L'armée israélienne a annoncé jeudi 12 mars 26 l'abandon des poursuites contre cinq soldats israéliens accusés de l'agression violente d'un prisonnier palestinien au camp de détention de Sde Teiman, tristement célèbre. L'affaire avait suscité une vive indignation après la diffusion d'une vidéo montrant les actes de torture infligés au détenu.
Dans un communiqué, l'armée israélienne a déclaré que l'avocat général militaire avait décidé d'abandonner les poursuites « compte tenu des développements significatifs survenus depuis leur dépôt ». Le communiqué précise que cette décision fait suite à un examen de « l'ensemble des considérations, preuves et circonstances liées à l'affaire ».
Selon le communiqué militaire, parmi les raisons invoquées pour cette décision figure la « complexité du dossier de preuves », ainsi que la libération du prisonnier palestinien et son retour dans la bande de Gaza, ce qui, selon l'armée, a engendré des « complications supplémentaires » au niveau des preuves.
L'armée a également invoqué des « problèmes de procédure » liés au transfert des éléments d'enquête d'une affaire parallèle instruite par la police israélienne, arguant que ces difficultés pourraient compromettre le droit des accusés à un procès équitable.
Le communiqué affirme également que l'affaire présente des « circonstances exceptionnelles et sans précédent », notamment des « fautes commises par de hauts responsables du Bureau de l'avocat général militaire et des forces de l'ordre », ce que l'avocat général militaire a considéré comme une justification pour l'abandon des poursuites.
Le communiqué ajoute que le chef d'état-major de l'armée de terre, Eyal Zamir, a été informé de la décision et a exprimé son soutien à l'avocat général militaire, soulignant « l'importance de l'indépendance du Bureau de l'avocat général militaire » au sein de l'armée.
L'armée a également déclaré que les officiers impliqués dans l'affaire ont été suspendus de leurs fonctions immédiatement après sa révélation et que les procédures administratives les concernant sont en cours de réexamen.
Pour sa part, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a salué la clôture de l'affaire, « qui avait terni la réputation d'Israël aux yeux du monde d'une manière sans précédent », ajoutant qu'« il est inacceptable que la clôture de cette affaire criminelle contre des soldats de Tsahal, qui affrontent nos ennemis les plus acharnés, ait pris autant de temps ».
Contexte de l'affaire : Tortures brutales à la prison de Sde Teiman
L'affaire a éclaté en août 2024 suite à la fuite d'une vidéo filmée à l'intérieur de la base militaire de Sde Teiman, dans le Néguev. On y voit des soldats israéliens de la Force 100 encercler un prisonnier palestinien allongé au sol et le brutaliser à l'aide de boucliers anti-émeute.
Les images montrent les soldats traînant le prisonnier sur le côté, puis l'encerclant et le frappant. À un moment donné, ils forment un cercle autour de lui pour le soustraire aux caméras de surveillance, avant qu'il ne soit transféré pour recevoir des soins pour ses graves blessures.
Selon les rapports, les soldats ont violemment battu le détenu après son arrivée à la prison le 5 juillet 2024, lui infligeant de graves blessures, notamment des côtes cassées et une déchirure du rectum. Le prisonnier a également subi des traitements dégradants et de graves actes de torture, dont un viol par insertion d'un bâton dans une zone sensible de son corps.
La diffusion de la vidéo a suscité l'indignation des organisations internationales de défense des droits humains, qui ont exigé la fermeture du camp de détention de prisonniers palestiniens de la bande de Gaza, en raison de nombreux rapports faisant état d'abus généralisés.
En février dernier, le parquet militaire israélien a inculpé cinq soldats pour coups et blessures aggravés sur un prisonnier à l'intérieur du camp. Malgré la gravité des accusations, les soldats inculpés n'ont été ni placés en détention ni soumis à aucune mesure de restriction, et le tribunal israélien a interdit la publication de leurs noms.
Enquête précédente sur la fuite vidéo
En octobre 2025, l'armée israélienne a annoncé l'ouverture d'une enquête criminelle concernant la fuite de la vidéo révélant l'agression.
À l'époque, l'armée a déclaré que l'enquête examinait la possibilité d'une implication de membres du bureau de l'avocat général militaire dans la fuite des images. La conseillère juridique du gouvernement israélien, Gali Baharav-Meara, a annoncé que l'enquête était menée conjointement par la police israélienne et le bureau du procureur général.
Le ministre israélien de la Défense, Yisrael Katz, a également annoncé à ce moment-là la suspension des fonctions de l'avocat général militaire, une mesure qu'il a justifiée par le lien avec l'enquête sur la fuite vidéo.
Témoignages d'abus généralisés au sein du camp
En mai dernier, un réserviste de l'armée israélienne a révélé ce qu'il a qualifié d'« atrocités horribles » commises au camp militaire de Sde Teiman.
Le soldat a évoqué le cas de détenus civils originaires de la bande de Gaza, décédés dans le camp des suites de « tortures atroces », tandis que d'autres subissaient des interventions chirurgicales sans anesthésie.
(Correspondance locale - Al Qods, le 12 mars 2026)

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