La solution à quatre États de Benyamin Nétanyahou

 

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Plutôt que d’accepter la coexistence d’Israël avec une Palestine démilitarisée, le premier ministre israélien préfère en diviser le territoire en trois entités distinctes.

La « solution à deux Etats » est le seul règlement possible du conflit israélo-palestinien qui soit conforme au droit international. La Cour internationale de justice a en effet confirmé l’unité du « territoire palestinien occupé » par Israël en 1967, territoire sur lequel le droit à l’autodétermination du peuple palestinien continue d’être nié. Ce territoire ne correspond qu’à 23 % de la Palestine historique, pour 77 % à Israël dans les frontières de sa reconnaissance internationale en 1949. La « solution à deux Etats » est donc très favorable aux Juifs israéliens puisqu’elle leur attribue plus des trois quarts d’un espace partagé avec le peuple palestinien, pourtant aussi nombreux qu’eux.
Un tel déséquilibre acte la défaite historique du nationalisme palestinien face à un nationalisme israélien infiniment plus puissant. Mais, plutôt que de solder définitivement le contentieux entre les deux peuples, Benyamin Nétanyahou, le premier ministre israélien, préfère consolider aux côtés d’Israël trois entités distinctes, afin d’enterrer toute perspective d’Etat palestinien.

Un territoire annexé de fait ou en droit
Outre les 77 % sur lesquels est établi son territoire souverain, Israël a annexé 14 % de la Palestine historique, officiellement à Jérusalem-Est (0,5 %) et de fait en Cisjordanie (13,5 %). L’annexion de Jérusalem-Est n’a été reconnue que par sept Etats membres des Nations unies, les Etats-Unis (sous Donald Trump en 2017), puis le Guatemala, le Honduras, le Paraguay, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Fidji et les Samoa. Les près de 400 000 Palestiniens de Jérusalem-Est n’ont le droit de vote qu’aux élections municipales et cohabitent avec plus de 200 000 colons israéliens.
Quant à la partie de la Cisjordanie qu’Israël a de fait annexée, elle correspond à la zone C des accords israélo-palestiniens de 1993-1995. Quelque 300 000 Palestiniens s’y trouvent en minorité face à un demi-million de colons israéliens, installés dans 141 colonies (illégales en droit international) et 224 « avant-postes » (illégaux en droit israélien). Les plus de 700 kilomètres de mur érigés par les autorités d’occupation visent à retrancher ce territoire annexé de fait du reste de la Cisjordanie.

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Des miettes de Cisjordanie pour l’Autorité palestinienne
La bien mal nommée Autorité palestinienne (AP) a été fondée par les accords de 1993-1995, où Israël lui a attribué l’administration et la sécurité de la zone A de la Cisjordanie, ainsi que l’administration de la zone B, toujours sous contrôle de l’armée israélienne. Ces deux zones A et B correspondent à un tiers de la Cisjordanie, soit 8 % de la Palestine historique, sans aucune continuité territoriale. 2,8 millions de Palestiniens résident ainsi dans une série d’enclaves, encerclées par l’armée d’occupation et parfois surplombées par des colonies de plus en plus agressives.
L’AP a beau continuer d’assurer la « coopération sécuritaire » avec Israël, avant tout contre le Hamas, elle est régulièrement humiliée par les interventions de l’armée israélienne, qui a récemment rendu inhabitables les camps de réfugiés de Jénine et de Tulkarem, contraignant des dizaines de milliers d’habitants à les fuir. De manière générale, c’est un « régime de terreur inédit » qu’impose Israël à cette partie supposée « autonome » de la Cisjordanie.

Une bande de Gaza ravagée et divisée
La guerre d’anéantissement qu’Israël a menée dans la bande de Gaza depuis octobre 2023 a tué ou blessé 10 % de la population, tout en détruisant plus de 80 % des bâtiments. La trêve entrée en vigueur en octobre divise l’enclave, soit un peu plus de 1 % de la Palestine historique, entre, d’une part, 58 % dévastés et largement inhabités, toujours occupés par l’armée israélienne, et, d’autre part, 42 % où s’entassent les 2,1 millions de survivants dans des conditions souvent épouvantables.
Benyamin Nétanyahou persistant à refuser le retour de l’AP à Gaza, le Hamas demeure la force dominante dans ce qu’il reste de l’enclave palestinienne (le comité technocratique d’administration de Gaza a beau avoir été annoncé par la Maison blanche, il reste bloqué en Egypte par l’armée israélienne). Le premier ministre israélien est ainsi parvenu à transférer la gestion directe de quelque cinq millions de Palestiniens à des forces divergentes, l’AP sur un tiers de la Cisjordanie, le Hamas sur moins de la moitié de Gaza. Dans les deux cas, l’armée israélienne se réserve le droit d’intervenir à tout moment, avec plus d’un millier de tués palestiniens en Cisjordanie en 2025 et près de cinq cents à Gaza en trois mois de prétendu « cessez-le-feu ».

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C’est ainsi que la « solution à quatre Etats » de Benyamin Nétanyahou divise le « territoire palestinien occupé » en trois entités qui sont toutes dépouillées de la moindre souveraineté. Plus de la moitié de cet espace palestinien est annexée de fait ou en droit par Israël, avec un nombre de colons comparable à celui des Palestiniens. La division persistante entre l’AP et le Hamas permet en outre au premier ministre israélien de jouer les deux entités majoritairement palestiniennes l’une contre l’autre, ruinant ainsi la perspective d’un Etat palestinien digne de ce nom. Ce « diviser pour régner » est d’ailleurs érigé par Benyamin Nétanyahou en politique régionale, avec l’encouragement par l’Etat hébreu du séparatisme des Druzes en Syrie, voire d’autres minorités dans ce pays ou au Liban. Israël est ainsi le premier Etat, et à ce jour le seul, à reconnaître le Somaliland sécessionniste, les Etats-Unis rejoignant pour une fois le consensus international sur la souveraineté d’une Somalie unie.

Jean-Pierre Filiu, Professeur des universités à Sciences Po
Le Monde du 1er février 26

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