Alors que des élections législatives doivent se tenir d’ici à octobre, les opposants au gouvernement de Benyamin Nétanyahou ont exprimé samedi leur appui à l’opération conjointe avec les Etats-Unis contre le régime de Téhéran. L’opinion publique aussi était prête à une nouvelle offensive.
Israël se préparait au déclenchement de frappes aériennes contre l’Iran depuis plusieurs semaines, plusieurs mois, en réalité, tant les dirigeants israéliens et les experts militaires n’ont cessé de répéter que Téhéran tentait de reconstituer, très rapidement, ses stocks de missiles de longue portée. Ces dernières semaines, la quasi-totalité du monde politique a ainsi déclaré son soutien à une opération militaire conduite par les Etats-Unis et par l’Etat hébreu, signe d’une forme d’union nationale parmi les élites politiques face au régime islamiste.
Yair Lapid, dirigeant du premier parti d’opposition à la Knesset, l’avait exprimé le 23 février alors même qu’il défendait, ce jour-là, une motion de défiance contre le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, à la tête d’une coalition entre la droite nationaliste et l’extrême droite suprémaciste depuis décembre 2022. « Israël ne devrait pas hésiter, même au prix d’une confrontation prudente avec les Américains, à bombarder non seulement des cibles militaires, mais aussi les champs pétroliers et les installations énergétiques iraniens. Cela mettra fin à leur économie, et c’est ce qui fera tomber les ayatollahs », avait estimé M. Lapid.
Un positionnement confirmé alors que les sirènes d’alarme retentissaient dans tout le pays, samedi matin, conduisant des millions d’Israéliens à rejoindre les abris et à cesser toutes leurs activités : « Dans des moments comme ceux-ci, nous sommes solidaires et nous gagnons ensemble. Il n’y a ni coalition ni opposition, seulement un seul peuple et une seule armée, que nous soutenons tous », a-t-il ajouté, samedi, quelques heures après le début de l’offensive conjointe avec les Etats-Unis.
« Tous unis »
« Nous sommes tous unis – et nous vaincrons ! », a lancé, de son côté, l’ancien ministre de la défense Benny Gantz, sur X, après le déclenchement de l’attaque, suivi du rappel en urgence, par l’armée, de 70 000 réservistes. « Aujourd’hui, nous sommes tous unis derrière le gouvernement qui mène la campagne, pour la sécurité d’Israël et de la région », a aussi réagi Gadi Eisenkot, un autre postulant au poste de premier ministre, face à une opération qui vise clairement, selon les termes de MM. Trump et Nétanyahou, un changement de régime.
Naftali Bennett, le leader d’opposition favori dans les sondages – en tout cas avant le déclenchement de cette nouvelle guerre – avait aussi défendu, jeudi, sur Fox News, la chaîne conservatrice américaine, le fait de s’attaquer à ce qu’il appelle la « pieuvre iranienne ». « Ce que nous avons appris, c’est que l’Iran est beaucoup plus vulnérable, beaucoup plus faible. C’est en quelque sorte un tigre de papier », a affirmé celui qui a été premier ministre en 2021 et 2022 et qui aspire à remplacer M. Nétanyahou. « C’est nous qui paierons le prix de toute mesure de rétorsion ou autre chose du même genre. Mais nous comprenons que c’est un prix que nous sommes prêts à payer pour éliminer cette menace du monde », a dit M. Bennett, qui compare la situation au Moyen-Orient à celle de l’Europe avant la chute de l’Union soviétique.
Une famille réfugiée dans un parking souterrain pendant des frappes iraniennes à Tel-Aviv (Israël), le 28 février 2026. ILIA YEFIMOVICH/AFP
L’opinion publique était préparée à cette opération. « Une grande majorité de la population israélienne (62,5 %) estime qu’Israël sera contraint de reprendre les combats contre l’Iran dans les six prochains mois », expliquait l’Institute for National Security Studies (INSS), cercle de réflexion israélien classé à droite, à partir d’une étude réalisée mi-janvier auprès d’un échantillon de 956 personnes.
Le même sondage montrait que le régime iranien constituait la première préoccupation sécuritaire (74 %), devant la Cisjordanie (66 %), Gaza (56 %), le Liban (52 %) et la Syrie (35 %). Les Israéliens connaissent l’ampleur des risques, mais ils perçoivent aussi la possibilité d’une bascule historique alors qu’une partie de la société iranienne s’est révoltée, en janvier, contre le régime des mollahs, au prix de milliers de morts causés par la répression. « Les semaines à venir détermineront les décennies à venir au Moyen-Orient », a résumé, avant le début de l’offensive, l’ancien militaire et ministre de la défense, Yoav Gallant.
Menace « existentielle »
Lors de la précédente attaque contre l’Iran, décidée par M. Nétanyahou en juin, le monde politique avait aussi fait bloc, malgré des dégâts matériels et humains provoqués par la quarantaine de missiles qui n’avaient pas pu être interceptés sur les 550 lancés par le régime du Guide suprême, Ali Khamenei. D’abord, pour marquer son soutien à l’armée de l’air, un des corps les plus respectés en Israël, et au Mossad, dont les succès militaires contre le Hezbollah puis en Iran ont en partie compensé le sentiment d’échec provoqué par l’attaque meurtrière du 7 octobre 2023.
Ensuite, parce que l’Iran représente, pour tout le spectre politique
israélien, de façon assez consensuelle, une menace jugée « existentielle
» à travers son programme nucléaire, ses missiles balistiques et les
actions militaires et terroristes de ses alliés régionaux, notamment le
Hezbollah et le Hamas. L’attaque de juin 2025 avait ainsi recueilli un
large soutien dans l’opinion. « Une majorité de la population, soit 73
%, soutient l’attaque israélienne contre l’Iran, tandis que 18 % s’y
opposent », précisait l’INSS dans une de ses études sur les questions de
sécurité publiée à l’issue de la « guerre de douze jours ».
Cette nouvelle guerre intervient dans une période de campagne électorale. Le terme normal du mandat de la Knesset et donc du gouvernement est fin octobre, quatre ans après la précédente élection. Mais les experts électoraux évoquent plusieurs hypothèses de scrutins anticipés si le gouvernement devait échouer à faire adopter son budget avant fin mars ou si la coalition devait chuter sur le vote de la loi, très contestée, sur la conscription des haredim, les étudiants ultraorthodoxes qui en sont exemptés.
A quelques mois de l’élection, aucun des opposants à M. Nétanyahou n’a réussi à vraiment s’imposer face à l’actuel chef du gouvernement, auréolé du soutien de M. Trump, qu’il a encore revu, début février, à la Maison Blanche pour le convaincre de frapper l’Iran, même si les sondages sont pour l’instant plus favorables à l’opposition qu’à la coalition au pouvoir. Le déclenchement de cette nouvelle guerre devrait un peu plus leur compliquer la tâche.
Par Luc Bronner
Le Monde du 28 février 26
Cette nouvelle guerre intervient dans une période de campagne électorale. Le terme normal du mandat de la Knesset et donc du gouvernement est fin octobre, quatre ans après la précédente élection. Mais les experts électoraux évoquent plusieurs hypothèses de scrutins anticipés si le gouvernement devait échouer à faire adopter son budget avant fin mars ou si la coalition devait chuter sur le vote de la loi, très contestée, sur la conscription des haredim, les étudiants ultraorthodoxes qui en sont exemptés.
A quelques mois de l’élection, aucun des opposants à M. Nétanyahou n’a réussi à vraiment s’imposer face à l’actuel chef du gouvernement, auréolé du soutien de M. Trump, qu’il a encore revu, début février, à la Maison Blanche pour le convaincre de frapper l’Iran, même si les sondages sont pour l’instant plus favorables à l’opposition qu’à la coalition au pouvoir. Le déclenchement de cette nouvelle guerre devrait un peu plus leur compliquer la tâche.
Par Luc Bronner
Le Monde du 28 février 26

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