« Cette guerre contre l’Iran sert à maintenir le contrôle des États-Unis et d’Israël sur le Moyen-Orient », alerte le député Ofer Cassif

 

Ofer Cassif est député communiste israélien, plusieurs fois suspendu de la Knesset (le parlement) pour ses prises de position contre la guerre à Gaza qu’il qualifie de génocidaire et pour la création d’un État de Palestine aux côtés d’Israël. Il dénonce la nouvelle entreprise militaire israélienne contre l’Iran.

Pourquoi Benyamin Netanyahou et Donald Trump se sont-ils lancés dans une nouvelle guerre ?
Benyamin Netanyahou et Trump ont tous deux des élections cette année. Ni l’un ni l’autre ne sont en position de force. Mais, en Israël, faire la guerre a toujours été, malheureusement, un instrument de renforcement du pouvoir. Comme on peut le constater, même la soi-disant opposition libérale soutient totalement Netanyahou et s’aligne sur lui.
Il est donc dans l’intérêt de ce dernier de mener une guerre contre l’Iran, en utilisant bien sûr des slogans fallacieux et trompeurs sur l’arme nucléaire, les missiles et, bien entendu, en prétendant aider le peuple iranien à lutter contre la tyrannie. Mais derrière ces slogans et ces prétextes, le véritable objectif de Netanyahu est de gagner en popularité avant les élections.
Il y a aussi, comme toujours, l’intérêt impérialiste des États-Unis, exacerbé cette fois-ci par l’administration Trump, fortement lié à la crise du dollar et à la concurrence avec la Chine qui importe la majeure partie de son pétrole du Venezuela et d’Iran. Ce n’est pas un hasard si ces deux pays ont été pris pour cible par les États-Unis. Et il y a aussi les élections de mi-mandat.
Comme nous l’avons vu précédemment en Irak, en Libye, en Syrie, en Afghanistan, au Liban et ailleurs, les États-Unis et Israël souhaitent dissoudre ces États et les transformer en une entité chaotique, divisée entre différents groupes ethniques et religieux, car cela sert leurs intérêts. Voilà, à mon avis, les véritables motivations de cette guerre inutile et criminelle.

Y a-t-il un lien avec la guerre à Gaza ?
Je pense que oui, aussi bien pour le gouvernement israélien que pour l’administration Trump. Israël et les États-Unis, bien qu’alliés, ne sont pas forcément d’accord sur tous les points. Mais le soi-disant « plan de paix » de Trump pour Gaza est une fois de plus destiné à servir les intérêts des forces impérialistes, notamment américaines. Ce plan est totalement lié à d’autres objectifs, comme la guerre en Iran.
« Cette guerre contre l’Iran est utilisée, voire détournée, par le gouvernement, les forces d’occupation et les milices fascistes en Cisjordanie pour aggraver et renforcer leurs crimes. »
Celle-ci sert les mêmes intérêts, ceux des États-Unis et ceux d’Israël, car elle leur donne le pouvoir de maintenir et d’étendre leur contrôle et leur domination sur le Moyen-Orient. Un autre point, plus pertinent pour Netanyahou et son gouvernement, est que cette guerre contre l’Iran leur permet de détourner l’attention du génocide en cours à Gaza et du nettoyage ethnique en Cisjordanie, qui s’est intensifié ces derniers jours. Les regards sont portés vers l’Iran plutôt que vers leur propre territoire. Ce sont là les principaux intérêts qu’ils partagent.
Cette guerre contre l’Iran est utilisée, voire détournée, par le gouvernement, les forces d’occupation et les milices fascistes en Cisjordanie pour aggraver et renforcer leurs crimes.

Comment vous opposez-vous à cette guerre ?
Jusqu’à ces derniers jours, il était totalement interdit de manifester dans la rue. Le prétexte invoqué était la sécurité. Mais la police et le gouvernement en ont fait un usage partial. Par exemple, les ultra-orthodoxes de Bnei Brak et de Jérusalem sont sortis pour célébrer la fête juive de Pourim, sans problème. Il était pourtant totalement interdit de manifester. À Haïfa, cependant, une manifestation a pu avoir lieu.
Il est également très important de souligner le partenariat entre le Front démocratique pour la paix et l’égalité (Hadash), le Parti communiste, et le Partenariat pour la paix, une coalition regroupant soixante-dix organisations de défense des droits humains, anti-occupation, anti-génocide et pacifistes, juifs et palestiniens citoyens d’Israël. Nous essayons donc de manifester, mais actuellement, compte tenu des circonstances et des restrictions qui nous sont imposées, nos principales activités se déroulent sur les réseaux sociaux.
Il y a également eu une déclaration commune entre le Parti communiste d’Israël, le Parti Tudeh d’Iran et le Parti communiste des États-Unis qui condamne clairement le régime iranien meurtrier, oppressif et fanatique, mais aussi l’intervention d’Israël et des États-Unis. Cette intervention n’a rien à voir avec la sécurité des Israéliens ni avec le bien-être du peuple iranien, opprimé et tué par le régime.

Comment les Israéliens ont-ils réagi ?
Malheureusement, depuis la création de cet État il y a près de quatre-vingts ans, il est fréquent qu’à chaque guerre ou agression, la grande majorité de la population israélienne soutienne le gouvernement. Peu importe la couleur de celui-ci. Cependant, si, hélas, le nombre de morts et les destructions en Israël et parmi les Israéliens augmentaient, la majorité se retournerait contre la guerre.
Tout le monde était sous le choc du massacre abominable du 7 octobre, que nous avons tous condamné sans équivoque. La grande majorité des Israéliens a soutenu l’invasion et même le génocide à Gaza, tout en refusant de le reconnaître comme tel. Mais lorsqu’ils ont réalisé que le gouvernement négligeait et sacrifiait intentionnellement les otages et les soldats, ils ont commencé à changer d’avis et à manifester contre le gouvernement, contre la poursuite de ce qu’ils appelaient la guerre.
En ce moment, nous sommes les seuls, avec le Partenariat pour la paix, à nous opposer à la guerre. Mais si la destruction et le nombre de morts en Israël venaient à augmenter, alors nous assisterions à un nouveau changement de cap.

Pierre Barbancey
L'Humanité du 12 mars 2026

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