« De nombreux indices tendent à confirmer une ingérence israélienne dans nos élections législatives », alerte le vice-premier ministre slovène Luka Mesec

 

Un panneau électoral du chef du parti Levica, Luka Mesec, à l’approche des élections législatives slovènes, à Ljubljana, le 14 mars 2026.© Jure Makovec / AFP
Les législatives slovènes se déroulent ce dimanche. Alors que des soupçons d’ingérence se tournent vers une société israélienne, le vice-premier ministre Luka Mesec, membre et porte-parole de Levica (gauche radicale), dresse un bilan de la coalition gouvernementale de centre gauche au pouvoir depuis quatre ans et de son expérience unique en Europe avec l’Espagne.
Reconnaissance de la Palestine, hausse du salaire minimum, logements sociaux… La coalition de centre gauche au pouvoir en Slovénie a tenu un programme ambitieux depuis 2022. Avant le scrutin, Luka Mesec, porte-parole de Levica (gauche radicale) et vice-premier ministre, revient sur les réussites ce mandat.

Levica participe à une coalition menée par les centristes de Gibanje Svoboda (Mouvement pour la liberté), du premier ministre Robert Golob, et qui inclut les sociaux-démocrates (SD). Quel bilan tirez-vous de cette expérience unique en Europe ?
Un bilan très positif. Cette coalition nous a permis de travailler sur les propositions que nous faisions déjà lorsque nous étions dans l’opposition, à commencer par les questions du logement, de la santé ou d’une gestion plus démocratique de l’économie du pays. Je suis fier que nous ayons pu amorcer d’importants projets durant ce mandat, ce que nous n’aurions pas pu faire dans l’opposition.
Le Mouvement pour la liberté était politiquement assez indéfinissable, mais en choisissant de travailler avec nous et les sociaux-démocrates, il s’est placé au centre gauche. Notre gouvernement est même le plus à gauche depuis l’indépendance de la Slovénie, en 1991.
Il a ignoré les requêtes du patronat qui réclamait des baisses d’impôts. Or, en Europe, quand les gouvernements baissent les impôts : on prétend d’abord ne pas toucher aux systèmes de protection sociale, puis la dette publique explose, ce qui justifie finalement des mesures d’austérité… Nous souhaitions éviter un tel scénario et nous y sommes parvenus.

Hausse du salaire minimum, construction de logements sociaux, avez-vous pu tenir vos promesses ?
Le salaire minimum rapporté au salaire médian (1 245 euros) est désormais l’un des plus élevés d’Europe : nous avons atteint la barre des 1 000 euros mensuels. Depuis janvier 2026, aucune personne travaillant huit heures par jour ne doit toucher moins de 1 000 euros par mois.
Cela a fait baisser le taux de pauvreté dans le pays, même si le patronat prétend qu’on augmenterait les salaires sans augmenter la productivité. Nous avions dit que nous construirions 20 000 logements en dix ans, l’opposition a prétendu que nous aurions promis la construction d’ici à la fin du mandat, ce qui est faux et irréalisable. Notre promesse était de mettre en place un système permettant la construction de 2 000 logements par an.
En 2026, 2 000 logements seront construits. Le programme a démarré avec du retard, car il fallait réunir différents acteurs autour de la table : l’État, les constructeurs et les banques d’investissement.

Vous avez permis aux salariés de 58 ans de travailler à 80 % de leur temps, tout en touchant 90 % de leur salaire et en conservant 100 % de leurs droits sociaux. Est-ce une mesure phare à vos yeux ?
En effet, parmi les travailleurs en fin de carrière, l’intérêt est indéniable. Même si nous n’avons pas réussi à imposer cette mesure comme un droit, du fait de l’opposition du patronat. Pour le moment, il s’agit donc d’une négociation de gré à gré.

L’augmentation des dépenses militaires, requise par l’Otan, constitue un point de tension au sein de la coalition…
Lorsque le premier ministre Golob est rentré du sommet de La Haye, en juin 2025, où Donald Trump a exigé des membres de l’Otan qu’ils allouent 5 % de leur PIB aux dépenses militaires, nous avons demandé un référendum. Les sociaux-démocrates se sont joints à nous mais l’opposition a vu un moyen de semer le trouble au sein de la coalition et s’est aussi ralliée à l’initiative.
Robert Golob a botté en touche : si vous souhaitez un référendum, alors il portera sur la sortie de l’Otan. Selon lui, on ne peut pas refuser l’augmentation des dépenses et rester dans l’alliance. Lorsque la motion a été présentée au Parlement, l’opposition a finalement rejeté l’idée d’un référendum.
Pour nous, une augmentation des dépenses militaires est impensable, car cela obligerait à couper dans les dépenses sociales, qui sont notre priorité. Force est de constater que cette question est un point d’achoppement au sein de la coalition.

En interdisant le commerce d’armes avec Israël et les importations en provenance des colonies, la Slovénie est en pointe dans le soutien à la Palestine au niveau européen. Pourquoi n’a-t-elle pas rejoint la plainte portée par l’Afrique du Sud devant la Cour pénale internationale (CPI) ?
Israël commet un génocide à Gaza, et ceux qui l’accomplissent doivent donc être traduits devant la CPI. Le soutien à la démarche sud-africaine a été porté devant notre Parlement, mais celui-ci a rejeté la motion. Ma théorie est la suivante : la Slovénie utilise encore des technologies israéliennes de cyberdéfense.
Il est donc nécessaire de rompre les liens de dépendance avec Israël dans ces domaines stratégiques. Les allégations autour de Black Cube, entreprise fondée par un ancien du Mossad, qui aurait tenté d’interférer dans les actuelles élections, confirment mon sentiment.

Ces allégations sont donc fondées ?
De nombreux indices tendent à le prouver. Des vidéos circulent montrant des individus se présentant comme des hommes d’affaires londoniens d’un fonds d’investissement qui n’existe pas, tentant de compromettre, lors de rendez-vous d’affaires, des partisans de Gibanje Svoboda.
Il est par ailleurs confirmé qu’un représentant de Black Cube était présent en mars 2025 à Ljubljana, ce qui viendrait confirmer une possible ingérence israélienne dans les élections slovènes, en soutien à l’opposition et au Parti démocratique slovène de l’ancien premier ministre Jansa.

Jean-Arnault Dérens
L'Humanité du 19 mars 26

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