« Une stratégie délibérée visant à les réduire au silence » : des dizaines de témoignages de journalistes palestiniens victimes de torture dans les prisons israéliennes dévoilés par une ONG

 

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) rappelle, dans un rapport publié jeudi 19 février, que les « violences systémiques » commises contre les journalistes palestiniens détenus dans des prisons israéliennes se poursuivent. L’ONG dévoile les témoignages de 58 victimes de torture, emprisonnées entre octobre 2023 et janvier 2026.
Les journalistes palestiniens ayant pu sortir des prisons israéliennes s’accordent pour dire qu’ils sont « revenus de l’enfer ». Les témoignages, nombreux, rapportent les mêmes agressions physiques, positions de stress forcées, privation sensorielle, violences sexuelles et négligence médicale imposées par les geôliers israéliens.
Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) apporte de nouveaux éléments sur ces « violences systémiques », commises entre octobre 2023 et janvier 2026, avec un rapport rendu public jeudi 19 février. Ce dernier rassemble 59 entretiens. « Tous, sauf un, ont déclaré avoir été victimes de ce qu’ils ont qualifié de torture, de mauvais traitements ou d’autres formes de violence », annonce l’organisation non gouvernementale (ONG).

« Le silence persistant de la communauté internationale »
Sept journalistes ont révélé avoir été détenues pendant plusieurs jours dans des « salles de discothèque », où des haut-parleurs diffusent de la musique en boucle pour empêcher les détenus de dormir. D’autres témoins ont déclaré avoir été contraints de rester à genoux ou allongés face contre terre pendant des heures, mais aussi d’avoir été « maintenus sous la pluie, en plein soleil et dans des eaux usées ».
Les forces d’occupations israéliennes n’hésitent pas non plus à dresser des chiens pour qu’ils attaquent des détenus. Le tout à la chaîne, comme le rapporte le journaliste Mohammad al-Atrash. Ce dernier, alors employé dans une radio, a décrit au CPJ une « attaque coordonnée en novembre 2023 que lui et d’autres détenus ont appelée une fête du Shin Bet ou une fête Ben-Gvir (en référence au ministre de la Sécurité nationale israélien, Itamar Ben-Gvir, NDLR) ». Soit une punition de masse dont ont été victimes des dizaines de prisonniers.
Les témoins décrivent aussi des conditions de vie insalubres, la privation de nourriture – ayant causé une perte de poids moyenne de 23,5 kg – et des négligences médicales. L’un d’eux, Yousef Sharaf, raconte avoir vu des abcès se former sur ses blessures infectées, causées par des coups. D’après lui, un autre détenu, chirurgien, pratiquait des opérations improvisées faute de soins appropriés.
« Ces abus révèlent une stratégie délibérée visant à intimider et à réduire au silence les journalistes, et à anéantir leur capacité à témoigner, résume la directrice du CPJ, Jodie Ginsberg. Le silence persistant de la communauté internationale ne fait que perpétuer ces abus. »

Un système pour empêcher la diffusion d’informations
Le Comité pour la protection des journalistes a recensé, entre octobre 2023 et janvier 2026, la détention d’au moins 94 journalistes palestiniens et d’un employé des médias. 32 journalistes et l’employé des médias sont originaires de Gaza, 60 de Cisjordanie et deux d’Israël. « Au 19 février 2026, trente personnes étaient toujours détenues », ajoute l’ONG.
Les journalistes palestiniens décrivent ainsi un système mis en place pour les réduire au silence – quand ils ne sont pas assassinés. Tel-Aviv s’assure ainsi que les informations en provenance de la bande de Gaza – où la population est victime d’un génocide – et de Cisjordanie occupée – où la colonisation ne cesse de s’accélérer – ne soient jamais divulguées.
Le journaliste Mohammed al-Atrash affirme ainsi que, peu de temps avant sa libération, les autorités israéliennes l’ont enjoint de cesser toute activité journalistique. « Ils m’ont dit que si j’écrivais ne serait-ce qu’un simple bonjour sur les réseaux sociaux, ils le sauraient », se rappelle-t-il. La plupart des journalistes détenus ont été placés en détention administrative, un régime équivalent à une garde à vue quasi illimitée. Ils n’ont pas été poursuivis. Une grande partie a aussi été empêchée d’échanger avec leurs avocats.
Sollicitée par l’ONG, l’armée israélienne n’a pas répondu sur ces cas précis. Un porte-parole a déclaré que les personnes détenues étaient « traitées conformément au droit international », ajoutant que les forces armées « n’ont jamais ciblé et ne cibleront jamais délibérément des journalistes » et que toute violation « fera l’objet d’une enquête ».
Le service pénitentiaire israélien, également interrogé par le Comité pour la protection des journalistes, a indiqué qu’à sa connaissance « aucun événement de ce type ne s’était produit ». L’instance a assuré que « tous les prisonniers étaient détenus conformément à la loi » et avaient la possibilité de déposer plainte.

L'Humanité du 20 février 26

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