Cela est devenu évident lors de la première frappe ennemie après le premier barrage de missiles, révélant que le nouvel ensemble de cibles d'Israël manquait de cibles de grande valeur. Plus important encore, le gouvernement ennemi ne possède plus une compréhension globale ou exceptionnelle des capacités, des tactiques et des procédures opérationnelles du Hezbollah.
Ce qui importe le plus à Netanyahu actuellement, c'est d'empêcher les roquettes de s'abattre sur les colonies du nord, d'autant plus que l'ordre d'évacuation émis en octobre 2023 n'a toujours pas été appliqué. Si tel était le cas, ce serait un coup dur porté à l'ensemble de la stratégie ennemie, et pas seulement à son discours. Les événements rapides de la semaine passée indiquent que le plan du Hezbollah aboutira à l'évacuation volontaire de la majorité des habitants des colonies du nord, ce qui ouvrira la voie à une nouvelle escalade de la confrontation et influencera considérablement la décision cruciale concernant un cessez-le-feu.
En réalité, la chance ne sourit plus à l'ennemi ces temps-ci. Cela ne signifie pas que sa capacité de nuisance a totalement diminué, mais il n'est plus en mesure d'en tirer des avantages politiques ou stratégiques. Par conséquent, Israël se retrouve, une fois de plus, confronté non seulement à un accord avec l'Iran, mais aussi à un accord avec le Liban qui prime sur tous les accords précédents. C'est devenu l'objectif central de la résistance dans ce cycle, quelles que soient sa durée et l'ampleur des sacrifices qu'il implique.
Ibrahim al-Amin
Le 25 mars 2026
Traduit de l'arabe par Roland Richa

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